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« Un nouvel antisémitisme »
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« Un nouvel antisémitisme »

« Un nouvel antisémitisme »

Éliane Klein est en Centre-Val de Loire la déléguée régionale du CRIF, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France. Avec sa sœur, elle dénonçait en 1969 la fameuse rumeur d’Orléans, dont Edgar Morin tira son livre. Plus de quarante ans plus tard, elle s’alarme devant les nouvelles formes d’antisémitisme qui montent dans le pays.
Gaëla Messerli
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Quel souvenir gardez-vous de l’épisode de la « rumeur d’Orléans » ?

À l’époque, ma sœur et moi, avions compris tout de suite que cette rumeur était antisémite (cette rumeur accusait certains commerçants d’Orléans, dont le patronyme avait une sonorité hébraïque, de « traite de blanches », NDLR). Ce qui nous avait frappé était son étendue spatiale : elle se répandait partout. Ce qui était encore plus grave était l’implication des enseignants, qui disaient à leurs élèves de ne pas fréquenter ces magasins. C’était un antisémitisme que l’on pensait disqualifié depuis la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, les médias avaient bien réagi et beaucoup de monde était venu à nos meetings. L’AFP avait même relayé l’information aux États-Unis, à l’époque. C’était également une période particulière, qui correspondait à la période électorale des élections présidentielles de 1969.

« Comment peut-on faire ce parallèle ? »

Un épisode comme celui-ci pourrait-il se reproduire aujourd’hui ?

De cette manière, non, mais il faut rester sur ses gardes. Aujourd’hui, il existe un nouvel antisémitisme. Ce n’est plus l’extrême droite, ni la montée d’antisémitisme des années 30. Ce nouvel antisémitisme est lié à l’islam radical, qui n’est évidemment pas lié à l’ensemble des musulmans – ils en souffrent, d’ailleurs – mais à un islam politique. Cet antisémitisme n’est pas reconnu, et nous sommes accusés de stigmatiser les musulmans. Pourtant, des jeunes musulmans français, qui sont allés à l’école publique mais sont imprégnés de cette propagande islamiste, sont impliqués dans les meurtres de 14 juifs en France depuis 2003. Il faut actuellement savoir qu’il n’y a plus d’enfants juifs dans les collèges publics de Seine-Saint-Denis ; ils vont tous dans le privé. D’ailleurs, l’ouvrage Les Territoires perdus de la République, d’Emmanuel Brenner, qui rassemble des témoignages d’enseignants, montre la difficulté d’enseigner la Shoah et de parler d’écrivains juifs.

Depuis quand observez-vous cette nouvelle forme d’antisémitisme ?

Le nœud de départ correspond aux années 2000-2001, avec un meeting contre tous les racismes en Afrique du Sud, qui s’est transformé en manifestation contre le sionisme… Et ensuite, il y a eu les attentats du 11-Septembre. On a vu un retournement des valeurs. Quand je parle d’antisémitisme, ces islamistes ont gagné les rangs de l’extrême gauche. Ce sont les racistes du troisième millénaire. On a déjà entendu, plusieurs fois, en manifestations, des slogans comme « Mort aux juifs ! ». 

Il y a aussi eu des manifestations contre l’islamophobie, l’an dernier, où l’on a quand même mis des étoiles jaunes aux petits enfants… Comment peut-on faire ce parallèle ? Le prétexte est l’islamophobie, mais c’est une escroquerie. Salman Rushdie l’explique d’ailleurs bien dans Joseph Anton, où il est écrit : « Un nouveau mot avait été inventé pour permettre aux aveugles de rester aveugles : l’islamophobie. Critiquer la violence militante de cette religion dans son incarnation contemporaine était considéré comme du fanatisme[…] »

Au niveau de l’actualité, l’absence de procès dans le meurtre de Sarah Halimi, basée sur l’abolition de discernement du suspect au moment des faits, est un véritable scandale judiciaire. Le caractère antisémite du crime avait déjà mis longtemps a être reconnu… Et j’ajoute sinon qu’en ce moment, il y a deux professeurs, à Sciences-Po Grenoble, qui sont pris pour cible. Nous sommes aujourd’hui dans une culture de l’annulation, il n’y a plus de débat.

« À Orléans, la situation est stable »

À Orléans et dans le Loiret, qu’en est-il selon vous ?

C’est assez calme, et tant mieux ! On n’est pas en région parisienne. En tant que représentante du CRIF, je n’ai pas eu de retour récemment. La communauté juive d’Orléans est de moyenne importance, le rabbin fait un très beau travail. Néanmoins, il y a quelques années, nous avions signalé des graffitis antisémites rue Royale et sur des bancs à Orléans. Ils ont été effacés depuis.

Fin mars, la loi contre les séparatismes est présentée au Sénat. Qu’en pensez-vous ?

Je ne la connais pas en totalité et il risque d’y avoir des amendements, mais l’idée est bonne, car les islamistes veulent se séparer de la République. Il ne faut pas laisser passer les atteintes à la laïcité et séparer le culturel du cultuel est plutôt une bonne chose. Je suis tellement fière de la laïcité en France. Je suis juive et laïque, c’est notre culture et notre histoire.

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