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« La discrimination est omniprésente »

« La discrimination est omniprésente »

Pour lutter contre toutes formes de discriminations, le site Internet Antidiscriminations.fr et le numéro de téléphone 3928 ont été lancés en France le 12 février dernier. L’occasion de faire le point – non sans mal – sur le niveau des discriminations sur Orléans où, malgré l’absence de chiffres, certains font part de leur malaise.
Hugo de Tullio
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Mettre la main sur les chiffres liés aux plaintes pour discriminations à Orléans relève du parcours du combattant. La police ne peut rien communiquer, alors que le Tribunal judiciaire d’Orléans est dans l’incapacité de répondre à la requête. « J’ai le regret de vous annoncer que les demandes de remontées statistiques sur le traitement de plaintes pour (discriminations) se sont révélées infructueuses », énonce ainsi, dans un mail, la chargée de missions auprès des chefs de juridictions. Aucun chiffre n’est avancé, non plus, par les associations orléanaises. Président de Stop aux discri, collectif créé fin 2015, Ali Jefrani avance une hypothèse sur ces absences de statistiques : « Je m’étais entretenu avec l’ancien procureur de la République d’Orléans, Nicolas Bessone, qui me disait que les gens ne portaient pas plainte pour discriminations. On ne peut pas vous sortir des chiffres s’il n’y en a pas, mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de chiffres qu’il n’y a pas de discriminations… » Le rapport des services de la Défenseure des droits donne pour sa part quelques pistes, en avançant, entre autres, que « l’emploi reste (…) le secteur de la vie sociale où les discriminations en raison de l’origine apparaissent les plus aiguës ». Plus de la moitié des discriminations déclarées en raison de la couleur de peau ou de l’origine se produiraient ainsi dans la sphère professionnelle.

S’il n’y a donc pas de chiffres au niveau local, il y a tout de même des ressentis. L’antenne régionale de la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) travaille ainsi sur ces questions. Son délégué adjoint, Jean-Pierre Delpuech*, assure qu’à Orléans, « nous avons la chance de vivre dans un climat relativement apaisé. Il y a toujours trop d’affaires, mais il y a le respect des convictions religieuses des uns et des autres ». Ali Jefrani, du collectif Stop aux discri, ne brosse pas tout à fait le même tableau : « Il y a toujours des contrôles au faciès, comme partout. Et même si nous ne sommes pas aux États-Unis, la discrimination est omniprésente. »

Âgé de 41 ans, cet homme, détenteur d’un Master en sciences de l’éducation à l’université de Nanterre, rappelle déjà qu’en 2012, le Conseil régional voulait travailler sur la thématique des discriminations liées à l’origine dans le domaine professionnel. « Ce n’est pas arrivé par hasard, dit-il. On s’est aperçus que beaucoup de personnes avaient des difficultés dans ce domaine. Orléans est une ville de bourgeois, où il y a énormément de préjugés. » Sans embrasser tout à fait la même analyse, Jean-Pierre Delpuech, de la LICRA, pointe également du doigt les discriminations à l’embauche et au logement : « Il y a encore beaucoup à faire, car le petit racisme quotidien et insupportable existe toujours. »

« orléans est une ville de bourgeois, où il y a énormément de préjugés »
Ali Jefrani, du collectif Stop aux discri

Grâce au lancement de la plateforme Antidiscriminations.fr, les personnes qui s’estiment victimes vont pouvoir bénéficier d’une médiation ou d’un accompagnement juridique. Tandis que la LICRA propose déjà une aide juridique, son antenne orléanaise doit prochainement bénéficier des services de deux avocats spécialisés dans ces thématiques. Mais pour son délégué adjoint, ce nouveau site Internet est une bonne nouvelle : « Toute initiative qui participe au fait de lutter contre les discriminations est bienvenue : c’est une excellente chose. »

Mais là encore, sur cette initiative, le président de Stop aux discri est plus circonspect : « Je n’ai pas envie d’être la personne qui critique tout le temps, mais cette plateforme, c’est comme jeter un pavé dans la mare. » Pour illustrer son propos, Ali Jefrani raconte que, dans le cadre de ses recherches, il a essayé de contacter les services de Marlène Schiappa, ministre chargée de la Citoyenneté. Une demande restée pour l’heure sans réponse… « Ça veut donc dire que cette mesure, c’est de la poudre de perlimpinpin », poursuit-il, en paraphrasant le président de la République. Il évoque également la fracture numérique dont certaines personnes sont victimes : « Les hommes ont laissé place à la machine, mais certains sont nuls en informatique ! Tout le monde ne pourra pas s’en sortir » avec cette plateforme, s’agace Ali Jefrani.

Une plateforme qui divise

Au-delà de cette mesure mise en place par le Gouvernement, les deux associations orléanaises voient plus loin pour lutter contre les discriminations. Quelles solutions proposent-elles pour les combattre ? Jean-Pierre Delpuech place en priorité « l’éducation, en intervenant de la maternelle à l’université ». La LICRA du Loiret point également du doigt les réseaux sociaux, sur lesquels « des auteurs de propos honteux agissent dans le plus grand anonymat ». Le président de Stop aux discri reprend quant à lui l’article 225.2 du Code pénal, qui stipule que la discrimination commise à l’égard d’une personne physique ou morale est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Mais « qui va être puni à cette hauteur-là ?, questionne Ali Jefrani. Je crois pourtant qu’il faut frapper les gens au portemonnaie, il n’y a que la politique du bâton qui marche… » Ce dernier propose aussi la création d’un poste de contrôleur d’éducation, « comme une sorte d’observatoire local, où l’on pourrait vraiment vérifier si le travail est effectué ».

À l’échelle nationale ou locale, le combat contre les discriminations risque d’être encore long. Car les chiffres associés à ces problématiques ne sont pas les seuls à manquer. En effet, peu d’associations orléanaises s’emparent de ces sujets. La LICRA, par exemple, vient depuis seulement le mois de décembre dernier de réactiver son antenne régionale. Sans abdiquer, mais toutefois un peu amer, Ali Jefrani précise que, dans son collectif, « même les personnes les plus motivées ont baissé les bras », car elles déplorent le fait qu’on ne les écoute pas. Une cinquantaine de bénévoles composaient ainsi le collectif il y a encore quelques années. Aujourd’hui, ils ne sont plus que trente. 

* Par ailleurs porte-parole du Modem dans le Loiret et ancien colistier d’Olivier Carré lors de la campagne des municipales à Orléans

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