|
|
|
École à la maison, bonheur à profusion ?

École à la maison, bonheur à profusion ?

En octobre dernier, Emmanuel Macron a assuré qu’à la rentrée prochaine, l’école à la maison serait « strictement limitée, notamment aux impératifs de santé ». Une déclaration qui fait l’effet d’une bombe pour des milliers de familles françaises, dont plusieurs dizaines dans le Loiret.
Hugo De Tullio
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur whatsapp

L’union fait la force. À la suite du discours du président de la République prononcé dans le cadre du projet de loi contre les séparatismes religieux, 51 familles pratiquant ou intéressées par l’Instruction En Famille (IEF) se sont réunies au sein d’un collectif dans le département. Leur objectif ? Maintenir l’école à la maison pour les 102 enfants impactés dans le Loiret. Comment ? En informant et en faisant connaître cette pratique scolaire méconnue du plus grand nombre.

L’instruction en famille, c’est quoi ?

Aujourd’hui en France, selon les chiffres du Gouvernement, environ 62 000 enfants pratiqueraient l’école à la maison. D’après la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1948, « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ». Cependant, ces pères et mères de familles ont des comptes à rendre auprès de l’Éducation nationale. Pour faire l’instruction en famille, ils doivent d’abord faire une déclaration à la mairie et à l’Académie.

Tous les deux ans, une enquête de la mairie compétente est mise en place pour savoir comment se déroule la scolarité au sein de la cellule familiale. Il s’agit d’un entretien réalisé à Orléans par le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), lors duquel sont notamment demandées les motivations des parents. Tous les ans, un contrôle pédagogique est également fait par l’Académie. D’abord pour vérifier qu’il y ait une instruction, et qu’il y ait bien, ensuite, une progression de l’enfant d’une année à l’autre. Si ce contrôle ne s’avère pas satisfaisant, un second a lieu, et si ce n’est toujours pas suffisant, une injonction à la scolarité est donnée par l’Académie. Pas de critères ni de formations spécifiques pour pratiquer l’école à la maison, puisque c’est une liberté. Pas non plus de formes d’instructions obligatoires : les parents peuvent tout aussi bien faire classe eux-mêmes à leurs enfants, embaucher des professeurs particuliers ou encore adopter des cours par correspondance. À la fin des cycles scolaires, les enfants passent leurs diplômes (Brevet, BAC, etc.) en candidat libre.

Pourquoi ce choix ?

Mère de deux enfants pratiquant l’école à la maison, Alexandra Waite est l’administratrice du collectif IEF 45 et référente régionale de la mobilisation contre l’article 21 du projet de loi, posant le principe de la scolarisation obligatoire de tous les enfants âgés de 3 à 16 ans dans un établissement scolaire à la rentrée 2021. Elle a participé à la rédaction d’un argumentaire pour le maintien de l’IEF. Celui-ci précise que, dans le Loiret, 80 % des parents ont fait le choix de la scolarité à domicile pour respecter le rythme biologique et d’apprentissage de l’enfant. Sans emploi depuis qu’elle s’occupe de son fils de 13 ans et de sa fille de 11 ans, Alexandra fait partie de ce pourcentage : « Quand notre fils a dû aller à l’école dès 3 ans, nous avons cherché, sans trouver, une école qui correspondait à nos principes. Nous l’avons donc placé en crèche parentale, et nous nous sommes rendu compte qu’il apprenait quand les sujets l’intéressaient. Nous nous sommes dit que nous pouvions l’accompagner. » Aujourd’hui, les deux enfants d’Alexandra passent un ou plusieurs jours par semaine à l’école Upaya, basée à Dry (voir encadré p.7). « Ils ont trouvé mes enfants extraordinaires parce qu’ils s’occupent des petits, tout en sachant parler aux adultes », se félicite l’administratrice du collectif IEF 45.

Pour Christelle, mère de famille de trois enfants, les raisons de se diriger vers l’instruction en famille ont été différentes. Ses deux aînés ont suivi une scolarité traditionnelle, et sa deuxième fille a été victime de harcèlement. Elle a alors décidé une autre voix pour son benjamin : « En voyant sa sœur, mon plus petit a associé l’école au danger, et moi, je n’ai plus confiance en l’école primaire. J’ai donc découvert l’IEF comme ça. Et c’est cent fois mieux… »

Également membre du collectif IEF 45, Catherine Poulain évoque quant à elle « un choix de vie philosophique ». Mais cette pratique ne lui a pas paru limpide dès le départ : « Nous avons découvert cela grâce à des amis mais, au début, nous avons trouvé ça assez surprenant et bizarre. » Mère de trois enfants âgés de 5 à 1 an et conductrice de travaux en congé parental, Catherine explique que son premier fils a été gardé par sa grand-mère : « On respectait son rythme. C’était un vrai confort, ça a commencé comme ça. Et aujourd’hui, je considère que c’était l’un des plus beaux choix de ma vie. »

