Faut-il craindre une catastrophe ?

Le pire serait devant nous : c’est ce que martèlent, à longueur d’antennes, des « experts » de tout poil. Doit-on pour autant être aussi pessimiste ? À leurs échelles, les acteurs politiques et économiques du territoire rappellent chacun l’effort accompli et à venir pour soutenir les entreprises locales. De quoi voir l’avenir dans un gris moins foncé ?
Benjamin Vasset
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Fin mars, en pleine crise sanitaire, les chiffres du chômage donnés par la DIRECCTE Centre-Val de Loire laissaient entrevoir le début d’une période compliquée : le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A bondissait en région de 5,8 % en un mois, et de 3,8 % dans le Loiret. Olivier Carré, le président d’Orléans Métropole, craint pour sa part que 4 % d’actifs supplémentaires se retrouvent, à terme, sur le marché du travail. « Aujourd’hui, le risque pour l’emploi existe, analyse Alain Jumeau, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Loiret. Cela va mettre beaucoup de temps à redémarrer, mais il fallait qu’on redémarre, car nos voisins européens le font, et il n’aurait pas fallu que l’on soit les derniers de la classe. »

Pour autant, personne n’ignore que le retour à l’emploi physique (ou à l’emploi tout court pour des milliers de salariés dans le Loiret) ne sera pas chose aisée. Ce mouvement d’envergure doit se faire dans des conditions sanitaires tolérables et acceptées par tous. Début mai, la Préfecture du Centre-Val de Loire a ainsi présenté « un Pacte régional économique et social pour accompagner le redémarrage des entreprises et assurer leur pérennité en veillant à la santé des salariés » (sic). Il a été paraphé par la majorité des organisations syndicales – hors CGT – et patronales, ainsi que par les chambres consulaires de la région. Tous ces signataires ont voulu formaliser une union des forces économiques nécessaire à l’heure où rode l’ombre de dépôts de bilan en masse, et alors que la continuité du dispositif de chômage partiel après le 2 juin reste soumis à de nombreuses interrogations : début mai, Pierre Garcia, le directeur de la DIRECCTE Centre-Val de Loire, consentait à expliquer que son « mode d’indemnisation changerait » certainement après cette date. Sous quelles formes, et qui pourra encore en bénéficier ? Mystères. À une semaine de la fin du confinement, la préfecture indiquait que plus de 38 000 entreprises avaient eu recours à ce dispositif en région, soit 360 000 salariés et plus de 139 millions d’heures.

La « perfusion » a fonctionné

Les acteurs économiques et politiques en région voient ces chiffres impressionnants comme le signe que les aides mises en place par l’État pendant la crise ont fonctionné. Pierre Pouëssel, le préfet du Loiret et du Centre-Val de Loire, ajoute en outre que plus d’1,3 milliard d’euros de prêts garantis par l’État (PGE) ont été distribués aux entreprises, dont 550 M€ dans le Loiret (chiffres CCI 45), et que 54 % d’entre elles ont utilisé ce dispositif d’urgence. Plus de 37 M€ ont également été accordés aux TPE régionales via le Fonds de solidarité ouvert en début de crise, tandis que les entreprises régionales auraient bénéficié, au cumulé, du report de plus de 250 M€ de charges fiscales et sociales. « Très honnêtement, il faut reconnaître que, dans cette crise, les services de l’État ont été rapides et performants, acte Alain Jumeau à l’échelle du Loiret. Oui, il y a eu, au départ du confinement, des problèmes de déclaration et de connexion pour les entreprises qui sollicitaient l’activité partielle. Mais fin avril, tout était en place. » Quid, cependant, des TPE qui ont regretté, ici et là, la lenteur, voire la frilosité, de certaines banques pour leur accorder un prêt ? « Peu de dossiers n’ont pas été acceptés, rétorque Alain Jumeau. Globalement, ce dispositif a bien fonctionné. »

