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À Orléans, les défis de l’église
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À Orléans, les défis de l’église

À Orléans, les défis de l’église

Entre les affaires d'abus sexuels, ses finances récemment placées sous le feu des projecteurs et la baisse du nombre de prêtres, l'Église, dans le diocèse d'Orléans comme partout en France, fait face à de nombreux défis.
Gaëla Messerli
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Le temps de l’Avent qui a commencé le 28 novembre plonge théoriquement les catholiques du Loiret et du monde entier dans la joie. Mais avec le récent rapport de la CIASE (Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Église), c’est un peu comme si un immeuble de cinq étages était tombé sur les prêtres loirétains et sur la communauté catholique dans son ensemble. Dans le département, le souvenir de la condamnation de Pierre de Castelet, ainsi que celle pour non-dénonciation d’André Fort, ancien évêque d’Orléans, est encore vif, d’autant que l’affaire mettant en cause un autre prêtre – Olivier de Scitivaux – est encore en instruction au niveau judiciaire…

Dans ce contexte particulier, de nombreux responsables du diocèse d’Orléans ont accepté, dans les lignes qui suivent, de nous livrer leur vision de l’Église ainsi que de nous en expliquer ses rouages. Ils ont abordé la question de la pédocriminalité au sein de l’institution en passant par la formation des prêtres, les finances de l’Église mais aussi l’accueil des personnes homosexuelles, une question revenue sur le devant de la scène lors des manifs contre le Mariage pour tous*.  

Une chose est frappante : tous les interlocuteurs que nous avons rencontrés sont d’abord marqués par la douleur des victimes recensées par le récent rapport de la CIASE, et l’effroi face à leur nombre. Ils souhaitent cependant rappeler, aussi, que la grande majorité des prêtres ne sont pas des pédocriminels. « Je me sens blessé, nous a confié l’un de nos interlocuteurs. Je pense d’abord évidemment aux victimes qui ont souffert. Mais j’ai la chance d’avoir rencontré dans mon enfance des prêtres fiables et stables. Il y a donc en moi un mélange de colère, de sentiment de trahison avec, en même temps, le désir de faire la vérité. Il y a aussi celui de pacifier pour reconstruire, afin que l’Église soit un lieu où les enfants et les jeunes puissent être en sécurité ».

Célibat et vocations

Au-delà du choc et des résolutions concernant les abus sexuels votées par l’ensemble des évêques de France en novembre, c’est le fonctionnement de l’Église lui-même qui est actuellement remis sur le tapis, à commencer par la question de la place du prêtre. La CIASE a récemment pointé la question du rapport au pouvoir le concernant. « L’Évangile est pourtant clair », estime Karl-Aymeric de Christen, vicaire général du diocèse d’Orléans (celui qui seconde l’évêque, ndlr) : il y a une dimension de service dans le rôle du prêtre. La vie sacerdotale n’est pas une « carrière », rappelait d’ailleurs le Pape François en avril dernier. La question du « célibat des prêtres » fait aussi partie des poncifs qui reviennent à intervalles réguliers, et encore davantage ces dernières semaines. Pas question pour le moment de le remettre en question : pour Karl-Aymeric de Christen, ce serait « oublier un trésor de l’Église : la consécration à Dieu. Moi-même je n’ai pas choisi le célibat ; par contre, j’ai choisi de me consacrer à Dieu ».

Il n’empêche : dans les faits, depuis 50 ans, les vocations ont baissé dans le Loiret comme partout en France, même s’ils ont réussi à se stabiliser dernièrement. Comme nous l’a expliqué un ecclésiastique local, ceux qui s’engagent aujourd’hui dans la prêtrise ne peuvent plus le faire pour obtenir un statut social : « au niveau des institutions, le maire n’est plus grand chose, l’instituteur n’est plus rien et le prêtre, lui, est transparent ! » Toujours est-il que le temps de la paroisse gérée par le même curé pendant 50 ans est révolu : la mobilité fait aujourd’hui partie de la vie des prêtres. Il faut dire qu’il y a un demi-siècle, justement, il y avait, selon l’actuel vicaire général, 450 prêtres dans le diocèse d’Orléans. Aujourd’hui, on compte 62 prêtres de moins de 75 ans, 28 de plus de 75 ans et 32 diacres. Il y a également six séminaristes en formation et deux élèves en propédeutique (préparation au séminaire). Sans oublier 77 laïcs qui sont en mission ecclésiale (charge particulière) pour le diocèse. « Le diocèse d’Orléans compte des diacres depuis longtemps, commente-t-on au sein du clergé local. Il est le 15e diocèse français ayant le plus de diacres ». Une tradition du diaconat qui remonterait à Monseigneur Lustiger, évêque d’Orléans de 1979 à 1981.

Moins de prêtres, plus de diacres ?

Le diacre, justement, serait-il l’avenir de l’Eglise ? (Dans l’Orléanais, les diacres sont souvent des hommes mariés, ndlr) « Cela ne marchera pas si l’Église fonctionne avec l’idée d’exclure les prêtres, répond Karl-Aymeric de Christen. C’est toujours une question d’équilibre ». Depuis quelques années, on peut observer, dans le Loiret, la présence de communautés comme celle de Saint-Martin à Olivet ou des frères de Saint-Jean à Saint-Laurent, ou même encore des Eudistes, à Saint-Marceau, qui ont la charge de paroisses. « C’est une aide, mais pas une solution, poursuit le vicaire général, car un prêtre diocésain est attaché à une terre, une histoire. Nous en avons peu, cela permet un enrichissement ». Cependant, la place des laïcs dans l’Église de demain fait partie des pistes sur lesquelles le clergé réfléchit pour répondre aux derniers scandales de pédocriminalité. Dans les faits, ceux-ci sont déjà depuis longtemps engagés au sein de la communauté. « Il y a des laïcs dans la majorité des conseils des évêques », affirme ainsi Karl-Aymeric de Christen.

Un concile de Vatican III devra-t-il cependant voir le jour sur cette question de la prêtrise ? Là ne semble pas être la solution pour le vicaire orléanais. Selon lui, « la situation en France n’est pas la même qu’en Italie ou en Asie ». Mais alors que le nombre de prêtres dans le Loiret est aujourd’hui stable, « d’ici 10 à 15 ans, quand les dernières générations d’anciens auront disparu, nous ne savons pas quel sera notre point d’équilibre, reconnaît Karl-Aymeric de Christen. Il faut aussi mettre cette question en parallèle avec la diminution du nombre des fidèles. On sait qu’il faut trouver de nouvelles manières de faire, mais nous sommes aussi héritiers de dix siècles, un poids historique. C’est à la fois une chance et un frein… »

*Une question qui était au cœur de l’ exhortation apostolique Amoris laetitia du Pape François, en 2016.

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