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Comment juguler le manque d’infirmier(e)s ?
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Comment juguler le manque d’infirmier(e)s ?

Comment juguler le manque d’infirmier(e)s ?

Si le Centre-Val de Loire possède un taux moyen de formation d'infirmiers légèrement supérieur à la moyenne nationale, c'est loin d'être le cas dans le Loiret. Une situation observée par les ordres et que tentent d'inverser les élus.
Gaëla Messerli
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Fin 2021, il manquait 190 infirmiers au CHRO et une trentaine au Pôle Santé Oréliance de Saran. Un déficit qui contribue, à La Source notamment, à emboliser les urgences, où la situation est souvent décrite comme intenable. Le Ségur de la Santé est passé par là, les salaires des infirmiers ont été – pas assez, disent certains – revalorisés, mais depuis cet automne, c’est alerte rouge dans les hôpitaux du Loiret, bien que les 13 Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) du territoire régional fassent le plein. 

Les données loirétaines sont préoccupantes : si le taux moyen d’infirmiers formés en région Centre-Val de Loire est de 52 pour 100 000 habitants (contre 50 au niveau national), ce nombre chute en revanche, dans notre département, à 35 pour 100 000. Ce problème, la Région Centre-Val de Loire, compétente en matière de formation, dit n’en avoir été informée que très tardivement, à l’automne 2021. « Le nombre de professionnels formés est en partie lié à ce qui est remonté par les établissements de formation, explique Magali Bessard, vice-présidente du Conseil régional du Centre-Val de Loire en charge des Formations sanitaires et sociales. Or, pour le Loiret, nous n’avons été alertés qu’en octobre dernier. Lorsque le directeur du CHRO nous a contactés en nous disant qu’il y avait 190 postes vacants dans son hôpital, nous sommes tombés de
notre siège… »

Manque de reconnaissance ?

Même si, de l’aveu des infirmiers, leur métier reste « passionnant », la profession semble en souffrance. « Tout le monde est conscient qu’il faut s’interroger sur comment garder nos professionnels de santé, notamment avec le vieillissement de la population, convient Magali Bessard. Il y a un problème à l’échelle nationale, avec des infirmières qui abandonnent leur travail au bout de 5 à 7 ans. » Sonia Ferré, présidente du conseil régional de l’Ordre des infirmiers, et Thibaut Louvet, président du conseil départemental des infirmiers du Loiret et de l’Eure-et-Loir, rencontrent régulièrement des infirmières qui décident de changer de métier. « Depuis des années, on dit aux infirmiers : « un lit doit être utilisé », qu’il faut travailler plus. Forcément, il y a des burnout », avancent-ils. Les représentants des Ordres pointent également un manque de reconnaissance et de considération pour leur métier, dans un contexte de crise sanitaire qui brouille les repères : « on nous a indiqué que les soignants sans pass sanitaire ne pouvaient plus travailler, mais certaines notes de services disent aujourd’hui aux soignants vaccinés positifs avec peu de symptômes de venir… ». Hormis des salaires pas encore assez attractifs au goût des Ordres, ceux-ci mettent aussi en avant une difficulté à concilier leurs contraintes fortes et leur vie de famille. « Avec l’arrivée d’enfants, les horaires d’un infirmier peuvent poser problème si elle ou il n’a pas de place dans une crèche d’hôpital, expliquent Sonia Ferré et Thibaut Louvet. Ce n’est pas toujours évident non plus de trouver une nourrice avec des horaires décalés, ou encore une garde d’enfants à domicile qu’il faudra pouvoir payer un certain prix. » Pour accroître l’attractivité de la profession dans un contexte général compliqué, les Ordres d’infirmiers lancent une piste : « À Paris, les hôpitaux fidélisent en trouvant un logement à proximité avec un loyer correct et en prenant en charge les six premiers mois… » Une autre solution pourrait être aussi, selon eux, de promouvoir « la formation continue notamment des aides-soignantes, qui font de très bonnes infirmières et connaissent les contraintes, de la même manière que les auxiliaires de vie font parfois un travail d’aide-soignante à domicile. Il faut aller les chercher. » Pour Thibaut Louvet, le métier de cadre de santé, « qui participe à l’intégration des jeunes infirmiers et joue sur la stabilité des équipes », est également à valoriser. 

Des rythmes à revoir ?

Au-delà des difficultés structurelles auxquelles est confrontée la profession, des questions se posent sur la formation des infirmiers, avec un nombre d’abandons au fil des trois années d’étude qui interroge. « Ce qui est sûr, analysent Sonia Ferré et Thibaut Louvet, c’est qu’auparavant, il y avait un concours d’entrée dont le niveau était peut-être plus adapté. Ces derniers mois, les étudiants ont en outre été plongés directement dans la réalité avec la pandémie. Certains l’ont mal vécu. » Consciente du problème, la Région Centre-Val de Loire explique avoir lancé une étude afin de « mieux mesurer et comprendre le taux d’abandon durant la formation ». Celle-ci répondra-t-elle aux questions qui se posent sur le cadencement et le contenu de la formation, lors de laquelle sept stages de dix semaines doivent être effectués ? « Dix semaines au même endroit, ça fait parfois beaucoup, estiment à ce propos les Ordres d’infirmiers. Les jeunes sont formés véritablement en quatre semaines et après, on les « utilise ». Or, il ne faut pas oublier qu’ils sont là pour se former. Un étudiant infirmier a un tuteur dans un service, mais lorsque les services ont eux-mêmes une charge exponentielle, cela devient vraiment difficile… » 

Plus localement, l’élue régionale Magali Bessard constate que « les étudiants venant d’autres régions ne restent pas » dans le Loiret. Pour faciliter la mobilité des étudiants et jeunes diplômés, un appel à projets a été lancé. Mais plus important, la Région veut régler le problème des locaux dans le département : « nous allons financer une extension pour l’IFSI de La Source et, en attendant, il y aura une solution modulaire. » Pour tenter de juguler l’hémorragie dans le Loiret, le nombre d’élèves infirmiers doit de toute façon augmenter et passer de 240 actuellement à 320 à la rentrée 2022 pour atteindre les 400 en 2023. 600 000 € de bâtiments modulaires sur le site de formation d’Orléans vont être déboursés par la Région Centre-Val de Loire pour permettre cette augmentation. « Nous avons un plan de près de 65 M€ pour adapter des locaux de formation aux nouveaux quotas et remettre certains en état en raison de leur vétusté, explique Magali Bessard. Pour l’extension de La Source, une étude vient de nous être rendue en décembre avec un premier chiffrage de 14 M€, mais nous devons l’affiner. À Châlette, près de Montargis, où est basé un autre IFSI, nous avons aussi un problème immobilier. Il faut ici se poser aussi la question de savoir si la formation doit rester à Châlette ou aller à Amilly. » Au niveau régional, sept projets immobiliers sont également fléchés. « Il y a une mission lancée par le Premier ministre concernant la compensation de l’immobilier. J’espère que nous obtiendrons des moyens, prévient Magali Bessard. Au niveau de Châlette, l’Agence Régionale de Santé semble pouvoir aider. Par contre, sur les 19 M€ du Ségur de la santé, rien n’est orienté sur les instituts de formation », déplore l’élue régionale.

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