|
|
Faut-il enterrer le Spacetrain ?

Faut-il enterrer le Spacetrain ?

Faute d'autorisation d'utiliser le monorail de Jean Bertin, la société Spacetrain est sérieusement en train d'envisager la possibilité de réaliser ses essais à l'étranger. Faut-il pour autant en déduire que le concept va faire pschitt ? Malgré un nouveau passage devant les prud'hommes, les concepteurs du projet veulent croire que leurs « briques technologiques » peuvent permettre au Spacetrain d’avoir un avenir…
Gaëla Messerli
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email
Partager sur whatsapp

S’il est un projet qui intrigue dans le landernau orléanais, c’est bien celui du Spacetrain. Pourtant, il est fort probable, à l’heure actuelle, qu’Orléans ne soit au moins pas la terre d’accueil de ce grand dessein. Il faut dire qu’avec l’absence d’autorisation d’utiliser le monorail de l’aérotrain pour réaliser les essais, difficile de pouvoir fournir la preuve du concept (POC), c’est-à-dire de disposer de données tangibles qui prouvent qu’un concept ou qu’une idée peuvent avoir une application réelle. En phase de décision a priori d’ici l’automne, l’équipe de Spacetrain ne devrait pas non plus construire le rail en extérieur de son laboratoire de Cercottes, un temps imaginé comme solution de secours. Les choses ne se sont en effet pas passées comme prévu car, depuis leur rencontre, l’an dernier, avec le président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau, « rien ne s’est passé… », soupirent les promoteurs du Spacetrain.

« La commercialisation reste envisageable »

Leur projet est-il pour autant en état de mort clinique ? « A priori, les essais ne se feront pas dans le Loiret, répond Thomas Bernin, directeur Stratégie & Développement de Spacetrain. Nous avons trois pistes intéressantes, deux en Europe et une en Asie, des pays avec un gros savoir-faire industriel. Nos interlocuteurs sont séduits par le projet. C’est moins nos finances qui sont scrutées que notre projet. Nous étudions sérieusement ces pistes. Nous avons regardé ailleurs en région Centre-Val de Loire et en France, notamment l’ancienne voie de l’aérotrain de Gometz-la-Ville (Essonne), mais elle est le long d’une voie verte et n’est pas adaptée. En termes d’implantation, les projets de développement de l’hydrogène et du photovoltaïque jouent également contre nous en termes d’emplacement. » 

« Nous avons appris beaucoup en région Centre-Val de Loire, continue Thomas Bernin. Dans l’hypothèse d’essais à l’étranger, si nous gardons un bureau d’études en France, ce sera à Cercottes, car l’une de nos briques technologiques, les coussins d’air, ont des utilisations potentielles dans le domaine de la logistique et du transport. » Ce sont d’ailleurs avec ces briques technologiques que Thomas Bernin compte aujourd’hui financer le projet Spacetrain. En outre, avec son travail sur l’hydrogène, principale source d’énergie de Spacetrain, la start-up

pourrait a priori, « d’ici trois à six mois », monter un dossier dans le cadre du Plan de relance. « Mais ce sera en partenariat avec d’autres sociétés », explique-t-il. Mais là n’est pas l’essentiel pour le directeur Stratégie et Développement de Spacetrain : si le projet peut accéder à un rail cette année même à l’étranger, « que l’on réussit la levée de fonds et que l’on trouve des partenaires au niveau de la distribution d’hydrogène, la commercialisation en 2025 reste envisageable ».

Nouveau passage aux prud’hommes

Pour la start-up, qui a fonctionné sur ses fonds propres, les temps sont cependant compliqués sur le plan financier et judiciaire. Selon nos confères de France Bleu Orléans et de La République du Centre, après un premier passage devant les prud’hommes l’an dernier pour 18 000 € dus à deux ingénieurs, ce sont quatre ingénieurs de Spacetrain qui ont saisi la juridiction d’Orléans pour près de 145 000 € non versés. Une audience est attendue le 12 mars. Une situation compliquée que ne nie pas Thomas Bernin ; « C’est triste, mais cela nous pénalise dans nos rapports avec les élus. Les sommes évoquées sont aussi supérieures à la réalité. Il est question de prime de brevet alors qu’il n’y a pas de brevet et de congés payés à verser alors que les salariés sont toujours en place. Après, nous payons toujours ce qui est dû et nous n’avons aucune véhémence envers ces salariés. »

Interrogé au sujet de la situation de Spacetrain, Florent Montillot, maire-adjoint à Orléans et conseiller régional d’opposition UDI, qui n’a cessé de chanter les louanges de ce mode de transport, continue de soutenir le projet. « Nous avons eu une réunion, il y a quinze jours, avec les services recherche de la Métropole et le vice-président transport de la région Centre-Val de Loire, qui ont confirmé leur intérêt pour le projet, certifie l’élu. Nous sommes avec eux en train d’étudier les possibilités au niveau financier et juridique pour pouvoir conserver, sur notre territoire, cette brique technologique qu’est notamment la pile à combustible hydrogène du Spacetrain. » Mais si Spacetrain partait à l’étranger ? « Ce serait la liberté d’entreprendre, répond Florent Montillot. Et si des étrangers sont plus intelligents que nous, alors… En tout cas, pour le moment, je me bats comme un lion pour préserver cette brique technologique ici. J’apprécie toutefois les travaux effectués actuellement par l’État au niveau du monorail ». Un autre élu se montre, lui, moins enthousiaste : il s’agit du maire de Cercottes, Martial Savouré-Lejeune. « Depuis un an, je n’ai pas vu les instigateurs du projet, s’exclame-t-il. Pour tout dire, je ne sais pas s’il y a encore beaucoup d’activité. J’ai toujours été sceptique concernant ce projet. Ce sont des gens qui vendent du rêve, et un rêve à 5 millions du kilomètre ! En plus, à quoi cela servirait-il de mettre Orléans à 15 minutes de Paris ? Cela ferait flamber le prix de l’immobilier ! Le projet de Spacetrain est d’atteindre la vitesse du Concorde ? Mais on a arrêté de faire voler le Concorde, car cela coûtait trop cher ! » Lui n’est pas loin de penser qu’à vouloir rouler trop vite, le train du futur a déjà terminé dans le mur…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Autres ARTICLES a lire

Signaler un commentaire