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Autopsie d’un drame de la route
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Autopsie d’un drame de la route

Autopsie d’un drame de la route

Le 17 mai dernier, le tribunal judiciaire d’Orléans a jugé en correctionnelle un homme de 35 ans pour deux homicides involontaires et blessures involontaires sur une troisième personne lors d’un accident survenu en 2019 dans le Loiret. Récit détaillé d’un drame de la route qui révèle les comportements insensés de certains chauffards et la douleur insondable des victimes.
Laurence Boléat
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Le 15 novembre 2019, vers 23h, sur la commune de Chilleurs-aux-Bois, au nord d’Orléans, un chauffard alcoolisé percutait par l’arrière un scooter sur lequel trois hommes circulaient. Éjectés sur plusieurs centaines de mètres, un garçon âgé de 18 ans ainsi qu’un homme de 28 ans, père de famille, perdaient alors la vie. Une troisième victime se retrouvait quant à elle multi-traumatisée. Aujourd’hui âgé de 25 ans, cet homme portait toujours les traces de cet accident lors du procès de l’auteur de ce double homicide qui s’est déroulé le 17 mai dernier à Orléans. Ce jour-là, on comprit que le prévenu, Julien L., était un habitué des tribunaux : la présidente releva en effet 11 mentions inscrites sur son casier judiciaire entre 2004 et 2018, pour, entre autres, trafic de stupéfiants et dégradations de biens, annulation de permis de conduire pour conduite en état d’ivresse, refus d’obtempérer, violence en réunion et violence avec préméditation. L’homme avait déjà connu la prison à plusieurs reprises. 

Placé en mandat de dépôt deux jours après l’accident mortel de 2019, Julien L. était ressorti de prison un an plus tard, avec un placement sous contrôle judiciaire. Ayant comparu libre à l’audience, ce père de quatre enfants expliqua avoir, depuis sa remise en liberté, suivi une formation de… conducteur d’engins et avoir signé un CDI en avril 2019. Il certifia aussi avoir respecté son contrôle judiciaire ainsi que ses obligations de soins, ne plus fumer de cannabis et avoir arrêté de boire, mais sans pouvoir fournir d’examens biologiques ou d’analyses médicales. Titulaire d’un CAP de boulanger, de tailleur de pierre et de maçon, il confirma une addiction au haschisch (depuis ses 20 ans) et à l’alcool (depuis ses 12 ans). Un élément désinhibant qui lui donnait, dit-il, un « sentiment de toute-puissance ». Au cours des expertises psychiatriques, il avait parlé d’une enfance heureuse et d’un père autoritaire. Les médecins, évoquèrent, eux, un « sujet immature et anxieux sur le plan affectif ». 

« Après le deuxième verre, je n’ai plus compté »

Concernant les faits survenus le 15 novembre 2019 à Chilleurs-aux-Bois, Julien L. affirma à la barre ne pas se souvenir de grand-chose. Il raconta avoir passé cette journée avec sa femme, qui avait mis au monde son dernier enfant une semaine plus tôt. En prévision de l’arrivée du bébé, il avait cessé de boire trois mois auparavant. Mais le jour des faits, il avait croisé dans la soirée un ami à Saran, avec qui il avait partagé plusieurs bières pour fêter la naissance de l’enfant. Plus tard, il avait retrouvé un autre ami à Fleury-les-
Aubrais, avec lequel il avait bu des bières et du whisky. « Après le deuxième verre, je n’ai plus compté », rappela Julien L. à la barre du tribunal. Il avait ensuite repris le volant complètement ivre. Comment s’était-il retrouvé sur une route qui ne correspondait pas à son trajet ? Au Tribunal, il ne sut répondre à cette question. « Peut-être ai-je raté la sortie… » bredouilla-t-il. Toujours est-il que ce soir-là, il raconta ne pas avoir vu le scooter roulant sur la route et n’avoir plus, depuis, aucun souvenir précis de l’accident. Il invoqua à la barre une perte de connaissance après le choc. Il expliqua aussi qu’après avoir rouvert les yeux, il avait vu des flammes sur son véhicule. Pris de panique, il était ensuite sorti de son Touran pour se réfugier dans la forêt. Après cet interrogatoire, l’avocate des parties civiles mit en lumière que Julien L. n’avait, depuis sa sortie de prison, pas honoré plus de quatre rendez-vous relatifs à ses obligations de soins. À la question de savoir ce que le prévenu ressentait aujourd’hui sur ce qui s’était passé cette nuit-là, il répondit ne pas avoir les mots. L’avocate des parties civiles relut alors les procès-verbaux de ses deux gardes à vue, lors desquelles il avait dit avoir cru percuter un animal, mais aussi ne pas avoir roulé vite au moment des faits, car il « n’avait plus beaucoup de gasoil ». L’avocate se demanda pourquoi Julien L. s’était souvenu de ces éléments immédiatement après l’accident, et de plus rien aujourd’hui… 

