Numérique : quand Le Bon Coin bouleverse le marché immobilier…

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le nombre d’annonces de ventes ou de locations immobilières proposées dans toute la France flirtaient avec les 1,9 million sur Le Bon Coin annonces, dont 260 000 provenaient de particuliers. Malgré son design volontairement passéiste, le site fondé en 2006 est ainsi devenu le n°1 de la recherche et de l’offre immobilière. Confrontés à cette évolution, les professionnels ont dû s’adapter.
Laurence Boléat
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Près de 600 particuliers et 1 800 professionnels avaient, début septembre, déposé une annonce sur le site grand public Le Bon Coin pour vendre un bien situé à Orléans. Sur le Loiret, tout confondu, on s’approchait des 14 000 résultats ! Pour nombre d’agents immobiliers, publier ses annonces sur Le Bon Coin est devenu incontournable, même pour ceux qui étaient abonnés de longue date à des sites spécialisés. La raison est simple : c’est le site qui génère le plus grand nombre d’appels et représente jusqu’à la moitié des contacts. Mais comment se positionner face aux particuliers qui peuvent publier leurs annonces gratuitement sur cette gigantesque plateforme commerciale ? Sophie De Wulf, de l’agence immobilière Côté Loire, annonce la couleur : « je fais un pacte de confiance avec mes vendeurs : au départ, je leur demande de ne pas publier d’annonces en direct sur Le Bon Coin durant les six premiers mois du mandat. Sinon, c’est bien simple : je ne les prends pas. » 

« Après l’avoir boudé, les professionnels sont revenus sur le bon coin »

Pour cet autre agent immobilier indépendant, la seule chose qui a réellement changé avec l’arrivée du Bon Coin, et avec Internet en général, c’est l’immédiateté : « autrefois, le jeudi matin était consacré à la lecture du Particulier à Particulier ou de la Centrale. On répertoriait les annonces des particuliers sur notre secteur, puis on les appelait pour obtenir le mandat. » Aujourd’hui, plus besoin d’attendre le jeudi pour démarcher les vendeurs : une alerte sur le Net, et le négociateur en panne de produits est averti en temps réel d’une mise sur le marché. 

Autre grande différence : la possibilité, pour les professionnels, de diffuser leurs annonces sur un site grand public, ce qui n’était pas possible chez les deux anciens mastodontes de la petite annonce papier.

Et même si les annonces publiées sur Le Bon Coin par les professionnels sont devenues payantes en 2009, ce qui eut pour effet de provoquer la fuite immédiate de 500 000 d’entre elles, toutes les agences y sont finalement revenues.

L’agence expérimentée reste une valeur sûre

Malgré tout, les contacts émanant du Bon Coin sont souvent moins qualitatifs comparés aux autres sites. Pour les biens les plus chers et les plus prestigieux, les appels proviennent plutôt de Se Loger, de Belles Demeures ou du Figaro, pour ne citer que les plus connus. Malgré un accès facile au marché du particulier, les acheteurs préfèrent discuter, au-delà d’un certain prix, avec un professionnel plutôt qu’avec le propriétaire en direct. Plus le prix est élevé, plus la confiance est forte envers une agence qui a pignon sur rue. D’abord parce que les infos élémentaires ont été recueillies à l’avance, et qu’une agence sérieuse est sensée avoir fait le tour du bon et du mauvais… Consciemment ou non, partant du principe que les biens proposés ont été « triés », l’acheteur qui est prêt à débourser des honoraires importants attend de son intermédiaire des réponses transparentes. Ne pas se poser des milliers de questions à chaque visite et ne pas signer un compromis dans l’angoisse font partie du prix à payer. 

Plus les propriétés sont vastes, indépendantes et isolées, plus ce cheminement se révèle donc exact. Raisons pour lesquelles les studios et les petits appartements ne négocient davantage en direct. Cela nécessite moins d’engagement financier, avec la possibilité de découvrir plus facilement les vices cachés, d’obtenir des infos par la copropriété, ou d’interroger les voisins de palier.
Pour tous les professionnels aguerris, le danger ne vient donc pas de là. Le Bon Coin est pour eux un outil indispensable dès lors que les règles du jeu sont fixées avec les vendeurs. C’est plutôt du côté des mandataires, chez qui l’on trouve à boire et à manger, que la profession fronce les sourcils. Les Iad, Safti, Capifrance et tous les autres réseaux – il en existe des dizaines – exercent en effet sans carte professionnelle individuelle. Et c’est là que le bât blesse : une seule carte est détenue par la tête du réseau de franchise, subdéléguée à des milliers de vendeurs, à qui on ne demande ni expérience ni qualification. Tous ces nouveaux vendeurs n’ont donc pas le droit de rédiger de compromis de vente et n’engagent pas leur responsabilité dans les transactions. Et même si la RCP leur a été rendue obligatoire ces dernières années, ils ne disposent pas non plus de garantie financière. Car pour obtenir cette carte, il faut être diplômé ou justifier d’une longue expérience professionnelle… 

Si certains offrent une présentation soignée et font preuve de professionnalisme, beaucoup semblent ne pas disposer des fondamentaux, il suffit de parcourir quelques annonces pour s’en convaincre… Tel ce mandataire qui propose, dans le centre-ville d’Orléans, un immeuble commercial de plusieurs millions d’euros situé dans une rue « pied tonne » (sic), et dont l’annonce de description du bien ne comporte pas le minimum d’informations pour inciter un acheteur à décrocher son téléphone. Au-delà de la qualification, ce sont les méthodes qui dérangent. Des vendeurs mal payés et un système qui tire vers le bas accentuent la dévalorisation d’un métier pourtant complexe…

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