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Claude Lerude, un héros orléanais
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Claude Lerude, un héros orléanais

Claude Lerude, un héros orléanais

Alors qu’Orléans a célébré le 16 août dernier sa Libération par les forces alliées, La Tribune Hebdo s'est replongée dans l’histoire de Claude Lerude, un résistant local mort en déportation le 7 mai 1945, veille de la capitulation de l’Allemagne nazie. Michel Lerude, son lointain parent, cherche toujours à faire connaître l’histoire de son aïeul.
Gaëla Messerli
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À 75 ans, Michel Lerude alimente avec sa famille un blog dédié à son lointain aïeul, Claude Lerude. Ancien étudiant en histoire, membre de la Société archéologique et historique de l’Orléanais, Michel Lerude insiste bien : il est seulement « le haut-parleur », et non le porte-parole de la famille. « Claude Lerude est un cousin issu de cousin germain du côté de mon père. Quand il a disparu en 1945, sa mère a demandé à ma mère si l’on pouvait donner le prénom de son fils au bébé qu’elle attendait. Pour moi, “Claude Lerude”, c’est donc d’abord ma sœur… » Michel Lerude explique cependant qu’il y a toujours eu une forme de « mythe » dans la famille autour de son lointain cousin : « Toute notre fratrie a vécu dans le récit de mon père », indique-t-il. Il explique s’être replongé dans l’histoire de son aïeul en présentant une pièce de monnaie à l’occasion du 70e anniversaire de la Libération d’Orléans, en 2014. Depuis, il a fouillé les Archives départementales, notamment le fonds Paul Guillaume, curé d’Ardon et historien. L’occasion pour Michel Lerude et sa famille de prendre conscience de l’importance du réseau Turma-Vengeance, un mouvement de résistance « apolitique fondé par trois médecins à Paris », dont Claude Lerude était le chef régional. « Le seul but de cette organisation était de mettre dehors l’occupant. Elle ne s’intéressait pas à l’après de la Libération. »

Plus de 65 « interrogatoires » subis

Selon Michel Lerude, Claude n’aurait pas aimé le qualificatif de « héros » dont on a pourtant vite envie de l’affubler dès que l’on s’intéresse un peu à son itinéraire. Pour s’en convaincre, il suffit en outre de lire ses lettres, reproduites sur le blog que Michel Lerude tient avec sa famille. Des lettres qui témoignent tout à la fois du courage et de la force de caractère de ce résistant de la première heure. Dans un courrier du 23 janvier 1944 qu’il adresse à sa mère depuis sa prison située rue Eugène Vignat (un lieu qui correspond aujourd’hui à l’actuel Palais des Sports, ndlr), Claude Lerude dit ne pas vouloir être plaint : « Je savais ce que je faisais et ne suis pas une pauvre victime : la vie est belle quand on est d’accord avec son intelligence et en harmonie avec l’Intelligence qui gouverne le monde. Rassure les grands-mères : je suis heureux ; ce sont elles qui sont à plaindre. Quant à nous, l’amour n’a jamais dépendu de l’espace total ou relatif, il est libre. » 

Avant cette lettre – l’une des nombreuses qu’il a écrites entre ses multiples séances de torture (il a subi près de 65 interrogatoires) –, ce chef scout catholique avait participé sous le pseudonyme de Paul VIII au développement du réseau Turma-Vengeance dans la région Centre et au-delà. Tandis qu’il faisait partie du comité directeur clandestin de ce mouvement paramilitaire basé sur le renseignement et l’action, Claude Lerude a également fait partie de l’encadrement de l’École des cadres de la Résistance organisée par Vengeance en lien avec l’Organisation de Résistance de l’Armée (l’ORA) en Normandie, en décembre 1943. Il en était un pédagogue, car c’est lui qui a conçu les stages dispensés : il a d’ailleurs dirigé la première session de formation. Cette « carrière » dans l’ombre fut donc interrompue le 16 janvier 1944 par son arrestation, qui s’est produite dans un moment particulier. « Une rencontre devait avoir lieu avec le colonel Bertrand, qui venait de Paris, raconte Michel Lerude. Celui-ci était attendu chez un couple de résistants, mais il n’est pas venu, et le programme a été changé. Une autre réunion a été organisée rue de Coulmiers, au domicile de Claude. » Georges-André Guyot, adjoint de Claude Lerude, a témoigné de cette arrestation dans ses Souvenirs de la Résistance et du maquis : pour lui, le responsable était « un agent de liaison qui était le seul, en dehors de moi et du camarade qui m’accompagnait, à connaître le lieu de la réunion. Il s’agissait d’un garçon qui nous avait été recommandé par des gendarmes amis de Pithiviers. II appartenait à une famille connue de la région, son père était diplomate. En 1939, il s’était engagé dans l’armée de l’air pour devenir pilote. Ce que nous ignorions, c’est qu’il menait grande vie, avait besoin d’argent et qu’il s’était fait retourner par les services de la Gestapo, dont il devint un agent appointé. » Toujours selon l’ancien compagnon de Claude Lerude, ce « traître » présumé a été confronté en décembre 1945 à un juge d’instruction, mais aurait tout de même réussi à prendre la fuite en Amérique du Sud. 

Sous les verrous, Claude Lerude et ses compagnons continuèrent de communiquer en chantant, ainsi qu’à travers les cellules. « Il y a eu des tentatives d’évasion qui ont échoué, raconte Michel Lerude. Si elles avaient marché, Claude se serait évadé et serait passé chez mon arrière-grand-père qui habitait au 262 du Faubourg Saint-Vincent, où une valise l’attendait. Il aurait pu se réfugier ensuite à Jouy-le-Potier. Il y avait un plan d’évasion. » Lequel ne fut donc jamais mis à exécution. 

Des rues en son nom

Que reste-t-il aujourd’hui de la mémoire de cette figure de la Résistance locale ? Récemment, certains ont pu découvrir son histoire sous des traits romancés lors du spectacle son et lumière de Cléry intitulé Liberté, les combattants de l’ombre. Aujourd’hui, Orléans garde aussi quelques souvenirs de Claude Lerude : on peut ainsi arpenter une rue à son nom à La Source mais aussi voir, en levant les yeux, rue de Coulmiers, une plaque ornant sa maison natale qui fut aussi son lieu d’arrestation. Une école maternelle orléanaise porte également son patronyme. Une plaque « qui a disparu » se trouvait en outre au lycée Pothier. « On ne demande rien, mais on aimerait que ce qui existe soit préservé et entretenu », commente Michel Lerude. Au-delà d’Orléans, une rue Claude-Lerude existe à La Chapelle-Saint-Mesmin, ainsi qu’une plaque au musée de la Résistance à Lorris.

Plus d’infos
Le 16 octobre prochain, à 14h30, Michel Lerude fera revivre le souvenir de Turma-Vengeance dans le Loiret et de ses combattants pour la France le temps d’une conférence prononcée au musée de la Résistance de Lorris.

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