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Belles opérations et mauvais présages
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Belles opérations et mauvais présages

Belles opérations et mauvais présages

Depuis la mi-mars, les entreprises loirétaines sont confrontées à une situation inédite. Certaines ont réussi à maintenir un peu d’activité quand d’autres ont dû la cesser séance tenante. Quelques secteurs, enfin, ont pu tirer partie de la période de confinement et ont été les récipiendaires de jolies commandes, privées ou publiques. En quatre séquences, exploration – forcément exhaustive – d’un maillage entrepreneurial qui oscille aujourd’hui entre crainte et espoirs.
Théotime Léon-Leverd (avec B.V)
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Bonjour l’hygiène…

Les essuie-tout, mouchoirs et papiers toilette ont été fortement convoités pendant la crise sanitaire. Avec les paquets de pâtes et la farine, ces produits ont fait partie des plus demandés. Le secteur hospitalier en a vite ressenti le besoin, et il a pu compter sur les services d’entreprises privées à l’instar d’Essity, une société internationale qui s’est créée en juin 2017 après s’être séparée du groupe SCA. 

La société, leader mondial dans le secteur, possède un de ses huit sites à Gien. Celui-ci embauche plus de 500 employés et est actif 7J/7 et 24h/24. Jean-Paul Ferreira Martins, responsable qualité, sécurité et environnement, explique que le défi de l’usine a été de maintenir la production telle qu’elle était avant la crise sanitaire. Une tâche d’envergure, puisque nombre des employés étaient absents. Cela n’a pas empêché l’entreprise de faire don de ses produits à des EPHAD (Sully, Coullons, Gien ou Briare), à des centres hospitaliers ou à des cabinets d’infirmières (Gien, etc.). À la base, le don portait surtout sur des mouchoirs. La nouvelle s’est vite répandue et beaucoup d’établissements sont venus « frapper à la porte », précise Jean-Paul Ferreira Martins. Petit à petit, l’usine a ensuite fait évoluer sa production vers la création de surblouses et a également fabriqué plus de 5 000 masques. 

Les produits du site de Gien se sont exportés hors des frontières loirétaines : vers le Loir-et-Cher, l’Yonne, l’Indre-et-Loire, ainsi que vers Paris. La démarche de l’entreprise avec la capitale française s’inscrit dans un partenariat de longue date avec la Croix-Rouge française. 100 000 kits d’hygiène sont en effet distribués tous les ans.

L’usine de Gien aurait pu être victime de son succès et crouler sous les demandes. Jean-Paul Ferreira Martins confie que les stocks de l’entreprise étaient importants et que, comme beaucoup d’autres, celle-ci avait anticipé la demande. « À aucun moment, nous n’avons eu peur de ça », dit-il. Cependant, avec une production à maintenir avec moins de ressources humaines, l’entreprise aurait pu peiner : cela n’a pas été le cas. Tous les employés de l’entreprise semblent avoir soutenu sa démarche. Plusieurs ont même été source de proposition, car des proches travaillaient dans le secteur hospitalier. Jean-Paul Ferreira Martins salue cet état d’esprit et conclut : « les salariés savaient ce qu’ils faisaient : cela donnait plus de sens à leur tâche. »

Haut les masques !

Très tôt dans la crise sanitaire, la question des masques a été cruciale. Après avoir tergiversé, les autorités l’ont fortement recommandée. Le défi a alors été de pouvoir fournir toute la France en masques, et la métropole orléanaise par conséquent. De fil en aiguille, des apprentis couturier(e)s créatifs se sont mis à confectionner des masques en tissu : certains ont ressorti la vieille machine à coudre du placard ; d’autres ont bricolé. Les professionnels, quant à eux, ont redoublé d’efforts pour confectionner des masques aux normes AFNOR aux particuliers via les boutiques restées ouvertes durant le confinement.

Candice Couture, un atelier de confection textile basé à Orléans également spécialisé dans les robes de mariée, a ainsi prêté main forte aux collectivités, notamment au Département du Loiret, afin de fournir les Loirétains en masques tissu. La petite entreprise a aussi travaillé avec la commune de Saint-Jean-de-Braye. Elle dit avoir également été sollicitée par la mairie d’Orléans, qui lui a demandé de le faire bénévolement, ce qu’elle a refusé. Enfin, la couturière a conçu des masques pour différentes sociétés, dont Thalès à Saint-Jean-de-Braye, et d’autres entreprises situées en région parisienne. Candice Couture nous a confié qu’en avril, elle avait gagné 50% de son chiffre d’affaires habituel en plus grâce aux masques.