« On fait ce qu’on veut ! »

Alors que dans un établissement scolaire, l’emploi du temps est rythmé au quotidien par des horaires précis, la journée-type n’existe pas forcément pour de nombreux parents-instructeurs. Chez Catherine, les semaines de ses enfants sont ponctuées par de nombreuses activités extrascolaires : aïkido, éveil musical, théâtre, cirque, bibliothèque. Pour leur apprentissage, elle leur a également acheté des cahiers d’activités. Selon elle, « ça vient toujours d’eux, ils viennent avec leurs cahiers en disant : « j’ai envie d’apprendre ». Ils sont très curieux. » En nous accueillant avec un superbe hérisson confectionné avec de la pâte à modeler et des cure-dents, son fils, Louis, semble lui donner raison : « On fait ce qu’on veut ! On peut parler, bouger, et je peux apprendre plein de choses. » Sa mère de 38 ans procède également beaucoup par les jeux, remplissant chez elle l’intégralité d’une bibliothèque, et qui génèrent « une énorme source de savoirs ».

Pas de journée-type non plus chez Alexandra, qui va demander à ses deux enfants sur quoi ils veulent travailler. « C’est comme ça qu’ils vont prendre plaisir à apprendre, et que les connaissances vont rester », pense-t-elle. La référente régionale de l’IEF 45 précise aussi qu’il n’y a pas de réveils le matin. Néanmoins, des contraintes demeurent avec les journées passées à l’école Upaya et leurs activités sportives, puisque ses deux pré-adolescents font du basket depuis plusieurs années. De son côté, Christelle se différencie par une rigueur plus prononcée : tous les matins, elle et son fils de 7 ans sortent pour faire des balades en nature. Puis l’après-midi, Christelle, qui a suivi une formation Montessori, enseigne à son enfant mathématiques, français, écriture et lecture. « Le minimum syndical », selon ses mots. « On travaille une heure et demie au lieu des six heures à l’école, et j’ai le temps de faire aussi bien », ajoute-t-elle.

Des enfants désociabilisés ?

C’est l’un des arguments principaux fait à l’encontre de l’instruction en famille : la désociabilisation. « C’est un cliché », balaye Alexandra, soutenant que ses enfants rencontrent plein de gens grâce à leurs sorties et activités extrascolaires. Et ce n’est pas sa fille, Mathilda, petite brune au sweatshirt noir, qui dira le contraire : « J’ai des amis dans le réseau IEF 45, je côtoie aussi des gens qui vont à l’école, ou au basket, ça me permet d’interagir avec eux. » D’après Catherine Poulain, l’absence de relations toucherait davantage les parents, car ces derniers passent forcément beaucoup de temps avec leurs enfants. Des contraintes financières peuvent aussi apparaître, avec souvent, une perte de salaire de l’un des conjoints. Mais pour Alexandra, la difficulté majeure liée à l’école à la maison réside dans le fait que la communication avec l’Éducation nationale est très compliquée. « On est face à un mur, car l’Éducation nationale connaît rarement les méthodes alternatives pédagogiques », précise-t-elle. Elle se rappelle notamment du dernier contrôle que sa fille a passé : « Elle s’est retrouvée devant un panel de six personnes au collège pour savoir ce qu’elle avait appris. À quel enfant cela arrive-t-il ? »

Afin de se faire connaître et d’obtenir la suppression de l’article 21
du projet de loi, le collectif IEF 45 a contacté l’ensemble des députés et des sénateurs, ainsi que le président de la Métropole. Mais toutes ces actions politiques n’ont pas suffi à faire passer le projet de loi confortant les principes républicains en première lecture à l’Assemblée nationale, le 12 février dernier. Le Sénat doit désormais étudier ce texte le 30 mars prochain. Catherine déplore « ne plus être dans un régime de liberté, parce qu’on n’a plus de liberté d’instruire ». Si l’article 21 était validé tel quel, cette mère de trois enfants pense à prendre le chemin de la désobéissance civile : « On ira jusqu’au bout. » L’administratrice du collectif compte également poursuivre le combat, coûte que coûte, en saisissant peut-être le Conseil constitutionnel. Avec sa famille, elle envisage aussi de voyager et partir à l’étranger : « Pourquoi pas en Angleterre, mais avec le Brexit… » Autre pays, autres mœurs… et autres problèmes. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres ARTICLES a lire

Signaler un commentaire