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«C’est à la personne handicapée De s’approprier ce monde valide »

«C’est à la personne handicapée De s’approprier ce monde valide »

Alors que les Jeux Paralympiques de Tokyo se sont refermés ce week-end, Frédéric Delpy, ancien champion du monde de natation handisport et référent santé/handicap à la mairie de Fleury-les-Aubrais, tient un discours qui détonne sur l’intégration des personnes handicapées dans la société. 
Hugo de Tullio
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Selon vous, la cause envers les personnes en situation de handicap progresse-t-elle ces dernières années ?

Oui, ça évolue dans le bon sens. Par exemple, l’accessibilité des bâtiments est une chose qui est reconnue par la loi. Aujourd’hui, les bâtiments neufs sont tous accessibles. Cependant, à Orléans, si vous partez de la place du Martroi pour descendre vers les Halles Châtelet, bon nombre de petits commerces manquent, malheureusement, encore en 2021, d’accessibilité. Mais en France, il y a plus de personnes valides que de personnes en situation de handicap. C’est peut-être un peu dur, mais c’est mon discours, et pour moi, c’est à la personne handicapée de s’approprier ce monde valide.

Quelles actions menez-vous au sein de la mairie de Fleury-les-Aubrais ? 

J’effectue, entre autres, un gros travail de sensibilisation au lycée Jean Lurçat sur la découverte des rues, des quartiers, pour comprendre la difficulté que l’on rencontre quand on est en situation de handicap. Il faut aussi démystifier le handicap, car plus on en parle aux plus petits, plus le handicap sera démystifié. Ça commence à l’être, et aujourd’hui, je dirais qu’il y a un intérêt sociétal par rapport à la prise en compte du handicap. De plus, pendant 17 ans, j’ai été au plus proche des jeunes pour les sensibiliser à cette cause. J’ai donné de mon temps pour faire passer ce message : le sport est un gage d’autonomie, de bonne santé et d’épanouissement personnel pour les personnes en situation de handicap. Je ne dis pas qu’il faut être athlète de haut niveau, mais l’activité physique est nécessaire et importante. 

Moins de « protectionnisme » vis-à-vis du handicap ?

Justement dans le domaine du sport, la visibilité des pratiques est-elle meilleure ? 
Oui, mais il faut dire qu’on est partis de pas grand-chose. Les premiers jeux « reconnus » ont été ceux de 1960 à Rome. Aujourd’hui, il y a une lumière beaucoup plus forte en termes de reconnaissances du parasport. Le mouvement prend de l’ampleur. Mais le parasport est avant tout connu par le biais des Jeux Paralympiques. De ce fait, la pratique sportive par les personnes en situation de handicap est souvent assimilée à du sport de compétition, et c’est là où il faut faire attention. Ce n’est pas parce que l’on est en situation de handicap que l’on doit forcément faire de la compétition. Et aujourd’hui, c’est un peu le message qui est passé. 

Comment faire pour mettre encore davantage en avant ces pratiques sportives ? 

Il faut savoir que sur la population handi’, environ 80 % de personnes sont issues d’une malformation dès la naissance et 20 % d’un traumatisme. Aujourd’hui, il est clairement reconnu que la majeure partie des personnes qui pratiquent du sport en compétition sont des personnes issues de ces 20 %. Pour qu’il y ait plus de pratiquants et de reconnaissance, il faudrait que la courbe soit inversée. Il faut donc cibler notre jeunesse et les scolaires, et tout ça va prendre du temps. Car on a encore des freins, du fait de cette fragilité de l’Éducation nationale, du corps médical, mais aussi de cet affect vis-à-vis du protectionnisme envers le handicap. Aujourd’hui, encore trop souvent, les messages auprès des jeunes sont : « Tu es handicapé, il ne faut pas que tu fasses du sport parce que ce n’est pas bon pour toi. »

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