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De Napoléon à Zemmour : Jeanne, éternel emblème
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De Napoléon à Zemmour : Jeanne, éternel emblème

De Napoléon à Zemmour : Jeanne, éternel emblème

La figure de Jeanne d’Arc n’a cessé d’être récupérée par des mouvements politiques à travers les siècles. Dernier exemple en date : le parti Reconquête ! d’Éric Zemmour, qui l’a allègrement reprise lors de la campagne présidentielle.
Gaëla Messerli
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La récupération de Jeanne d’Arc à des fins politiques n’est pas une invention du Front national ni, plus près de nous, des amis d’Éric Zemmour. L’historien Olivier Bouzy, responsable du Centre Jeanne d’Arc à Orléans, rappelle ainsi que le phénomène a commencé dès… Charles VII ! Les choses changent cependant quelque peu en 1750, avec l’utilisation faite de Jeanne par l’illustre Voltaire, à travers son poème La Pucelle d’Orléans. « C’est une sorte de roman à clefs en vers, explique Olivier Bouzy. Il faut voir sous les traits de Charles VII Louis XV, et sous ceux d’Agnès Sorel sa maîtresse Marie-Anne de Châteauroux. C’est une critique politique. Jeanne devient alors un symbole des idées de Voltaire et va être intégré ensuite par les révolutionnaires. »

De royaliste à communiste !

Mais la bergère de Domrémy, figure d’unité et de résistance, ne reste pas longtemps la propriété des sans-
culottes, puisque quelques années plus tard, Napoléon choisit de l’utiliser dans sa propagande contre les Anglais. « La Jeanne d’Arc guerrière que l’on peut voir aux Tourelles à Orléans, réalisée par Edme Gois, en est d’ailleurs l’illustration », souligne Olivier Bouzy. De bonapartiste, Jeanne va si l’on peut dire « virer » royaliste pendant la Restauration avant que le célèbre historien Jules Michelet ne s’empare de la jeune roturière pour en faire un emblème républicain. Après la défaite contre la Prusse en 1870, la Bonne Lorraine se fait, ensuite, plus nationaliste et militariste. Jeanne « va glisser vers la droite en même temps que la procédure de canonisation lancée par Monseigneur Dupanloup, puis vers l’extrême droite, retrace Olivier Bouzy. Pendant le régime de Vichy, Jeanne d’Arc remplacera d’ailleurs Marianne. » Puis la droite traditionnaliste, boulangiste, nationaliste et même antisémite s’empara aussi de la figure de la Pucelle. Paul Deroulède, Charles Maurras ou encore Maurice Barrès déposèrent ainsi des fleurs à la statue de Jeanne d’Arc, place des Pyramides…

« Tout le monde a récupéré Jeanne à un moment ou un autre », nuance toutefois Olivier Bouzy. Car on l’oublie souvent, mais la Libératrice d’Orléans a aussi été… communiste ! Dès 1943, les militants du PC essayent en effet de contrer la propagande pétainiste en s’appuyant sur « cette petite fille du peuple qui se lève pour défendre la patrie, relate Olivier Bouzy. Les communistes avaient d’ailleurs choisi une militante qui avait été déportée pour l’incarner ». Cette « utilisation » s’arrêtera en 1961 avec la mort de Maurice Thorez. À gauche, cinquante ans plus tard, Ségolène Royal écrivit dans un livre son adoration pour Jeanne d’Arc. Mais entre-temps, le Parti socialiste explosa en vol, et la Pucelle n’eut donc pas le temps de virer au rose…

L’égérie de Jean-Marie

En 1988, Jean-Marie Le Pen ravive les fêtes nationalistes, place des Pyramides, à Paris. « Il s’agissait alors d’une utilisation iconographique de Jeanne d’Arc, il n’y avait pas de réécriture du mythe ni de discours sur Jeanne d’Arc », rappelle Olivier Bouzy. Mais cette récupération dura lors de chaque 1er mai jusqu’en 2017. On se souvient encore, cependant, des dernières cérémonies perturbées par la présence de Femen seins nus… En Vendée, Philippe de Villiers essaya également de reprendre le symbole, avec l’achat, pour le Puy-du-Fou, de la fameuse bague de Jeanne. « Je lui avais écrit pour le prévenir qu’il n’y avait aucune preuve que cette bague ait pu appartenir à Jeanne d’Arc ! » raconte pour l’anecdote Olivier Bouzy. Depuis, Éric Zemmour s’est aussi risqué lors d’un passage à Rouen à évoquer celle qui termina sur le bûcher. Et lors de la dernière campagne présidentielle, son nouveau parti cibla clairement Orléans comme l’une des villes d’où devait partir la fameuse Reconquête… avec le succès que l’on sait.

Qui sera le prochain ou la prochaine à tenter de se saisir de la Pucelle d’Orléans ? Si le champ politique est moins occupé aujourd’hui qu’à une autre époque, la place est libre pour les artistes et les documentaristes. D’ailleurs, BD et jeux ont fleuri ces dernières années, à Orléans comme ailleurs, autour de la figure éternelle de la bergère de Domrémy. 

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