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La gauche part-elle si divisée ?

La gauche part-elle si divisée ?

Bien qu’unis dans la même majorité sortante au Conseil régional, François Bonneau (PS) et Charles Fournier (EELV) partiront séparés, dimanche, au matin du premier tour, avant un rassemblement que chacun promet. Pour les départementales, les deux forces politiques n’ont pas réussi à se mettre d’accord, et s’en tiennent chacune responsables…
B.V
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Entre eux, c’est « je t’aime, moi non plus », et cela fait maintenant cinq ou six paires d’années que ça dure. Entre les socialistes et les Verts, si l’on semble fait pour s’écouter, on a du mal à s’entendre. Le dernier exemple, ce sont ces élections régionales dont le premier tour a lieu dimanche. En Centre-Val de Loire, François Bonneau, le président PS sortant, mènera une liste à laquelle le Parti communiste s’est associé. Le Vert Charles Fournier, qui aura été pendant six ans son vice-président délégué à la transition écologique et citoyenne, conduira de son côté une liste à laquelle s’est jointe La France insoumise. 

Dans le staff de François Bonneau, on se désole encore publiquement de cette division. « Je ne comprends toujours pas pourquoi il y a deux listes, soupire Carole Canette, première secrétaire fédérale du PS dans le Loiret et tête de liste du président de région sortant dans le département. Nous, nous étions pour un rassemblement dès le premier tour, mais Charles Fournier ne le souhaitait pas. Pourtant, il y avait moyen de se mettre d’accord sur le fond… » Le candidat écologiste, qui était déjà parti en solo en 2015 et avait récolté 6,60 % des voix au premier tour, a visiblement cru qu’il pourrait profiter des derniers résultats des Verts aux dernières élections européennes et municipales, favorables à son parti en plusieurs endroits de France et même de la région Centre-Val de Loire, la Ville de Tours ayant ainsi basculé en juin dernier dans les mains de l’écologiste Emmanuel Denis. 

Comptage et « vote utile »

Malheureusement pour Charles Fournier, les deux derniers sondages Ipsos Sopra Steria diffusés au mois de mai et la semaine dernière ont un peu écorné l’enthousiasme de ses proches. Avec 11 puis 9 % des intentions de vote qui lui ont été imputées, son message n’a, semble-t-il, pas été entendu autant qu’il l’espérait. « Je suis prudent sur la signification de ces sondages », nous confiait la semaine dernière Charles Fournier, appuyant notamment sur la marge d’erreur indiquée. « Et puis, cette enquête nous positionne finalement plus haut qu’en 2015 ! » continuait-il dans un cri d’espoir. Ces derniers sondages positionnent surtout la liste de François Bonneau comme la deuxième liste derrière le Rassemblement national au premier tour, puis comme un vainqueur possible au second tour. « Cela témoigne d’une dynamique plutôt bonne pour nous », énonçait quant à elle Carole Canette, bien consciente, toutefois, qu’il restait encore du chemin à parcourir avant la ligne d’arrivée.

Dans les deux camps, cependant, on se compte et on s’observe. Dimanche dernier, le « hasard » faisait que les deux candidats socialiste et écologiste organisaient chacun un meeting dans la métropole orléanaise à deux heures d’intervalle. Au lendemain de ces deux-rendez-vous, l’entourage de Charles Fournier relevait : « Pendant que nous réunissions près de 300 personnes à Orléans, à quelques kilomètres de là François Bonneau réunissait 50 personnes (…). » Conclusion ? « Les sondages ne correspondent à rien. » Un message destiné à raviver l’espoir en interne ou à l’extérieur ? Les Verts disent en tout cas continuer à y croire. Ils n’ont, à vrai dire, pas tout à fait le choix : de leur score au premier tour dépendra leur capacité à peser dans la liste rassemblée qui a déjà été annoncée. Les socialistes, eux, veulent enfoncer le clou : « Le vote utile au premier tour, c’est François Bonneau, dit clairement Carole Canette. Son bilan est reconnu par 63 % des habitants de la région Centre-Val de Loire. On ne peut pas se passer d’un candidat de cette qualité. »

