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Gel : des suites dramatiques ?
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Gel : des suites dramatiques ?

Gel : des suites dramatiques ?

Presqu’un mois s’est écoulé depuis l’épisode de gel qui a frappé l’Orléanais comme l’ensemble de la France. Un froid tardif, dont il reste encore difficile de mesurer précisément les conséquences sur les récoltes viticoles et arboricoles en 2021. Dans quel état d’esprit sont aujourd’hui les producteurs locaux ? Ambiance.
Claire Guillou
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« Ce gel s’approche de celui, historique, de 1991 pour la région Centre-Val de Loire. Il avait eu lieu un 21 avril, à un stade encore plus avancé des bourgeons, ce qui nous laisse de l’espoir aujourd’hui. » Près d’un mois après l’épisode de gel qui s’est abattu notamment sur le vignoble ligérien, Lionel Gosseaume, président d’InterLoire, l’interprofession des vins du Val de Loire, semble vouloir relativiser. Pourtant, il est encore difficile de faire un bilan précis de ce que pourrait être la récolte 2021. « À partir du 10 mai, nous aurons une réalité des bourgeons qui ont survécu et qui sont fructifères (qui vont donner une grappe, ndlr). Et tout dépendra ensuite de la saison qui va suivre. » Pourtant, une chose apparaît déjà : il existe une vraie disparité entre les différents terroirs face à ce gel tardif.

« J’ai l’habitude de cette situation… »

L’Orléanais n’a donc pas échappé à cet épisode. Édouard Montigny, viticulteur à Mareau-aux-Prés depuis 2006, a relevé dans son vignoble du Chant d’Oiseaux jusqu’à -7°C au lendemain de Pâques. Aujourd’hui, il estime avoir perdu « plus de 50 % des bourgeons en blanc, et moins de 50 % en rouge. » « Ça fait mal au cœur de voir ça, continue-t-il. Ce n’est pas le jeu. Mais voilà, on sait qu’on part tous les ans avec 100 % de notre culture, mais qu’on peut en perdre en route. On est dépendant du climat. Quand on est agriculteur, on fait avec ces conditions, ça fait partie du métier. » Édouard Montigny semble résigné ? Il faut dire que depuis qu’il a repris l’exploitation, il y a quinze ans, ce n’est pas la première vague de froid printanier qu’il connaît, loin de là. 2021 est ainsi le quatrième épisode de gel subi en six ans, après 2016, 2017 et 2019. « J’ai l’habitude de gérer ce genre de situation », soupire-t-il, en sachant qu’il peut compter sur un millésime 2020 particulièrement qualitatif et quantitatif. « Avec les non-ventes de l’année dernière, liées notamment à la Covid, et la bonne récolte de 2020, ça va se réguler. Le vin, ça se stocke un peu… »

Miser sur le beau millésime 2020, c’est également le pari d’InterLoire. « La nature aura été sévère avec nous en 2021, explique Lionel Gosseaume, le président de l’interprofession. Heureusement, en 2020, elle nous a offert un millésime de qualité et quantité exceptionnelles : près de 3 millions d’hectolitres pour le Val de Loire, ce qui nous aidera à maintenir un niveau de disponibilités satisfaisant. » De quoi rassurer les marchés de vins, donc, en attendant d’avoir un aperçu plus exact de l’ampleur des dégâts du gel sur le prochain millésime.

Limiter la casse

Du côté des arboriculteurs, en revanche, il est plus difficile de relativiser. La récolte en fruits pour cette année s’annonce déjà catastrophique. Françoise Roch, présidente de la Fédération nationale des producteurs de fruits, a estimé que « 50 % des fruitiers en France, toutes espèces confondues » avaient été touchés par le gel. « Nous n’avons jamais connu cela. » Éric Duriez, producteur de fruits et légumes bio à la ferme des Perrières, à Saint-Hilaire, abonde : « si je n’avais que l’arboriculture, je ne serais pas dans le même état d’esprit. Si je n’avais que des pommes, c’est sûr que je me poserais des questions… » Sur ses 20 hectares, Éric Duriez compte aujourd’hui quatre hectares de pommiers. Ces épisodes de gel à répétition affectent sa production. « Je suis installé depuis six ans et ça arrive en moyenne tous les deux ans… Ça n’est pas durable. »

Durant cette dernière gelée d’avril, le producteur orléanais a utilisé la technique dite d’aspersion afin de protéger une partie de sa production. « On arrose la culture abondamment pendant la période de risque de gel, explique-t-il. Si on a une petite gelée blanche, rien que le fait d’amener de l’eau à 6°C, ça évite la gelée. Si le froid est plus fort, la gelée va former un cocon végétal, isoler et protéger le bourgeon. » Ainsi, l’arboriculteur et maraîcher a pu protéger une partie de sa production. « Sur ce qui n’a pas été aspergé, on a 100 % de dégât. Mais tout ce qui a été protégé par aspersion devrait avoir été épargné, avec peut-être seulement 20 % de casse. » Cette technique anti-gel fut donc efficace pour ce producteur orléanais. « C’est la seule qui ait fonctionné, raconte-t-il. Les éoliennes n’ont pas marché car le gel était trop fort, les chaufferettes non plus. Seule l’aspersion a fait ses preuves. Mais ça demande un fort besoin en eau. » Aujourd’hui, Éric Duriez mise sur sa production de légumes, épargnée par cet épisode, pour sauver son année 2021. Et attend le déblocage des aides.

Des délais de déblocage « trop longs »

D’ailleurs, dès le jeudi 8 avril, au lendemain du gel, Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, a déclenché le régime des calamités agricoles. Le lendemain, lors d’une visite chez un viticulteur de Parçay-Meslay, dans l’Indre-et-Loire, il a d’ailleurs assuré : « il faut une mobilisation totale pour apporter le plus rapidement possible les dispositifs d’accompagnement. » Une aide confirmée le samedi 10 avril par le Premier ministre, Jean Castex, qui a annoncé une enveloppe d’un milliard d’euros à destination des agriculteurs touchés. Cette aide, Éric Duriez espère qu’elle ne tardera pas trop…. « J’attends effectivement de pouvoir avoir une indemnisation. En général, si les montants sont à la hauteur des dégâts, ça s’avère correct. Par contre, il y a un décalage dans le temps, il faut souvent un an avant d’obtenir ces aides. Les délais de déblocage sont trop longs. » La récolte 2021 s’annonce déjà semée d’embûches pour les arboriculteurs et les viticulteurs de l’Orléanais. 

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