Du tissu, du tissu !

Pour la confection des masques, le tissu est une denrée indispensable. Du coup, des merceries se sont retrouvées submergées par les demandes de particuliers. L’entreprise Caréfil, basée dans la zone commerciale d’Olivet, a ainsi fourni à Orléans Métropole tissu et élastiques à prix coûtant, pour que des bénévoles puissent confectionner des masques. Caréfil est aussi l’entreprise de Jacques Martinet, qui est toujours le vice-président de la Métropole en charge de l’aménagement économique. Cela ne pose-t-il pas des problèmes ? « Cette question a été débattue en interne, mais Caréfil était l’entreprise qui nous proposait les meilleurs prix », nous a répondu en substance la Métropole. Claire Delande, la responsable de Caréfil, explique que cette période inédite a plongé les salariés et les dirigeants dans l’incertitude quant à la réouverture du magasin. Treize personnes sur quinze ont ainsi connu le chômage partiel. Seulement deux salariés ont géré les commandes du site Internet, qui ont été multipliées par trois. Pourtant, Claire Delande précise que Caréfil a perdu du chiffre d’affaires pendant la crise. Encore très occupée aujourd’hui, la gérante indique avoir retrouvé, « à la réouverture du magasin, beaucoup de personnes qui n’avaient pas pu venir pendant le confinement. Donc, cela s’équilibre », affirme-t-elle aujourd’hui.

La restauration en suspens

Le samedi 14 mars, Édouard Philippe annonçait la fermeture des commerces « non-essentiels à la Nation ». Les restaurateurs inauguraient alors une période d’inconnu. Ouverte l’hiver dernier sur la place de Loire, La Taverne s’est par exemple retrouvée prise de court. Deux membres du staff de l’établissement, Dorian Lebreton et Pierre-Emmanuel Degenne, rapportent leur surprise provoquée par la fermeture subite du restaurant bar-brasserie. Pour eux, l’annonce a été brutale et inattendue : ils ont baissé le rideau alors que les réfrigérateurs étaient pleins… 

Malgré le déconfinement, les cafés, bars, hôtels et discothèques (CHRD) ont gardé porte close. Les acteurs de ce secteur ont tous vécu cette situation à leur manière. Beaucoup ont diversifié leurs activités. Par exemple, des restaurants ont livré à domicile ou pratiqué la vente à emporter. Même Tristan Robreau, chef-cuisinier à la tête du restaurant étoilé Le Lièvre Gourmand, a voulu proposer une « prestation de qualité » à domicile. Trouvant que la vente à emporter ne lui correspondait pas, il affirme aujourd’hui que la pratique de chef à domicile, certes moins rentable, lui a été bénéfique « sur le plan humain ». 

Une « casse sociale » à prévoir ?

Depuis la sortie du confinement, il n’y a eu qu’un seul guide de précautions sanitaires créé pour les cuisines, et il ne concernerait que les cuisines de collectivités. Aujourd’hui, certains restaurateurs restent encore sceptiques sur une possible réouverture le 2 juin prochain. Pourtant, les plaques de plexiglas à disposer entre les tables sont en rupture de stock jusqu’au 15 juin. De plus, un grand nombre de mesures doivent être prises en accord avec la mairie d’Orléans. Pour cela, l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie (UMIH) du Loiret s’active sur ce plan. Son vice-président, Thierry Deraime, a lancé des demandes au nom des restaurateurs de la métropole. Les terrasses représentent, par exemple, un axe majeur de questionnements. Les gérants de restaurants voudraient, d’abord, modifier l’emplacement de leur terrasse pour pouvoir accueillir plus de personnes, puis décaler les heures de fermeture des bars d’une heure, et enfin obtenir un accord sur la possibilité de ne pas payer les droits de terrasse entre le 1er avril et le 31 décembre 2020. La Ville répond, au sujet des terrasses, qu’elle agira « au cas par cas ». Et confirme que les droits de voirie – qui englobent droits de terrasse et droits d’enseigne – seront bien suspendus. Les restaurants tentent aussi de négocier leurs loyers. La Taverne tente par exemple de négocier auprès de la SEMPAT Orléans Val de Loire. La mairie d’Orléans indique que des négociations sont en cours, sans en donner, pour l’instant, l’aboutissement.

