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Benjamin Vasset
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Des morts par milliers, des millions de personnes déplacées, une guerre atroce à deux heures d’avion de Paris et pourtant, comme pour d’autres désastres à venir, la tentation est grande de regarder ailleurs. Depuis quinze jours que les premiers coups de canon ont retenti en Ukraine, l’angoisse étreint ceux qui ont conscience que le drame qui se joue à l’est de l’Europe peut s’étendre jusque sous leurs fenêtres. Difficile, voire impossible, de vivre sous cloche et de fermer les yeux face à cette réalité brûlante.Cette peur bleue prend notamment racine dans la lecture frénétique, sur Internet, de certains « directs » qui livrent brut de décoffrage les déclarations va-t-en guerre du Kremlin, les mesures de représailles des Occidentaux, les prévisions catastrophistes des experts ou des reportages en live sur le théâtre des opérations. Écouter la radio, lire la presse ou regarder la télévision renvoie à l’imminence potentielle d’un embrasement généralisé et à cette question insondable : que ferons-nous si… ? Alors, peut-être par lâcheté ou pour se protéger, certains d’entre nous renoncent à se connecter trop vite, trop longtemps, trop souvent. évitant ainsi -mais comment leur en vouloir- de se frotter à la réalité insensée de ces corps qui se déchiquètent. Ils refusent d’accepter cette absurdité totale qui consiste à mettre face à face deux êtres humains et à leur dire qu’il ne doit plus en rester qu’un. Comment comprendre cette folie et comment se faire à l’idée qu’un jour peut-être, nous pourrions être confrontés, dans notre chair, à cette improbable réalité ? Alors même que nous l’avions toujours tenue pour acquise, c’est cette sensation si douce de paix que cette guerre si lointaine et tellement proche extirpe de notre horizon. Et c’est aussi pour ne pas entendre tout de suite le bruit que le bonheur fait quand il s’en va qu’il nous arrive parfois de dresser un voile pudique, honteux mais nécessaire, sur cette fureur qui nous brûle le cœur.

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