« Il faut agir à la fois sur l’offre et la demande »
Alain Jumeau, président de la CCI du Loiret

Cependant, s’il semble apparaître que la digue a tenu pendant la crise, l’heure de la reprise fait craindre des perspectives peu réjouissantes. Pour François Bonneau, le président de la Région Centre-Val de Loire, « 18 % des entreprises ont affirmé qu’elles seraient confrontées à des enjeux difficiles. » Sa collectivité, qui a œuvré pour répondre aux difficultés financières des sociétés pendant la crise en engageant 60 M€, a créé un Fonds Renaissance de 10 M€ pour permettre aux « entreprises de la région de redémarrer ». Le Département du Loiret a, de son côté, annoncé dégager 3 M€ pour venir en aide au secteur touristique. Dans ce domaine, la Métropole d’Orléans, par la voix d’Olivier Carré, laisse entendre qu’elle va certainement se lancer elle aussi dans une campagne de communication ciblée pour répondre à la demande de prochaines vacances d’été « relocalisées » près de chez soi. Car dans quelques secteurs-clés, il y a urgence : l’événementiel va probablement connaître un avis de gros temps, tout comme les sous-traitants automobiles, présents en nombre dans le Loiret. Et l’on ne parle pas de l’hôtellerie-restauration, qui se fait des cheveux blancs : pour ces professionnels, le président de la CCI loirétaine appelle d’ailleurs à une prolongation de l’exonération des charges et du dispositif de chômage partiel au-delà du 1er juin.

La commande publique comme recours ?

À moyen terme, une relance ambitieuse est-elle possible, et si oui, qui peut l’impulser ? Olivier Carré, le président d’Orléans Métropole, pense que c’est en agissant prioritairement sur la demande que l’horizon pourra s’éclaircir. Pour Alain Jumeau, l’offre ne doit pas être oubliée : « nous avons besoin d’un mixte », indique le président de la CCI du Loiret. Au niveau du Conseil régional du Centre-Val de Loire, l’opposant LR Guillaume Peltier appelle à un « grand plan régional de relance économique », qui vise plus spécifiquement à soutenir l’offre, c’est-à-dire les entreprises. Et au nombre de ses propositions, il demande à ne surtout pas lâcher les rennes de la commande publique. Son niveau sera fondamental dans le retour de l’activité ? Alain Jumeau, ne le nie pas, mais pose dans le débat le problème du blocage administratif actuel lié au report du second tour des élections municipales : « aujourd’hui, il manque certains maires élus qui peuvent prendre des engagements sur les années futures. Des intercommunalités sont également bloquées : ça, c’est un vrai sujet et un vrai problème. »

Olivier Carré, qui se trouve dans cette position du maire et du président d’interco en suspens en raison du report du second tour, répond pour sa part que pour commande publique il y ait, encore faut-il que les finances publiques, et plus principalement celles des collectivités ou des intercommunalités, puissent tenir le choc. Or, pour ces dernières, la crise est – aussi – passée par là : à titre indicatif, elle aura impacté les finances de la Ville d’Orléans à hauteur de 3 M€, et celles de la Métropole d’environ 11 M€. Olivier Carré parle ainsi, à son échelle, de vouloir « aller là où (sa) compétence est utile : mettre de l’huile dans les rouages entre les administrations, aider ponctuellement les secteurs qui ont du mal, et cibler, c’est vrai, la commande publique. La préférence locale ? Ça me permet juridiquement compliqué à tenir, mais on peut introduire dans les appels d’offre des critères locaux liés, par exemple, à des compétences pas trop éloignées de chez nous. »

En tout état de cause, les semaines qui viendront diront si l’économie régionale a su passer le cut du déconfinement, et si les dispositifs de soutien, puis de relance, auront permis de faire redémarrer l’activité tout en ne réactivant pas la circulation du virus. « Ma crainte, c’est plutôt dans 8, 9 mois, quand il faudra rembourser les prêts… », souffle ainsi Alain Jumeau. D’ici là…

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