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Du scribouillard à l’écrivain

Du scribouillard à l’écrivain

Les Presses de la Cité, maison d’édition fondée en 1944, ont forgé leur identité en publiant des romans dits « populaires » et en publiant des auteurs renommés comme Michel Bussi. Clarisse Enaudeau, directrice de collection, livre quelques secrets sur la façon dont elle sélectionne les cinq ou six nouveaux auteurs qui sont choisis chaque année parmi… 5 000 manuscrits reçus…
L.B.
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L’éditeur de best-sellers internationaux, les Presses de la Cité, et sa collection Terres de France abritent les fondamentaux de la marque avec des romans dits de terroir ou de littérature régionale. Cette maison d’édition reçoit à elle seule… 5 000 manuscrits par an, rythme qui s’est accentué pendant le confinement. Clarisse Enaudeau, directrice de la collection phare, constate le phénomène : « Les gens se sont mis à écrire davantage pour raconter leur expérience et leur propre vie. Or, le principe d’un bon roman, c’est son universalité. Écrire sur soi n’a en réalité pas grand intérêt… » Il existe en effet une contradiction chez nos compatriotes : ils écrivent beaucoup, mais proportionnellement, lisent peu. D’où le casse-tête des éditeurs pour lire les manuscrits, d’autant qu’aujourd’hui, avec les envois dématérialisés, n’importe qui peut facilement déposer son œuvre sans même regarder la ligne éditoriale. Ainsi, il n’est pas rare qu’un éditeur de romans policiers reçoive de la poésie ou de la science-fiction… Compte tenu du nombre, impossible donc de lire toutes ces créations dans leur intégralité, même chez les plus grands éditeurs. Une fois le tri effectué selon la ligne éditoriale, les comités de lecture utilisent alors la méthode de lecture rapide, percevant tout de suite si cela peut convenir. Et là encore, même si les premiers chapitres peuvent être très accrocheurs, il est fréquent qu’après le troisième, l’histoire se délite complètement, perdant sa structure et son ossature. Devant cette faiblesse, l’éditeur ne peut pas faire grand-chose, la construction de l’histoire étant l’un des aspects primordiaux du talent d’écrivain. En revanche, contrairement aux idées reçues, les fautes d’orthographe, à condition d’être modérées, ne sont pas toujours rédhibitoires. « Certains auteurs ont un niveau d’orthographe moyen, mais ont le sens de l’histoire, ajoute Clarisse Enaudeau. Lorsqu’on parvient à avoir une conception de l’intrigue construite comme un scénario, c’est déjà exceptionnel. » Le défaut des jeunes auteurs est également que bien souvent le principal est de vouloir trop bien faire : un primo-romancier est en effet souvent tenté de montrer qu’il sait bien écrire et, pour être certain de se faire comprendre, a tendance à se répéter. L’exemple type est celui qui, après une scène de dialogue explicite, raconte ce qui vient de s’y passer sans laisser d’ellipses au récit… 

Seuls 10% des manuscrits sont lus…

Autre défaut : la volonté d’avoir un vocabulaire trop orfévré et trop riche pour bien montrer que l’on maîtrise les mots, alors que l’économie de moyens demande en réalité énormément de travail et donne parfois beaucoup plus de puissance au texte. Parmi ces écueils vient aussi la maîtrise des personnages : lorsqu’ils apparaissent pour orienter l’intrigue et livrer des détails importants, il est nécessaire, s’ils ne reviennent pas, d’expliquer leur disparition. La boucle doit être bouclée, pour ne pas torturer le lecteur. Le travail de l’éditeur, outre les corrections, est d’apporter cette cohérence. À l’arrivée, seuls 10 % des manuscrits seront lus entièrement, et encore, pas en profondeur. Ce qui ne signifie pas qu’ils finiront chez l’imprimeur car au final, seul cinq ou six seront édités… Surtout lorsque l’éditeur choisit avant tout de construire une carrière et de suivre ses auteurs.

Une fois imprimé, l’implication de l’écrivain dans la promotion du livre est indispensable. Son dynamisme, son ouverture au public, mais aussi  –et surtout – sa capacité à communiquer sur les réseaux sociaux est devenu le must. « Aujourd’hui, un auteur ne peut plus se dire : je confie mon roman à la maison d’édition et basta, je ne m’occupe plus de rien, insiste la directrice littéraire. Ceux qui marchent le mieux sont les plus actifs sur les réseaux … » Car de nos jours, même avec une promo marketing numérique, rien ne remplace le lien direct de l’auteur avec ses lecteurs. Communiquer sur Facebook, Instagram ou TikTok pour livrer des instantanés de sa vie est devenu essentiel. Chez Terres de France, une auteure de 80 ans, très active sur Facebook – réseau considéré désormais comme celui des seniors… –, est parvenue à créer son groupe de lecteurs, de bibliothécaires et de libraires sans poster de choses très sophistiquées, mais en informant régulièrement ses abonnés. A contrario, il existe depuis quelque temps une nouvelle vague d’auteurs, plutôt trentenaires et quadragénaires, hostiles au GAFA, qui refusent ce mode de communication…

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