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« Arriver à faire lâcher la voiture »

« Arriver à faire lâcher la voiture »

Réseau, transport à la demande, mouvement de grève… Alors que la Semaine de la Mobilité vient de s’achever, La Tribune Hebdo fait le point en matière de transports en commun avec Antoine Lequeux, le nouveau directeur de Keolis Orléans, qui organise ce service sur le territoire pour le compte de la Métropole. 
Gaëla Messerli
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Antoine Lequeux, vous arrivez de Bordeaux. Quel est votre regard sur le réseau de transport en commun dans la métropole d’Orléans ?

Le réseau métropolitain constitue un joli réseau multimodal avec une large gamme de solutions de mobilité. Le tram en constitue la colonne vertébrale, et celle-ci est largement sollicitée tous les jours. Cependant – et je conviens que cela ne se voit pas aux heures de pointe –, sur l’année, la fréquentation reste inférieure de 5 à 10 % par rapport à 2019. Le réseau de bus, par contre, a retrouvé une fréquentation équivalente à celle d’avant la pandémie. Elle devrait d’ailleurs continuer d’augmenter jusqu’à la Toussaint. Et il y a le transport à la demande Résa Tao qui cartonne vraiment.

On constate encore une présence très forte de la voiture dans la métropole. Y a-t-il un dialogue avec les entreprises autour du sujet ?

Il faut arriver à faire lâcher la voiture. Les transports en commun sont une solution intéressante autant sur le plan économique que sur l’aspect écologique. Pour cela, il faut un réseau performant et il y a, évidemment, une réflexion, avec la Métropole, sur son évolution. Dans beaucoup de métropoles comme Paris, Bordeaux ou Rennes, le transport collectif est une évidence. À Orléans, nous avons encore une difficulté à faire accepter aux conducteurs de laisser une place pour le transport collectif. Pour ce qui est des entreprises, nous sommes présents et allons déjà faire des présentations du réseau en leur sein. Nous ne pouvons pas mettre en place un bus pour deux salariés mais par contre, au niveau des zones d’activités, il est possible de faire remonter les besoins. Nous l’avons déjà fait, par exemple, au niveau de l’hôpital.

Est-ce que ce réseau évoluera prochainement ?

Il y a un niveau d’exigence supérieur des usagers, mais par rapport à l’avant-pandémie, il est difficile d’apprécier l’amélioration du niveau de confort en étant serrés comme des sardines… Pour cela, un travail a été engagé avec la Métropole; avec la mise en place de lignes express pour l’université et l’hôpital : nous avons ainsi le matin, vers 7 h 30, un bus (le 40) qui circule toutes les trois minutes. C’est un succès, car l’idée est d’adapter le système au besoin afin de calibrer le transport en fonction. D’où le travail mené avec les lycées, les entreprises, l’université sur les horaires. Mais concrètement, les prochaines évolutions seront celles prises par la Métropole et devraient plutôt avoir lieu à la rentrée 2023. Par contre, nous savons déjà que les choix concernant Place d’Arc et les mails auront un impact durable sur la gare routière actuelle. Ce ne sera pas trop le cas sur le tram, juste pour le raccordement final. Pour la requalification des mails, la présence ou l’absence d’un site voire d’une voie pour les bus est particulièrement importante dans ce projet.

Peut-on cependant s’attendre à une montée en puissance du transport à la demande ?

C’est un produit innovant porté par le groupe Keolis. Cela marche très bien, mais il faut du recul et stabiliser ce réseau. Nous continuons d’affiner le système, en travaillant sur la façon dont on peut offrir des places disponibles lorsque les personnes qui ont réservé ne se présentent pas. Il faut un système adapté à la demande. Cela veut peut-être dire aussi remettre des bus lorsqu’il y a une forte demande.

Une troisième ligne de tram est-elle toujours d’actualité ?

Cela fait partie des projets. Après, est-ce que ce sera un tram ou une ligne à haut niveau de service… ? L’investissement n’est en tout cas pas le même, mais on n’y transporte pas non plus le même nombre de voyageurs. Cela dépendra du besoin commercial. Nous transmettons en tout cas tous les chiffres à la Métropole.

La délégation de service public se termine fin 2024. Keolis sera-t-elle candidate, comme on peut l’imaginer ? On parle aussi déjà d’un changement de billettique…

Oui, Keolis sera candidate et engagée pour une réponse de qualité, acceptable financièrement. Le système de billettique est obsolète : nous allons le faire évoluer avant fin 2024, afin de l’ouvrir à l’open paiement, une solution permettant de payer directement avec sa carte de paiement dans le véhicule. Cela nécessite des travaux importants et permettra de proposer une tarification prenant en compte le Quotient Familial. Nous avons également d’autres chantiers techniques avec Alstom, comme sur les crissements des trams.

Les rames de la première ligne de tram
viennent à peine d’être amorties financièrement. Faudra-t-il  bientôt en racheter ?

La durée de vie d’une rame est de 30 ans. Les premières rames en ont donc 22 aujourd’hui. La moitié de celles dont nous disposons doivent être remplacées avant 2030. Sachant qu’une rame coûte environ 3 M€… Pour notre part, en tant qu’exploitant, nous souhaitons surtout avoir un parc le plus homogène possible.

Vous avez eu à faire face récemment à une grève très visible…

Un terrain d’entente a été trouvé. La direction a compris les attentes en termes de pouvoir d’achat et de conditions de travail, et les représentants du personnel ont également entendu les difficultés de l’entreprise face au coût de l’électricité.

On parle des difficultés de recrutement dans les métiers du transport, notamment pour les chauffeurs. Keolis Orléans est-elle concernée ?

Au niveau national, 1 000 postes sont recherchés chez Keolis. À Orléans, nous avons réussi à recruter cette année, mais nous devrons encore embaucher l’an prochain 60 collaborateurs, dont 48 conducteurs. Même si les carrières sont longues chez Keolis, nous avons, au moins de manière naturelle, 50 personnes à remplacer par an. Il faut savoir aussi que les conducteurs chez nous sont payés un peu plus de 2 000 € net par mois, mais il y a effectivement des contraintes horaires et le travail le week-end. Il faut aussi un permis poids lourds et une habilitation – que nous délivrons en interne – pour conduire un tram. Nous avons des personnels dont c’est la seconde vie professionnelle. Nous les formons en interne, notamment ceux qui n’auraient pas déjà le permis poids lourds. Car conducteur, ce n’est pas juste conduire, il faut aussi des qualités relationnelles… 

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