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les Parisiens vont-ils débarquer ?

les Parisiens vont-ils débarquer ?

Le sujet n’aura échappé à personne : pendant le confinement, les Franciliens ont eu le temps de s’interroger sur une vie meilleure, qui commencerait par davantage d’espace et un coin de verdure. En ligne de mire, les villes moyennes et les campagnes proches de Paris : un portrait-robot qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Orléans et à la Sologne…
Laurence Boléat
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Dans les agences immobilières d’Orléans, on se prépare déjà à un grand exil des Parisiens. Chez Orpi par exemple, on constate que les demandes émanant de la région parisienne ont augmenté depuis le confinement et que des ventes se sont concrétisées derrière. Selon Sébastien Marquant, patron de neuf agences dans le Loiret dont quatre dans la métropole d’Orléans, les Franciliens se sont même décidés beaucoup plus vite que les métropolitains, soufflant au passage des biens qui se seraient vendus en local, mais après négociations. Au final, un acheteur sur cinq était francilien et a craqué pour la cité johannique afin de se loger au titre de sa résidence principale ! « Ce qui est loin d’être neutre, mais ne reste que la cerise sur le gâteau », précise tout de même ce directeur d’agences. Constat réjouissant pour les propriétaires desdits biens, qui ont vendu au prix du mandat, les acheteurs n’ayant pas osé négocier, trop heureux d’acquérir à des prix nettement inférieurs que ceux pratiqués en banlieue… 

Sans surprise, les nouveaux venus sont souvent des couples, avec au moins deux enfants. Le confinement en appartement ayant bien tapé sur le système nerveux des familles, ces arrivants recherchent des maisons de ville avec jardin, craignant la perspective d’être enfermé de nouveau, avec des rejetons déchaînés dans de petits espaces… Beaucoup ont aussi concrétisé une idée qui trottait depuis longtemps dans leurs têtes : ne plus subir les nuisances d’une urbanisation excessive. D’où des exigences bien précises, comme être sur une ligne de tram ou pouvoir accéder à pied à la gare pour rejoindre Paris. Car tout bien calculé, passer une heure dans un train avec un ordinateur est désormais un temps de travail qui est, a contrario, impossible en voiture. D’autant que la vitesse moyenne s’établit en Île-de-France, aux heures de pointe, en deçà des 20 km/h…

« La métropole orléanaise plaît à cette nouvelle clientèle »

Le phénomène semble donc donner raison à l’étude de Parisworkplace, qui annonçait dans son baromètre 2018 que 49 % des salariés franciliens ayant plus d’une heure de trajet iraient travailler en province s’ils avaient le choix. À défaut de job dans l’immédiat, certains ont donc choisi de commencer par y vivre, pariant sur la pérennisation du télétravail, au moins deux à trois jours par semaine, même après la fin de la Covid.

Pourtant, la proximité d’Orléans à l’Île-de-France, couplée à une bonne desserte routière, n’est pas la seule raison de cet « exode ». La métropole orléanaise plaît en effet à cette nouvelle clientèle en recherche d’un cadre de vie et de nature. Hormis le fait de pouvoir doubler sa surface habitable, poser son barbecue et pouvoir jogger dans la plus grande forêt domaniale de France ou sur les berges du plus long fleuve de l’Hexagone, tous sont agréablement surpris par une jolie ville rénovée, à taille humaine, et par l’environnement économique. Méconnue, la métropole orléanaise pourrait bien tirer son épingle du jeu dans un futur très proche, d’autant que certains porteurs de projets ont des idées pour rapprocher encore davantage Paris d’Orléans dans les années qui viennent… Sébastien Marquant, qui possède aussi une agence Orpi à Tours, n’a d’ailleurs pas constaté cet engouement pour la Touraine. Raison invoquée : un TGV à une heure de Paris, certes, mais en cas de pépin – fréquent – à la SNCF, impossible de relier rapidement en voiture la capitale tourangelle à la capitale nationale. 

Lamotte-Beuvron en tête de liste !

D’autant qu’après avoir épuisé les joies des rectilignes allées forestières, les Parisiens découvrent aussi celles de l’autre poumon vert qu’est la Sologne. Toujours chez Orpi, François Héroin, directeur des agences de Lamotte-Beuvron et de La-Ferté-saint-Aubin, confirme cette tendance : les clients venus de tous les départements d’Île-de-France ont acheté des biens, et rapidement ! Et la perspective éventuelle de l’arrêt du télétravail ne leur pose aucun problème, puisqu’ils sont confiants dans leur facilité à changer d’employeur… Pour ces cadres dans la trentaine ou quarantaine, plutôt salariés dans de grosses entreprises, locataires en région parisienne, avec une bonne capacité d’endettement donc d’emprunt, les banques suivent. Avec un profil un peu différent pour la Sologne, une majorité de couples sans enfants, la priorité reste le cadre de vie. Ne plus revivre un confinement dans les mêmes conditions : telle est, toujours, la principale motivation. Avec un budget compris entre 200 000 et 250 000 €, beaucoup jettent leur dévolu sur Lamotte-Beuvron, attractive avec sa sortie d’autoroute, ou sur d’autres villages du Loir-et-Cher. 

Quelques notes dissonantes, cependant, dans cette analyse : chez Transaxia, on n’a par exemple pas encore observé cet engouement des Parisiens sur le département du Loiret ou du Cher. Constance de Pélichy, la maire de La Ferté Saint-Aubin, n’a pas non plus senti de frémissement dans sa commune : pour l’instant, pas l’ombre d’un Parisien quittant la folie de la capitale pour le calme de sa ville, les « postes en tension » du territoire n’étant pas (encore ?), selon elle, ceux prisés par les habitants de la capitale. Dans cette commune qui fait office de portes de la Sologne, la pression immobilière n’augmente donc pas pour le moment. Pour autant, une augmentation des prix est quand même à craindre, ce qui impacterait le marché et pourrait empêcher les salariés solognots, aux revenus plus modestes, d’accéder à la propriété : « c’est toujours la même histoire : quand les propriétaires vendeurs entendent parler de la venue des Parisiens, ils ont tendance à vouloir augmenter leurs prix… » Un réflexe humain qui pourrait gripper la demande locale et boursoufler le marché. Car la crise de la Covid passée, lorsque l’hiver s’installera avec ses longues soirées, pas sûr que la greffe parisienne prenne forcément dans notre campagne brumeuse…

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