Appelé à la barre, T., seul survivant de cet accident, portait encore ses stigmates sur son visage tandis que son corps, expliqua-t-il, restait encore couvert de cicatrices. « Je pense à eux (les autres victimes) tous les jours, ne serait-ce qu’en me déshabillant pour prendre une douche, raconta-t-il. À choisir, cela aurait dû être moi. Je n’avais rien à perdre au contraire des autres, un père et un fils aimés… » La famille d’un des deux hommes décédés se succéda ensuite à la barre pour dire toute sa douleur : « Tous les jours, il (Julien L.) va prendre son fils sur ses genoux pendant que nous allons au cimetière, déclara le père. On avait une vie ; aujourd’hui, on ne fait plus rien, on n’a plus envie, on est morts. » « Tout ce qu’il (Julien L.) dit, c’est de la merde, continua le frère d’une des victimes. Il n’assume pas, c’est tout. Mon petit frère allait avoir 18 ans. Il m’a volé tous ces moments avec lui. » « Il était plein de vie, souriant, attendrissant, fédérateur, le cœur sur la main, poursuivit la mère. Il venait de trouver du travail, allait prendre un appartement et vivre avec sa petite amie. C’est un trou béant qui ne se referme pas, un cauchemar perpétuel, matin et soir. » La femme du deuxième homme décédé détailla enfin la peine immense qui l’étreignait depuis trois ans : « Il (Julien L.) a gâché ma vie et celle de ma fille de 4 ans. Mon mari était serviable, plein de joie de vivre. Sa fille était toute sa vie, et on ne le verra plus jamais. Lui annoncer que son père est mort, vous n’imaginez pas… » témoigna-t-elle, avant de s’effondrer en larmes.

Cinq ans de prison

Au moment des plaidoiries, l’avocate des parties civiles rappela que, le soir de l’accident, le scooter des victimes s’était encastré dans la Touran, qui avait continué à rouler pendant 400 m. Des témoins avaient retrouvé le véhicule en flamme sur le bas-côté et entendu Julien L. dire « Oh la la, je suis mort… », puis l’avoir vu s’enfuir et se cacher dans la forêt. Le Procureur de précisa quant à lui que la quantité d’alcool présente dans le sang du prévenu (2,21 g d’après l’expertise médicale), était une circonstance aggravante et « l’amnésie défensive » une facilité. « Personne ne prend la fuite après avoir percuté un animal », estima le Parquet, qui demanda 5 ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, assortis d’un mandat de dépôt. L’avocat de Julien L. tenta de convaincre que son client n’avait pas vu le scooter au moment des faits, qu’il y avait trois personnes sur cet engin et que la lumière arrière avait pu être occultée par le troisième passager. Après délibération, le tribunal condamna toutefois Julien L. à 5 ans de prison avec mandat de dépôt. Dans le couloir qui menait au fourgon, l’accusé hurla en direction de la veuve et de la maman de la petite orpheline : « Je ne voulais plus y aller… ». Elle lui cria « Bon courage » et quitta les lieux en larmes.

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