Accords et désaccords

Cependant, comme le reconnaissent les uns et les autres, voter Bonneau, ce n’est pas tout à fait la même chose que voter Fournier. « Nous, nous ne croyons pas que les deux outils agricoles que sont le conventionnel et le bio vont continuer à cohabiter, commence ainsi ce dernier. Nous pensons qu’il faut entraîner tout le monde vers le bio. Pareil sur le développement économique : nous pensons qu’il y a des secteurs qu’on ne veut plus soutenir. Sur la transition, François Bonneau croit que la technologie va tout régler, mais le progrès n’est pas seulement “high-tech”, il est aussi “low-tech”. En résumé, s’il est au pouvoir, François Bonneau fera très certainement beaucoup plus de compromis que nous. » La question est également posée aux socialistes : dans le fond, qu’est-ce qui les différencie des Verts, au moins sur le volet écologique ? « Nous, nous sommes pour une écologie des solutions et pas pour une écologie des contraintes, résume Carole Canette. Je suis convaincue que la transition écologique ne pourra se faire que si elle est acceptable. Elle n’existera pas durablement si on la fait en laissant une partie de la population au bout du chemin. Je dirais que, par rapport à EELV, et sur cette question de la transition, nous sommes plus sensibles à la question de la soutenabilité, y compris pour les plus fragiles. » 

Sur bien des plans, pourtant, on retrouve dans les programmes des deux candidats des propositions qui se rejoignent. Sur la santé par exemple, l’une des premières préoccupations des habitants, François Bonneau veut salarier 300 médecins, quand Charles Fournier en propose 200. Le candidat Vert propose « de développer l’accès à la santé pour tous les étudiants en accompagnant des centres de santé universitaires », alors que le président sortant prévoit le déploiement d’une Prévention santé « pour les jeunes, les étudiants, les salariés… ». Un thème parmi d’autres qui montrent que sur cette élection, les ponts ne sont pas rompus entre les deux alliés de la dernière mandature.

 « Ils ont cédé aux barons »

Mais alors, si socialistes et Verts se retrouvent au second tour, il n’y aura plus (localement) de friture sur la ligne, non ? Ce n’est jamais aussi simple quand on se penche sur la question des relations entre ces deux forces politiques… Ainsi, à l’échelon d’en-dessous, c’est-à-dire au niveau des élections départementales, les deux entités n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour présenter, partout, dimanche, des candidats d’union dans les 21 cantons du Loiret. Et évidemment, chacun rejette la faute sur l’autre. Lui-même candidat dans le canton de Saint-Jean-de-la-Ruelle, Guillaume Guerré, porte-parole des candidats Verts rassemblés sous l’étendard du « Loiret écologique et solidaire », rappelle le scénario : « Dès le mois de septembre dernier, nous nous sommes rencontrés, et tout le monde était favorable au rassemblement. Mais dix jours avant notre assemblée départementale, nous avons reçu un courrier du PS nous disant qu’il se retirait de l’accord. » En cause : le fait que dans trois cantons de la métropole, en l’occurrence Fleury, Saint-Jean-de-la-Ruelle et Saint-Jean-de-Braye, les socialistes ne veuillent laisser à personne d’autre que Christophe Chaillou ou Vanessa Slimani, élus sortants, le plaisir de mener la bataille. « Le PS a voulu sécuriser les maires et les vice-présidents de la métropole, estime Guillaume Guerré. Ils ont été dans la lutte des places plutôt que dans la lutte des idées. » Carole Canette s’en défend : « Dommage que les Verts aient souhaité qu’on se compte, regrette la première secrétaire fédérale socialiste dans le Loiret. Au nom de quoi nous aurions dû sortir des gens alors qu’ils ont fait du bon boulot ? »