Néanmoins, des aides existent pour les professionnels, et les acteurs le reconnaissent. Mais celles-ci restent « plus que légères, dit Tristan Robreau. Si toutes les assurances jouaient le jeu, ça changerait la donne ! » Le dispositif de chômage partiel, qui sera prolongé dans la restauration, permet à certains de garder espoir, mais pour beaucoup, il tarde à se montrer : beaucoup de chefs ont en effet effectué l’avance de l’indemnisation. Les gérants de La Taverne énoncent ainsi une somme avancée de 60 000 €.

Alors, si certaines perspectives sont alarmistes – au plan national, le très médiatique Philippe Etchebest craint que 40 % des restaurateurs fassent faillite – il est encore un peu tôt pour faire un bilan dans le secteur de la restauration, tout comme il demeure compliqué de dégager des perspectives pour une reprise.
À La Taverne, on a pour l’instant l’impression « de se baser sur des hypothèses ». Thierry Deraime prévoit malheureusement, quant à lui, de « la casse sociale ».

L’événementiel s’interroge

Premier secteur arrêté et dernier à reprendre, l’événementiel a souffert et souffre toujours pendant cette crise. Tous les événements programmés au Chapit’O ou au Zénith ont ainsi été annulés ou reportés. Parmi ceux-ci, on compte la Foirexpo ou bien la fête foraine. De l’organisateur d’événements au responsable de projets culturels, du fleuriste au traiteur, aucun professionnel n’a été épargné. Si les acteurs du secteur envisagent une reprise normale de l’activité pour début 2021, encore faudrait-il qu’il n’y ait pas de seconde vague de contaminations…

Il s’agit d’ailleurs de la plus grande crainte de Jonathan Maitre, responsable d’une agence événementielle à Orléans. Avec ses confrères, il estime que les entreprises du secteur vont perdre entre 60 et 80 % de leur chiffre d’affaires annuel. Evenement.com, un magazine de la communication événementielle, a également évalué le montant des pertes dues aux annulations et reports à quinze milliards d’euros sur le plan national. Si les reports de charges et les efforts des bailleurs étaient indispensables pour aider le secteur, Jonathan Maitre estime cependant que les chefs d’entreprise du secteur n’ont pas été assez accompagnés. Ils ont pourtant bénéficié, comme d’autres, de Prêts Garantis par l’État et d’un dispositif de chômage partiel qui a agi comme une bulle d’air. « Il n’y a qu’en France qu’il y a ça ! », reconnaît volontiers l’entrepreneur orléanais, qui se demande toutefois comment le secteur va pouvoir rembourser les prêts dans quelques mois…

Un nouveau collectif en projet

Du reste, alors que d’autres secteurs commencent à avoir un horizon quant à une reprise de leur activité, l’événementiel reste, lui, dans le brouillard. Mais un collectif d’entreprises orléanaises est en train de se monter localement. Le projet est pour le moment bien avancé. Jonathan Maitre, qui sera l’un des référents de ce groupe, nous explique qu’au départ, le flux d’informations était trop important et que celles-ci divergeaient : le but de ce collectif est donc de définir un axe de communication pour parler d’une seule et même voix. « C’est dans l’adversité qu’on se retrouve », ajoute Jonathan Maître. Pour le moment, le collectif compte vingt-cinq acteurs, mais il pense s’élargir, notamment avec les traiteurs. Tous ces entrepreneurs veulent travailler à l’élaboration d’un plan de relance et d’un projet de premières mesures pour la réouverture d’événements d’envergure.

Jonathan Maître, qui ne veut pas sombrer dans « la morosité », juge ainsi que l’événementiel est un secteur prêt à reprendre, qui attend seulement le feu vert des autorités sanitaires. Ses acteurs sont conscients des précautions à prendre : l’entrepreneur orléanais dit que le secteur est prêt à trouver des arrangements pour rouvrir les salons tout en respectant les consignes d’hygiène.

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