« Il ne faut pas punir les petits ! »

Philippe Taboret, président directeur-adjoint de CAFPI, courtier numéro un dans l’Hexagone, est très inquiet en cette fin d’année. Il estime en effet particulièrement mortifères pour la relance les nouvelles contraintes imposées par les autorités en termes d’accession à la propriété, notamment pour les ménages les plus modestes.
Laurence Boléat
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Comment avez-vous vécu la fermeture du Crédit Foncier, la dernière banque spécialiste de l’immobilier ?

Très mal. Le principe du courtier est d’offrir le maximum de solution aux emprunteurs. La disparition du Crédit Foncier pénalise les clients, et d’un point de vue macro-économique, c’est un désastre pour l’accession sociale à la propriété, éléments clés de l’économie en France. Dans ses fondamentaux, ce marché souffre de cette absence. Même si nous étions concurrents et que les constructeurs se sont rabattus sur le courtage, ce qui est positif pour nous, il manque l’expertise du Crédit Foncier, que n’ont pas les banques généralistes. 

Vous n’avez pas réussi à retrouver ses compétences ailleurs ?

Pas vraiment. À cela s’ajoute les contraintes imposées par le HCSF (Haut Conseil de la Stabilité Financière) et la Banque de France, qui ont demandé aux banques de réduire la voilure sur les crédits immobiliers, en limitant strictement l’endettement à 33 %, la durée des prêts à 25 ans, et en imposant l’apport personnel dans les opérations. Ces recommandations étaient déjà préconisées, mais cette fois, le ton s’est durci et est devenu un ordre, avec des contrôles et des pénalités en cas de non-respect. Les durées de crédit sur 30 ans ont disparu, tout comme le financement du 110 % (terme utilisé pour les prêts qui englobent le financement de tous les frais annexes, notaire, garantie… NDLR). Pourtant, ils permettaient aux jeunes primo-accédants et ménages modestes d’acheter… 

Vous pensez que certaines catégories socioprofessionnelles sont touchées ?

Complètement. C’est la raison pour laquelle je mène, depuis le début de l’année, un combat pour assouplir ces critères. J’étais encore au ministère des Finances à la fin du mois d’octobre pour demander leur annulation. L’an dernier, les volumes de crédit ont explosé et la Banque de France a craint un retournement de marché ; elle a donc joué logiquement son rôle de régulateur. Mais cette année, avec la Covid, le marché s’est rétracté et nous allons commencer à en payer les conséquences dès la fin de l’année…. 

Et que vous répond le ministère ?

En tant que président d’honneur de l’APIC (Association Professionnelle des Intermédiaires de Crédits), je tire la sonnette d’alarme depuis des mois et jusqu’à maintenant, la réponse était : « on verra ». Mais le cabinet de Bruno Lemaire, le directeur du Trésor et le ministère du Logement commencent enfin à prendre conscience de l’ampleur du problème. Il faut absolument que les banques soutiennent l’accession pour relancer l’économie, dont l’immobilier est le moteur. Quand on achète de l’ancien, c’est une manne financière pour l’État grâce aux frais de mutation, et lorsqu’on achète son premier logement, cela génère d’autres achats qui relancent la consommation. Tout le monde est gagnant ! C’est une énorme erreur de punir les « petits », car ils vont rester locataires du logement social, et toute la chaîne va se gripper. Il faut prendre le risque d’aider cette partie de la population pour entraîner tout le reste…

C’est donc un véritable cri d’alarme que vous poussez là…

Ce qu’il se passe est catastrophique. On ne va construire que 300 000 logements l’an prochain, alors qu’il en faut 450 000 ! J’ai dit au cabinet de Bruno Lemaire qu’ils avaient tort, fondamentalement. L’immobilier crée de l’emploi, de la recette fiscale, de l’activité. Nous souffrons de l’absence d’une politique du logement à long terme, depuis plusieurs quinquennats. En France, les coups de pouce arrivent toujours un an avant les élections…

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