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Achat errant
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Achat errant

Benjamin Vasset
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Ce fut l’une des stars de la dernière présidentielle, et elle semble bien partie pour faire durer le plaisir jusqu’aux prochaines législatives, voire même au-delà. Elle, c’est ce sacro-saint « pouvoir d’achat » imposé comme LE thème de la dernière campagne et par rapport auquel tous les candidats ont été obligés de se positionner. Avec, au final, les mêmes conclusions : tout faire – même n’importe quoi – pour le « préserver », comme s’il devait être défendu comme la plus élémentaire des libertés, le plus fondamental des droits, la plus cardinale des vertus. Même si certains Français ne trouvent effectivement plus tellement de sens à devoir mettre à chaque plein 100 euros dans le réservoir de leur voiture, il y a quand même quelque chose de fondamentalement dérangeant dans ce que l’expression même de « pouvoir d’achat » dit de nos sociétés et des limites qu’elles sont en train d’atteindre : alors que tous les experts s’accordent à dire que la seule chance de préserver la vie humaine sur Terre est de réduire nos consommations, l’acte d’acheter est donc encore présenté comme un « pouvoir », comme si l’achat faisait de nous quelqu’un et nous rendait finalement, à notre échelle, roi, souverain, puissant. Quelque chose nous dit que c’est justement cela qu’il va falloir changer, en rappelant qu’il y a peut-être un autre « pouvoir » à faire émerger : celui de ne pas acheter, de renoncer à faire sienne la dernière paire de sneakers à la mode et que, même si cela démange, il n’est pas si difficile de laisser sa carte bancaire dans sa poche pour se détourner de l’iPhone 28, celui qui fait à la fois téléphone, usine à selfies débiles et machine à gaufres. Cela s’appelle la sobriété, et il nous semble que ce concept mériterait d’être davantage mis en avant que celui, terriblement ringard, de « pouvoir d’achat ». Il fait certes encore frétiller les enfants des Trente Glorieuses, mais la Rolex que certains arborent à leur poignet est moins la preuve qu’ils ont réussi leur vie que le signe qu’ils sont responsables de la folie dans laquelle ils ont emmené le monde.

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