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Jeanne prise au piège !
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Jeanne prise au piège !

Jeanne prise au piège !

Cette édition des fêtes de Jeanne d'Arc n'est décidément pas comme les autres. Entre la polémique autour d’un documentaire tourné à l’occasion de cette célébration, un quiproquo politico-médiatique, des accusations de « censure » et l’intrusion d’une certaine Marine Le Pen dans le « débat », l’Héroïne d’Orléans a été instrumentalisée comme rarement cette année.
Gaëla Messerli et Benjamin Vasset
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Nervous breakdown autour des Fêtes johanniques ! Cette année, Covid oblige, la mairie d’Orléans avait décidé de les transformer en un « hommage » à la Pucelle. Avec quelques temps forts sauvegardés – la remise de l’épée et de l’étendard notamment, le 29 avril – mais à huis clos. Aussi la Ville avait-elle décidé de financer à hauteur de 25 000 € un film (réalisé par une société privée) qui devait être diffusé le 8 mai prochain par France 3 Centre-Val de Loire. Sauf qu’après avoir appris la présence de Charlotte d’Ornellas, ancienne Jeanne d’Arc et journaliste à Valeurs actuelles en tant que voix off, la chaîne refusa de diffuser ce documentaire. « Plusieurs éléments laissent à penser que ce programme sera un produit trop politisé, écrivirent le 27 avril les représentants de la chaîne dans une lettre au maire. Vous avez songé à faire commenter ce magazine par une personnalité connue proche de la droite identitaire (…). De plus, nous apprenons que des personnalités politiques s’exprimeront dans ce magazine prévu pour la diffusion du 8 mai », poursuivit la chaîne, en rappelant le contexte de campagne électorale du moment.

Excuses bidons

Cette « affaire » fut révélée par Le Canard Enchaîné dans son édition du 28 avril, qui n’indiqua pas, le jour de sa parution, que France 3 Centre-Val de Loire avait déjà refusé de diffuser le film. Mais l’entrefilet, écrit par le journaliste Mourad Guichard, l’un des plus farouches opposants à Serge Grouard, contribua à mettre le maire d’Orléans dans une rage folle. En réaction, celui-ci décida d’abord de bannir de la cérémonie de remise de l’épée, qui devait se dérouler le 29 avril au soir, les représentants de la presse locale. Avant que, ceux-ci, surpris, ne soient réacceptés au compte-gouttes. Il faut dire que pour justifier cette brusque interdiction, on leur avait fourni des arguments totalement fallacieux : le tournage du fameux film documentaire et le contexte sanitaire furent ainsi avancés pour expliquer cette étrange décision. En off, une source n’appartenant pas aux services de la Ville nous fit comprendre qu’il s’agissait en fait d’éviter la présence d’« une certaine presse à l’origine de la polémique » autour du film. Au-delà du procédé, qu’on qualifiera de discutable sur le fond, on ne put que constater la stratégie de communication incompréhensible de la mairie, qui prit les journalistes locaux pour des lapins de trois semaines en leur avançant des excuses bidons pour leur faire avaler cette mise sur la touche.

Le soir du 29 avril, dans la cathédrale Sainte-Croix, moins d’une centaine de personnes était réunie. Seuls deux élus étaient présents : Serge Grouard et Jean-Pierre Gabelle, conseiller délégué aux fêtes de Jeanne d’Arc. Dès le départ, le ton était donné : en raison du tournage, l’on devait éteindre son portable et ne pas applaudir. Et pas de flash non plus ! Pour la remise de l’étendard, sur le parvis de la Cathédrale, à 22h, la scène fut tournée deux fois. Dans cette ambiance éminemment scénarisée, le cheval de Jeanne s’agenouilla au pied de l’autel, le chœur féminin de l’ensemble Éphémères et le chanteur Luc Arbogast abolirent le temps.

Joli coup politique

On put croire ensuite que tout s’apaiserait. Mais le lendemain, sur CNews tout d’abord, puis sous la forme de communiqués de presse ensuite, Serge Grouard déplaça l’affaire sur un autre terrain. « Je ne cède pas la censure de France 3 ! », répéta ainsi plusieurs fois le maire d’Orléans, expliquant que trois personnes étaient prévues – et pas seulement Charlotte d’Ornellas – pour commenter le documentaire incriminé et que les « prises de paroles » seraient celles, comme chaque année, de la présidente de l’association Orléans Jeanne d’Arc, de l’évêque d’Orléans, du commandant de la base de Bricy et du maire de la Ville. Vendredi, deux groupes d’opposition municipale, d’abord celui affilié ou proche de LaREM, puis celui réunissant les élus de gauche, indiquèrent renoncer à assister au reste des fêtes johanniques. Ce à quoi la majorité municipale répondit par un commentaire abrupt : « Nous n’entrerons pas dans les polémiques stériles de certains élus d’opposition. La sortie du film documentaire, dans les prochains jours, achèvera de les ridiculiser. »

Dans le week-end qui suivit, Serge Grouard reçut sur ses réseaux un soutien massif de ceux qui virent en lui le nouveau visage de la résistance à la présumée bien-pensance du moment. L’inénarrable Christine Boutin appuya par exemple sa démarche, pendant que, d’heure en heure, une certaine presse nationale raccourcit l’affaire en un combat entre la liberté d’expression, symbolisée par un élu, et la « censure », représentée par un média. Le monde à l’envers ! Force fut cependant de reconnaître que Serge Grouard, qui cherche à se donner une stature nationale, a pu, via cette affaire et sur le dos des journalistes, personnifier le combat d’une certaine France contre les « élites ». Dimanche midi, ce feuilleton reçut l’onction suprême avec l’intervention de Marine Le Pen, qui déclara par un tweet : « le service public de l’audiovisuel ne devrait pas faire preuve d’autant de partialité, oubliant que ce sont les impôts de TOUS les Français qui le font fonctionner. » Bingo ! En quatre jours, la bataille avait changé de champ, et les vieux affrontements locaux remontés à la surface avaient été balayés par un débat national qui, à un an de la présidentielle, tend (déjà) à durcir les positions. Derniers rebondissements : ce mardi en début de semaine, la députée LR du Loiret Marianne Dubois évoqua l’affaire en séance à l’Assemblée nationale, tandis que le lendemain, Le Canard tira une nouvelle salve dans son édition du 5 mai, indiquant que France 3 pensait à demander une protection policière pour son directeur orléanais, victime, selon le Volatile, de menaces de mort émanant de la « fachosphère ».

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