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Le commerce retient son souffle

Le commerce retient son souffle

Assez peu obnubilés par l’aide de la Ville qui leur était promise, les commerçants orléanais veulent aujourd’hui voir une vraie politique d’accompagnement se dessiner. Le maintien – ou non – du marché de Noël sera, à ce sujet, un vrai révélateur. À une échelle plus large se distille ainsi l’idée que les récentes décisions politiques au niveau métropolitain ne contribuent pas tout à fait à redonner de la confiance aux entrepreneurs…
Benjamin vasset
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Au premier étage du magasin Sushi Shop qu’il dirige, Stéphan Labasse se met à table. Le président des Vitrines d’Orléans, la principale association de commerçants de la cité johannique, ne veut pas se montrer « aussi alarmiste » que certains de ses confrères. « Globalement, la situation n’est pas si mauvaise, commence-t-il. Nous retrouvons bon an mal an nos historiques de chiffres d’affaires. Cependant, nous nous inquiétons. Tout est fait dans la douleur, pas vraiment dans une franche euphorie. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait. » Évidemment, les commerçants sont soumis à l’évolution des contraintes sanitaires décidées en haut lieu, et cela « ajoute de l’incertitude ». Mais surtout, ils voient assez peu d’horizons se dessiner pour faire revenir la clientèle, en centre-ville notamment, où les bornes de comptage ont relevé une baisse de la fréquentation d’environ 30 % en moyenne entre les mois de juin et d’août. « Je veux bien entendre que la nouvelle équipe municipale doive prendre ses marques, lance Stéphan Labasse. Mais il y a des sujets d’urgence sur lesquels il faut agir tout de suite. » Le président des Vitrines d’Orléans regrette pêle-mêle que la Fête de Tri ait été annulée ou que des animations autour d’Octobre Rose, évoquées par son association, aient été selon lui  « retapées ». Il évoque aussi des discussions autour du plan de circulation en centre-ville auxquelles les commerçants « n’auraient pas été conviées ». Et s’inquiète enfin des problèmes « d’insécurité » (voir notre Dernier Mot, p.31), qui pourraient agir comme un repoussoir pour la clientèle. 

 « Le marché de Noël reste d’actualité »

À la mairie, Luc Nantier, le nouvel adjoint au commerce, reconnaît bien volontiers, sans qu’on l’y pousse trop, qu’il est encore en phase d’apprentissage. Le voilà pourtant jeté, depuis un gros mois, dans une polémique qui oppose, dans son champ de compétences, son maire aux services de l’État, et notamment au préfet du Loiret. Depuis quelques semaines – et encore jeudi dernier sur la chaîne d’infos CNews – Serge Grouard ne cesse en effet de clamer qu’il ne peut pas verser l’aide aux commerçants qu’il a promise pendant sa campagne, et que son conseil municipal a votée en juillet. En de multiples occasions, le maire d’Orléans fait ainsi passer le message que l’État empêche les collectivités d’accompagner commerçants et artisans en difficulté. En fin de compte, seuls 59 commerçants orléanais sont aujourd’hui éligibles au volet 2 du Fonds de Solidarité, par lequel la Ville doit passer pour verser sa fameuse aide (avec le volet 2 bis, elle peut finalement être fléchée vers des commerçants ciblés, ndlr). Or, deux millions d’euros environ avaient été budgétés pour aider les commerçants en crise. L’équipe municipale a-t-elle été un peu légère sur ce coup, en lançant cette promesse de campagne qu’elle ne peut aujourd’hui tout à fait honorer ? « Est-ce qu’on a fait preuve d’impréparation ? C’est ce qu’on a tendance à nous ressortir, répond Luc Nantier. Oui, la loi interdit aux Villes de verser directement une aide, mais nous, nous disons que nous vivons une situation exceptionnelle qui devrait enclencher des décisions exceptionnelles. Ce que Serge Grouard demande finalement, c’est une dérogation, et que nous puissions élargir le panel des entreprises que nous pourrions aider. En clair, en créant un volet 1 bis. » 

Cette aide potentielle de deux fois 1 000 €, les commerçants ne semblent pourtant pas l’envisager comme la manne providentielle qui changerait radicalement leur avenir. « Franchement, ce n’est pas 2 000 € qui va nous sauver, énonce Stéphan Labasse. Ce qu’on veut, nous, c’est que des clients arrivent ! » Luc Nantier entend cette demande, et assure que la mairie d’Orléans veut être « facilitante ». D’ailleurs, l’adjoint au commerce sent déjà que la question du marché de Noël va être lourde d’enjeux. Il sait que les commerçants du centre-ville réalisent 30 à 40 % de leur chiffre d’affaires lors de cette période de l’année. Une annulation pure et simple serait, donc, une catastrophe pour eux. « Pour moi, le marché de Noël reste aujourd’hui d’actualité, déclare Luc Nantier. Peut-être en le redimensionnant ou en le redispatchant. Le sujet va en tout cas se poser ce mois-ci. Personnellement, j’aurais plutôt tendance à forcer le truc (sic) pour prévoir des aménagements, quitte à les réadapter par la suite. Mais la vraie question qui se pose, c’est : est-ce qu’on doit tout flinguer à cause de la Covid ? » Sur ce point, le président des Vitrines d’Orléans est sur la même longueur d’ondes : « Ce qui m’énerve, rebondit Stéphan Labasse, c’est qu’on dise aujourd’hui : « comme il y a la Covid, on ne fait rien ! ». Sur le marché de Noël, on peut réfléchir à d’autres choses, sans prendre de risques. Ouvrons le champ des possibles, comme sur les transports. Que risque-t-on à rendre gratuits les transports une journée en plus ? Essayons, voyons les effets, et regardons si ça plaît aux clients. » 

 « Donner des perspectives »

En creux, Stéphan Labasse semble pointer une forme d’inertie, ou tout du moins d’apathie. Ce constat, une partie du tissu économique le fait également, regrettant que les récentes décisions politiques plombent un peu le moral des investisseurs et des porteurs de projet. Les arrêts des projets de Cité musicale et du téléphérique sont, à cet égard, des symboles saisissants. C’est d’ailleurs l’analyse que fait la députée du Loiret Stéphanie Rist. Conseillère municipale orléanaise et conseillère métropolitaine, elle a engagé un vif débat avec Serge Grouard sur la question de l’aide aux commerçants. Mais lors de la dernière assemblée intercommunale, elle a aussi lancé l’idée d’une « task-force » pour enclencher une dynamique sur le plan économique à l’échelon métropolitain. « Nous devons mettre sur pied une stratégie pour utiliser au mieux les fonds de France Relance, développe-t-elle. À mon sens, il faut aujourd’hui mettre les bouchées doubles, investir, innover. Il y a énormément d’argent qui est mis à disposition des collectivités. Cet argent-là, Orléans Métropole doit le prendre car si on ne fait rien, ces millions d’euros vont partir ailleurs. On ne peut pas se permettre de se lancer dans des polémiques, et toute guerre politique serait mal venue. » Dans un message à destination de l’exécutif métropolitain, elle prévient : « je n’entends que des projets qui s’arrêtent. Or, pour moi, la Métropole doit investir dans de grands projets. » Vous nous direz que l’on s’éloigne du sujet de départ, mais le besoin de « perspective à donner aux entrepreneurs » qu’évoque Stéphanie Rist est, au fond, ce que réclament à leur échelle les commerçants orléanais.

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