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Élisa Espada : laque l’aimant
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Élisa Espada : laque l’aimant

Élisa Espada : laque l’aimant

Il n’existe qu’une seule artisane dans le Loiret travaillant la laque, et celle-ci habite à Olivet. La Loirétaine Élisa Espada a eu un véritable coup de foudre pour cette technique millénaire et, depuis plus de dix ans, en a fait son activité.
Gaëla Messerli
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Certains sont tombés dans la marmite de potion magique lorsqu’ils étaient petits, d’autres ont baigné, dès le berceau, dans un bouillon d’art pur. C’est, à Olivet, le cas d’Élisa Espada, dont les œuvres allient modernité, couleurs chatoyantes et savoir-faire artisanal, héritier de plusieurs siècles. « J’ai toujours baigné dans la peinture, raconte l’intéressée avec un calme digne des plus grands maîtres zen. Cela m’a permis de développer rapidement un goût pour la couleur et la matière. En plus, ma mère a une école de peinture à Bellegarde. Du coup, j’assistais à ses cours lorsque j’étais petite. » 

Après le collège, la voie artistique devient, pour Élisa Espada, une évidence. « Je suis venue à Olivet pour mon baccalauréat STI arts appliqués, rembobine-t-elle. Cela m’a permis d’aborder différents domaines comme les arts visuels, la mode… Et ça m’a aidée à déterminer ce qui m’intéressait vraiment en termes d’orientation. » La découverte de l’École Nationale Supérieure des arts appliqués et des métiers d’art Oliver de Serres, à Paris, fut marquante, puisque Élisa Espada eut un véritable coup de foudre pour le laque lors de sa visite. « J’ai ouvert la porte de l’atelier de laque et j’ai été séduite d’emblée par les couleurs, se rappelle-t-elle. J’ai alors eu envie de découvrir cette technique, car je souhaitais me diriger vers un métier avec un savoir-faire manuel. » L’école, très réputée, était la seule en Europe à proposer cette formation : seulement six places étaient proposées chaque année… À sa grande joie, Élisa Espada fut acceptée. « J’ai passé deux ans très intenses, avec un stage en restauration et un autre en création », explique-t-elle. 

Aventures au Vietnam

Après l’obtention de son diplôme, la jeune femme part avec l’une de ses camarades pendant six mois, à Hanoï, au Vietnam, où elle « découvre d’autres techniques que celles enseignées en Europe auprès d’un artisan laqueur ». À son retour en France, elle recherche une entreprise à Paris, mais se rend compte rapidement que « le milieu est petit et fermé. Il s’agit soit d’entreprises de restauration qui ont déjà leur personnel, soit d’autoentrepreneurs qui travaillent seuls. Parmi les personnes issues de ma promotion, nous ne sommes que deux à être devenus artisans laqueurs, sachant que l’autre personne a repris une activité familiale… » 

Face à cette situation, Élisa Espada se lance alors dans la création de sa propre activité. Mais entre-temps, la vie lui a offert un joli cadeau : la naissance de jumelles. « J’ai stoppé mon travail quelques années, le temps que mes filles grandissent, puis j’ai ouvert mon entreprise en 2019 », replace-t-elle. Depuis, l’Olivétaine se partage entre son atelier de Quiers-sur-Bézonde et Olivet. « À l’avenir, j’aimerais bien pouvoir installer mon atelier plus près de mon domicile, mais ça demande de la place. Car il faut trois pièces séparées pour les différentes étapes ». Des étapes dont l’artisane prend grand soin. « La patience est un arbre dont la racine est amère et dont les fruits sont très doux », dit d’ailleurs très joliment un proverbe persan. La maîtrise de la laque en est la parfaite illustration, car entre trois semaines et un mois sont nécessaires à Élisa Espada pour chaque réalisation d’une œuvre, qui débute d’abord par une phase d’enduit et de ponçage. « Le sujet reçoit une première couche de pigments ; on peut ensuite jouer sur les textures avec les fonds colorés. » Place ensuite à la phase de décors, « au pinceau, lors de laquelle il est possible d’incruster des feuilles d’or ou d’argent. Cela apporte une lumière que l’on ne retrouve pas dans une peinture classique ». Vernissage et ponçage constituent la dernière étape, avant de révéler l’objet ou le tableau. « Un vernis met 24 h à sécher, précise Élisa Espada. Ensuite, le polissage est important, car il permet d’enlever les petites poussières qui ont tendance à se coller et il apporte une certaine douceur au toucher. »

Depuis le lancement de son activité, la jeune femme est essentiellement tournée vers la création, mais elle « réalise également une à deux restaurations par an de meubles ou d’objets. Il s’agit de demandes émanant de la part de particuliers. Les gens sont contents de me trouver en région Centre-Val de Loire et de ne pas être obligés d’aller à Paris. » L’artisane effectue également des décors pour des gîtes. « Et je me suis lancée depuis peu dans la sculpture, ajoute-t-elle. Mon père travaille le bois depuis des années et me tourne les pièces que je dessine. Comme ça, je peux évoluer dans mes créations. Avec cette technique, les formes rondes réfléchissent d’ailleurs très bien la lumière. » Bijoux, décors, sculptures… Les supports de création sont variés pour celle qui cherche « à démocratiser » le laque et le rendre contemporain. 

De mère en filles

Mais Élisa Espada n’a pas cette seule corde à son arc, puisqu’elle collabore également avec sa mère en utilisant d’autres techniques. « Avec elle, je réalise des décors en intérieur et extérieur sur des transformateurs électriques, des écoles… à la demande de mairies notamment. Nous nous adaptons à tous les sujets ! » Un héritage familial qui semble déjà avoir été transmis à ses deux petites filles de 7 ans. Même s’il est beaucoup trop tôt pour imaginer une lignée d’artisanes de mère en filles, celles-ci ont déjà le goût du dessin. « Elles dessinent même déjà mieux que moi à leur âge », estime leur maman. Qu’est-ce que cela doit être !

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