Chez les Verts, on explique qu’on a voulu trancher avec le cumul des mandats opéré par les élus socialistes incriminés. « Sur cette question, Carole Canette a plié face aux barons, insiste Guillaume Guerré. Mais à vrai dire, elle est aussi, elle-même, dans cette situation : elle est maire de Fleury, vice-présidente de la Métropole à un poste très important et désormais candidate aux élections régionales… Cette question du cumul, le PS n’a pas su la traiter pour le moment. Elle pose, sur le fond, la question de savoir comment on fait de la politique. Parce que nous, ce qu’on promet, c’est qu’on aura le temps de travailler les dossiers. » 

Au jeu du plus « sincère »…

Dans la course aux départementales, la tension entre les deux formations est ainsi montée d’un cran lorsque les candidats soutenus par le PS dans le Loiret et rassemblés sous la bannière du « Loiret en commun » ont fait part de cette mention : « La gauche et l’écologie rassemblées pour gagner ». Les écologistes… d’EELV, furieux, ont répliqué en expliquant pourquoi ils se réclamaient, eux, d’une écologie « sincère ». « Il faut faire attention à ce qu’on écrit, s’agace Carole Canette. Ils sont sincères ? Tant mieux, nous aussi ! » Avant de lancer, dans un élan giscardien : « Les Verts n’ont pas le monopole de la préoccupation écologique. » 

Des querelles de cours de récréation ? Peut-être, mais celles-ci sont significatives de l’état et de la dynamique dans laquelle se trouve la gauche à un an de l’élection présidentielle et des élections législatives. Pour la photo, quelques ténors socialistes et écologistes nationaux (Olivier Faure, Anne Hidalgo, Yannick Jadot…) ont récemment posé ensemble pour la photo, mais il va falloir du temps, des négociations et des heures de compromis pour qu’ils soient d’accord sur une candidature commune… entre eux. Et cela sans parler de l’équation Mélenchon, qui continue de vouloir faire cavalier seul. Car l’union de la gauche, le leader des Insoumis est pour… mais au second tour de la présidentielle ! Charles Fournier, qui a réussi localement à signer un accord avec les Insoumis pour le premier tour des régionales, dit « ne pas croire à une union de la gauche qui se déciderait à Paris. Nous, ici, sur le territoire, avec les Insoumis, on se protège des divisions nationales. On est là pour parler de la région, et pas d’autres sujets. Qu’est-ce qu’il y a d’Insoumis dans mon programme ? LFI a insisté sur la question des services publics, de solidarité par rapport aux plus précaires, comme la gratuité des transports. Et en fait, sur la route, on a réussi à se trouver ».

Pour le candidat EELV aux régionales, « l’écologie est ce qui va refonder le projet de gauche, en même temps que la justice et l’égalité ». Dans les semaines et les mois à venir, un débat de fond semble de toute façon impossible à éviter : « Pour ma part, et je parle en mon nom propre, relève Guillaume Guerré, il y a un socle idéologique à revoir sur le productivisme. Pour moi, la croissance verte, c’est un leurre, et ça le PS ne l’a jamais compris. Nous, nous ne faisons pas de la croissance économique un totem. Est-ce qu’on a besoin d’accumuler ? Est-ce que nous ne devrions pas entretenir ce qui existe plutôt que tout vouloir jeter et changer ? » Le mot repoussoir – pour certains – de « décroissance » n’est pas si loin. « Ça fait des années qu’on dit que le modèle productiviste ne fonctionne pas, mais le PS a du mal à s’en éloigner », ajoute Charles Fournier. 

Les Verts penseraient-ils avoir déjà laissé derrière eux le PS dans cette course à deux ? « Nous avons été très souvent une force d’appoint ; aujourd’hui, la situation s’inverse », estime le candidat EELV aux régionales. « Au PS, on nous a beaucoup reproché d’être un peu hégémonistes, mais que tout le monde se rassure : on a bien compris que tout cela était fini », répond Carole Canette. Même si les socialistes ont encore du mal à récupérer de la fin de la présidence Hollande et du naufrage de Benoît Hamon dans les urnes lors de la présidentielle de 2017, ils ne veulent pas se faire grignoter par le petit frère écolo, qui commence à leur manger la soupe sur la tête. Les résultats des prochaines élections diront si les uns sont moins grands qu’ils le prétendent, ou si les autres sont moins petits qu’ils n’en ont l’air.

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