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Bâtiment : pourquoi le bois manque
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Bâtiment : pourquoi le bois manque

Bâtiment : pourquoi le bois manque

Une « crise des matières premières » est en train de faire vaciller certains acteurs du bâtiment. En France, par exemple, le prix du bois flambe et le terme de « pénurie » est même entendu. Comment une telle situation est-elle possible, alors que la forêt française est l’une des plus riches qui soit ?
Laurence boléatL
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Bâtiment : pourquoi le bois manque

La crise du Covid aura finalement fini par rattraper le bâtiment. Les confinements successifs ont donné des idées de rénovation et de construction aux quatre coins de la planète à tous les bricoleurs du dimanche, à tel point que, dès le printemps 2020, il fallait même pointer sur une liste d’attente virtuelle pour accéder au site internet de certains magasins de bricolage… Plus sérieusement, même si certains pans du secteur affichent un visage radieux, comme le soulignait une étude de la CAPEB en début de semaine dernière, les matières premières sont venues à manquer sur des chantiers. Exemple : le bois. Les entreprises de bâtiment ont commencé à en manquer dès le mois d’octobre 2020. En juin 2021, la filière a alerté les autorités sur le dérèglement logistique des approvisionnements.

La demande américaine explose…

Comme souvent, tout commence en Amérique. Avant qu’il ne soit défait à l’automne 2020 dans sa course à un second mandat, Donald Trump distribue des chèques à ses concitoyens pour qu’ils rénovent leurs maisons. Problème : la crise des subprimes avait déjà mis au tapis un grand nombre de scieries et les accidents climatiques, ouragans et incendies, associés à un manque de main-d’œuvre lié au Covid, ont achevé de perturber la filière. Résultat : impossible de répondre à la demande du consommateur américain. Avec les taxes sur le bois canadien imposées par l’administration Trump, les négociants américains se tournent donc vers les deux principaux pays exportateurs de bois en Europe : l’Allemagne et la Finlande. Les Allemands ne se privent pas de profiter de l’aubaine et vendent massivement aux Américains, augmentant au passage leurs tarifs.

… tout comme celle de la Chine

Un problème arrivant rarement seul, un deuxième phénomène précipite les ruptures de stock du bâtiment en France : l’approvisionnement de nos propres scieries. Les propriétaires privés, qui possèdent les trois-quarts des parcelles forestières françaises, décident, sur certaines essences, de faire partir leurs arbres au prix fort, par containers, en Chine. C’est par exemple le cas du chêne, et cela impacte aussi de plus en plus les résineux. Un chêne sur trois est d’ailleurs aujourd’hui vendu aux Chinois (voir encadré), qui ont décidé d’arrêter l’abattage sur leur territoire pendant… 99 ans ! Conséquence de la création de ce sanctuaire, la Chine se précipite sur ceux qui acceptent – encore – de vendre. De nombreux pays ont d’ores et déjà interdit l’exportation de grumes. La Russie, elle, cessera de vendre à l’étranger au 1er janvier 2022. Or, les Chinois font partie des trois principaux clients des Russes. L’enjeu, pour l’empire du Milieu, est donc de taille : constituer suffisamment de stocks pour tenir. La France est, logiquement, l’une des cibles. Pour rafler la mise, les scieries chinoises, qui appartiennent à l’État, surenchérissent alors à tout rompre. Et à ce jeu-là, tous les leviers capitalistes sont utilisés : des attaques de traders extrêmement fortes ont d’ailleurs fait réagir le Premier ministre, Jean Castex, qui a demandé à l’Union européenne une clause de sauvegarde, par laquelle il s’agirait d’autoriser les pays à réguler les exportations de bois, produit stratégique et essentiel. En attendant peut-être un jour une réponse positive, les artisans français, par peur de manquer, en arrivent parfois, de leur côté, à commander le double de leurs besoins…

Une filière désorganisée ?

Le problème que nous connaissons actuellement sur le bois réside aussi dans l’organisation de la filière. Il y a certes beaucoup de bois en France, mais pas assez de scieries et d’entreprises capables de le transformer. Combien sont-elles, les scieries françaises qui peuvent allonger sur leurs bancs de très longues grumes ou d’entreprises capables de fabriquer des panneaux OSB largement utilisés dans le gros œuvre et la décoration ? « Pas assez nombreuses et souvent mal coordonnées », souligne Laurent Martin Saint-Léon, de la fédération des matériaux de construction. C’est d’ailleurs ce que pointait (déjà) la Cour des Comptes dans un rapport de mai 2020 : une forêt française partiellement exploitée, alors que le volume de bois disponible a augmenté de… 45 % en trente ans. La Fédération nationale du bois n’hésite pas, à son tour, à parler de son côté de « siphonage » des forêts françaises. Entre janvier et mai 2021, 187 000 m3 de chênes sont partis en Chine, soit 42 % de plus que par rapport à l’année 2021… dans son intégralité ! Et la Chine n’est pas la seule à se servir dans les forêts privées. Une aberration économique et écologique pour la Fédération nationale du bois, qui fustige les institutions européennes, incapables selon elle de stopper l’hémorragie. D’autres conséquences inquiétantes sont à suivre : des scieries françaises qui pourraient rapidement mettre la clé sous la porte, des problèmes d’approvisionnement de nos menuisiers, charpentiers et autres industriels, ainsi qu’un massacre écologique, puisque le transport des grumes engendre davantage de CO2 dans l’atmosphère que l’arbre ne peut en produire durant toute sa vie. Et une question se pose : l’Europe n’a-t-elle donc rien retenu de l’épisode des masques et des vaccins ? 

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