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Au revoir là-haut

Au revoir là-haut

Benjamin Vasset
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Elle s’appelait Mado, il s’appelait Louis. Ils avaient 87 et 89 ans. Dans ce village du Loiret où ils habitaient, on avait l’habitude de les voir faire leurs courses une fois par semaine au supermarché du coin ou d’aller boire le canon, au bar d’en face. Avant le deuxième confinement, ils allaient aussi, une fois par semaine, jouer aux cartes avec les copains. Depuis cet automne, ce n’était plus pareil : c’est entre eux seuls qu’ils faisaient leur partie, tous les soirs, à partir de 17 h, comme un rituel qu’on essaye de ne pas perdre.

Mado aimait les fleurs et prenait grand soin de la lavande qui poussait devant ses fenêtres. Louis adorait faire sa sieste au soleil, dans la cour commune de la petite copro qu’il partageait avec deux autres voisins. Il en avait vu, du pays, Louis : dans les années 50, il était parti en Indochine participer à une guerre d’un autre temps. Il avait, dit-on, été le seul rescapé d’une attaque qui avait décimé plusieurs de ses copains de régiment. Il y a quelques années, il avait cru passer l’arme à gauche suite à un problème de santé qui lui avait laissé une cicatrice béante sur le torse. Malgré tout, à bientôt 90 piges, Louis n’était pas pressé d’y passer, même s’il se chicanait un peu avec Mado, dont la tête donnait quelques signes de fatigue depuis quelques mois.

Et puis un jour d’avril 2021, les pompiers sont venus les chercher à leur domicile. Les voisins se sont demandés, un peu inquiets, ce qu’il se passait. Quelques jours sont passés et puis un matin, on leur a appris que le Covid-19 avait emporté Louis et Mado à deux jours d’intervalle. Il y a eu comme un sanglot, et puis un grand vide. Le lendemain, on commençait à vider leur deux-pièces. Une semaine après, une nouvelle locataire est arrivée. Depuis, Robert, l’énorme nounours qu’ils avaient offert à l’automne à la petite fille de leurs voisins ne cesse de lever les yeux au ciel comme pour leur dire : « bonne nuit les grands ».

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