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Les vendeurs de bien-être
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Les vendeurs de bien-être

Les vendeurs de bien-être

Les Français sont de plus en plus adeptes aux Médecines Alternatives Complémentaires (MAC), appelées plus grossièrement « médecines douces ». 40 % de la population en auraient déjà testé l’efficience pour y chercher, de façon diffuse, une forme de « mieux-être » que la médecine conventionnelle ne leur apporterait pas, ou plus. À Orléans comme ailleurs, ces praticiens font florès. Mais tout cela est-il bien « raisonnable » ?
Hugo De Tullio
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Qui n’a jamais galéré à obtenir un rendez-vous médical depuis ces dernières années ? Médicaments trop coûteux, effets secondaires contraignants, déserts médicaux… Les raisons ne manquent pas aux Français pour bouder leur système de santé traditionnel, pourtant réputé comme l’un des meilleurs au monde. Dans le pays, selon le Conseil National de l’Ordre des Médecins, quatre personnes sur dix ont ainsi déjà eu recours aux médecines Alternatives Complémentaires (MAC), le plus souvent à cause de stress, d’insomnie, d’anxiété ou encore de pathologies chroniques. Au total, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recense plus de 400 MAC, déclinées en France par l’Ordre des Médecins en quatre catégories distinctes : les thérapies manuelles (ostéopathie, réflexologie) ; les thérapies corps-esprit (hypnose, sophrologie) ; les thérapies biologiques (phytothérapie, aromathérapie) et les systèmes complets (acupuncture, naturopathie, homéopathie). S’il faut payer de sa poche pour pratiquer la plupart de ces médecines douces, certaines sont toutefois reconnues par l’Ordre des Médecins et peuvent être remboursées par des mutuelles. Employées dans différents hôpitaux, il s’agit de l’homéopathie, l’acupuncture, l’ostéopathie et la mésothérapie.

Pour quelle efficacité ?

« Est-ce que ça marche vraiment ? » C’est la question qui revient généralement sur le tapis lorsque l’on va voir ce genre de spécialistes. Et le plus souvent, la réponse est : « ça dépend ». D’accord, mais de quoi ? D’abord, toutes les pratiques ne se valent pas sur l’échelle scientifique. Par exemple, la mésothérapie a su prouver son efficacité. Si l’homéopathie est très souvent discutée, il n’empêche que des résultats ont également démontré une certaine efficience. Pareil pour l’acupuncture pour combattre l’arrêt du tabac. Mais de manière générale, le docteur Christophe Tafani, président du Conseil de l’Ordre des Médecins du Loiret, préfère garder « une certaine prudence vis-à-vis de ces pratiques qui sont extrêmement diverses, variées, et qui n’ont pas toujours réussi à prouver leur efficacité. »

Ensuite, la science n’explique pas tout – en particulier en ce qui concerne les MAC – et le pouvoir psychologique des clients est primordial. « Il faut y croire pour que ça puisse bien fonctionner », appuie Natalie Gonet Familiar, magnétiseuse et énergéticienne de 52 ans exerçant notamment au Jardin d’Esculape, à Orléans. D’où un sentiment de frustration, parfois, quand les patients sortent du cabinet sans résultat apparent. « L’efficacité est subjective, certains attendent un effet automatique, soutient Aurélie Dousset, kinésiologue et sophrologue à domicile depuis quatre ans. Mais voilà : on veut tout, tout de suite, à l’image des médicaments… » Face à ces sensations d’échec, la pédagogie des praticiens est prépondérante, comme le rappelle Elizabeth Greffier, directrice du Centre d’hypnothérapie régional d’Orléans : « on explique bien aux patients que l’hypnose thérapeutique n’est pas une baguette magique. Ils doivent être acteurs, car c’est leur organisme qui modifie les choses pendant la séance. » Qu’il vienne voir un docteur conventionné ou non, « le côté psychologique chez un malade est très important, souligne d’ailleurs le docteur Tafani. Ces médecines douces ont quand même un rôle : elles peuvent apporter un bien-être à un patient atteint d’une pathologie grave, comme un cancer. »

En complément

Les Médecines Alternatives Complémentaires pourraient donc faire figure d’accompagnement à un suivi médical dit « classique ». Un aspect complémentaire que reconnaissent, d’ailleurs, tous les praticiens interrogés. Ostéopathe à Fleury-les-Aubrais, Sylvain Beck évoque des séances qui peuvent être réalisées en parallèle d’un suivi chez un kiné, « pour augmenter l’efficacité du traitement ». Même travail de collaboration mentionné par Charlène Boully, art-thérapeute à son compte qui travaille notamment pour l’école Montessori, dans le centre d’Orléans : « Je redirige parfois les personnes qui viennent me voir vers un psychiatre, ou inversement, car les enfants ne veulent pas parler chez eux. Alors ils viennent chez moi, et des choses se débloquent. »

Le président départemental du Conseil de l’Ordre, Christophe Tafani, interpelle cependant sur des « aspects ambivalents, dangereux. J’ai en effet déjà vu des patients arrêter leurs traitements au profit de ces médecines. Il peut y avoir des risques d’emprise et de dérive sectaire. » Ayant maintes fois entendu ces critiques, Valérie Boiry, hypnothérapeute orléanaise, l’assure : « Nous ne sommes pas là pour guérir – ça c’est le travail des médecins – mais en complément, pour gérer la douleur ». Des spécialistes qui n’ont donc pas vocation à faire disparaître telle ou telle maladie, mais qui ont le « mérite » de proposer des rendez-vous sans attendre six mois… λ

NB : Sollicités dans le cadre de ce dossier, l’Agence Régionale de Santé, la Médecine du sport au CHR d’Orléans ainsi que le Centre d’Assistance Médicale à la Procréation n’ont pas répondu à nos demandes d’entretiens.

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