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Prématurés : pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux
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Prématurés : pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux

Prématurés : pourquoi sont-ils de plus en plus nombreux

Le nombre d’enfants nés prématurés a augmenté sur tout le territoire français ces dernières années, et notamment en région Centre-Val de Loire. À quoi peut-on attribuer cette hausse ? Que risquent, sur le moyen terme, ces bébés nés avant 37 semaines d’aménorrhée ? Pédiatres locaux et parents orléanais répondent sur ce sujet sensible et intime. 
Hugo de tullio
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55000 : c’est environ le nombre d’enfants qui naissent prématurément chaque année en France. Mais qu’entend-on par « enfant prématuré » ? La définition, administrative, précise qu’il s’agit d’une grossesse qui se termine avant les 37 semaines d’aménorrhée (absence de règles). Ces naissances ayant lieu avant la date du terme peuvent provoquer des troubles cognitifs (de langage), sensoriels ou psychologiques, mais aussi des problèmes de développement moteur (marche). Néanmoins, la prématurité peut prendre différentes formes et conduire à des risques médicaux extrêmement différents, en fonction de la durée de la gestation. Concrètement, un bébé qui naît à 27 semaines et ne pèse que 500 grammes n’a pas le même degré de prématurité qu’un nouveau-né de 34 semaines pesant 1,7 kilo.

Une étude au long cours

Depuis quelques années, on s’aperçoit que de plus en plus d’enfants naissent prématurément. Une donnée que confirme le docteur Thierry Perez, également coordonnateur du Réseau Grandir en Région Centre-Val de Loire (GERC). Cette entité, créée en 2014 et financée par l’Agence Régionale de Santé, permet une meilleure organisation du parcours de soin pour les nouveau-nés vulnérables, jusqu’à l’âge de 7 ans. En termes de chiffres, la région s’inscrit dans la moyenne nationale, avec 258 bébés nés prématurément en 2019, et un peu plus de 1 000 enfants inscrits dans ce réseau. En moyenne, 60 % de ces naissances sont inopinées, alors que 40 % d’entre elles sont décidées médicalement, pour des raisons liées à la santé de la mère ou du fœtus.

Selon le docteur Perez, cette multiplication d’enfants nés prématurément s’explique par différents facteurs : « l’augmentation des grossesses induites par fécondation in vitro génère plus de grossesses multiples, et donc plus de prématurité. Mais ce n’est pas la seule raison. » Cet ancien pédiatre au service néonatal du CHU de Tours évoque aussi l’âge des femmes qui deviennent mères au-delà de 30 ans, engendrant plus de complications et de risques lors de la grossesse. Sans parler du profil des futures mamans. Thierry Perez évoque également l’amélioration des techniques de prise en charge hospitalières : « on extrait un enfant plus facilement qu’avant pour des raisons médicales. »

Une étude au long cours

Publiée au mois d’avril dernier et pilotée par les chercheurs de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), une enquête, intitulée Epipage 2, a étudié le suivi à long terme des bébés nés prématurément au terme de 5 à 7 mois de grossesse entre avril et décembre 2011. L’objectif était de mieux comprendre les conséquences de la prématurité de l’enfant, ainsi que son évolution cognitive, sensorielle et comportementale.

En 2017, plus de 3 000 enfants de 5 ans et demi – dont environ 200 en région Centre-Val de Loire – ont été revus à l’occasion de consultations spécifiques. Celles-ci ont été réalisées par des médecins, psychologues, orthophonistes, ou des kinésithérapeutes. Un questionnaire adressé aux parents a aussi fait partie de l’enquête. « Un point extrêmement important, souligne le docteur Perez. Car lorsque l’enfant est dans un cabinet médical, il n’est pas du tout dans son environnement habituel. Il faut savoir comment il joue ou se déplace au quotidien. » De nombreuses questions ont alors été posées aux parents, comme, par exemple : « combien de mots dit-il ? À quel âge a-t-il commencé à marcher ? Comment monte-t-il et descend-il les escaliers ? » Cela a permis d’avoir « une meilleure sensibilité sur l’évolution de l’enfant », selon le coordonnateur du Réseau Grandir.

Les résultats de cette étude Epipage 2 semblent limpides pour le médecin : plus la prématurité est grande, plus les enfants présentent des difficultés de neurodéveloppement. Thierry Perez est catégorique et mentionne « une courbe très claire : à 24 semaines de grossesse, le taux de survie est à 10 % alors qu’il se situe à 80 % à 27 semaines. Chaque semaine de gagnée sur la grossesse augmente considérablement le taux de survie. » Avec cette enquête au long cours, les chercheurs se sont rendu compte que ce pourcentage avait considérablement augmenté depuis ces deux dernières décennies, grâce, notamment, à l’amélioration des niveaux de prise en charge des patients. Le pédiatre précise qu’il y a eu, entre 1997 et 2011, « une augmentation de plus de 14 % de taux de survie sans séquelle grave et majeure pour des naissances intervenant entre 25 et 29 semaines. »

Pas de survie possible sans parents

Si l’état de santé des nouveau-nés prématurés peut s’améliorer grâce à ce genre d’étude, la présence des parents à leurs côtés et leur implication sont primordiales. Un enfant, qu’il soit né trop tôt ou non, a besoin de liens physiques avec ses géniteurs. « Un enfant prématuré a besoin de retrouver l’odeur et le battement du cœur de sa mère, c’est hyper rassurant, développe Nathanaëlle, vice-présidente de l’association Bébé Plume (voir encadré). Il faut faire du peau-à-peau à gogo, car le bébé a besoin de savoir qu’il se bat pour quelqu’un. »

Le docteur Perez se souvient aussi de son expérience passée à Tours : « à Clocheville, les mères étaient hospitalisées avec leurs enfants dans la même chambre, 24 heures sur 24. Cela permettait de privilégier le contact physique, car c’est la maman qui connaît le mieux son enfant. Sans cela, il n’y a pas de survie possible. » La maman de Garance va bien évidemment dans ce sens : « il faut faire confiance à son enfant. Dès l’hospitalisation, il peut arracher la sonde quand il en a marre et se sentir prêt à respirer ou à téter le biberon. Ça veut dire qu’il se sent autonome. Il communique beaucoup avec ses parents. »

« Indépendamment de la prématurité, les principales causes de morbidité en période périnatale sont évitables », assure même le docteur Thierry Perez. Il évoque notamment les formes diverses d’intoxication que sont le tabac ou l’alcool, et aimerait un meilleur suivi des dépistages et des anomalies dont peuvent être atteintes les patientes, comme le diabète, la prise de poids excessive ou l’hypertension artérielle.

Santé et inégalités sociales…

Par ailleurs, le coordonnateur du GERC interpelle sur les effets de la pauvreté, l’un des facteurs principaux des taux d’augmentation de la prématurité. « On voit très bien sur l’étude Epipage cette différence de pronostics de vie pour les enfants classés dans les catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées, par rapport aux
CSP +. C’est radical. » Le pédiatre préconise une diminution des inégalités sociales pour réduire la prématurité et améliorer le pronostic de vie des nouveau-nés après la naissance. Toujours sur ces questions économiques, le docteur dresse enfin un parallèle avec la crise sanitaire pour prouver que les personnes les plus précaires sont souvent les plus touchées, en toutes circonstances : « c’est aussi ce que nous a montré le Covid en touchant les départements français les moins riches. » Même lorsqu’elle n’est pas au centre des débats, l’actualité sanitaire fait toujours parler d’elle… 

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