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Le lotissement de la colère

Le lotissement de la colère

Plusieurs dizaines d'arbres ont été abattus il y a près d'un an à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin afin d’y construire un lotissement de 21 maisons individuelles. Cette décision est restée en travers de la gorge des riverains : jeudi dernier, ils étaient à la barre du Tribunal administratif d’Orléans pour défendre leur cause.
Gaëla messerli
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Le hall d’entrée du Tribunal administratif d’Orléans était bien plein, jeudi dernier : bon nombre de riverains du Collectif de la rue Neuve, à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, étaient en effet présents pour assister à une audience qui les intéressait au premier chef et qui concernait l’abattage d’arbres sur deux parcelles de respectivement 3 596 et 4 592 m2. L’abattage ayant été autorisé par un référé, les arbres avaient été coupés en novembre 2020 afin de laisser la place à un promoteur immobilier qui souhaite y construire 21 maisons individuelles. Or, jeudi dernier, les conclusions de la rapporteure publique sont plutôt allées dans le sens des riverains. Celle-ci serait encline à faire « sauter » l’autorisation d’abattage et le permis de construire. D’ici une quinzaine de jours, le Tribunal administratif devrait rendre son jugement. 

Des risques pour les riverains ?

Même si les arbres ont été coupés, la décision de les abattre continue effectivement d’exaspérer les riverains concernés. « Nous ne sommes pas contre toute construction, mais il s’agissait en l’espèce d’un espace paysagé protégé par le PLU de 2011, s’indignent-ils encore. En plus, juste derrière ces terrains se trouve le Domaine de Soulaire, qui est un espace boisé classé. On nous a expliqué que les arbres étaient coupés parce qu’ils étaient malades. Nous avons pourtant demandé l’avis d’un expert en sylviculture : à la jumelle, celui-ci a estimé que 74 % d’entre eux étaient en bon état ! Nous avons vu partir les troncs lors de la coupe, il y en avait 130 ! Alors oui, dans le permis de construire, il est prévu de replanter… Mais en limite de propriété ! » Photos en main, les riverains déplorent aujourd’hui la présence d’eau dans le quartier lors de pluies importantes. « Jusqu’à présent, il n’y avait jamais une goutte, arguent-ils. Auparavant, les arbres absorbaient tout. » Leur avocat, maître Massaguer, est quant à lui persuadé qu’une étude d’impact aurait dû être réalisée et « l’autorité environnementale saisie, car ces deux parcelles étaient dans la continuité d’un massif boisé classé, dans une propriété pas totalement close ».

Présent à l’audience, jeudi dernier, dans le camp des riverains, l’ancien maire de la commune, Alain Dosdat, qui a rappelé que « tout le monde avait le droit à un logement, mais qu’il fallait être raisonnable en matière d’urbanisme ». Les riverains pryvatains s’inquiètent du reste de la vingtaine de maisons qui doivent être construites dans ce secteur à risque au niveau des inondations et comportant des dolines. « Il y a une question de sécurité: celle des futurs bâtiments et celle des voisins, en raison de la nature des sols et du risque inondation très important, appuie leur avocat, maître Massaguer. Quand les arbres étaient encore debout, le boisement faisait tampon. »

« Tout a été fait normalement »

L’avocate de la commune de Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, maître Tissier-Lotz, a une autre lecture de cette affaire : « Le PLU de la commune a instauré un élément de paysage à protéger. Mais ici, ce n’était pas un boisement classé, il n’y avait pas d’arbres remarquables. Ce qui est à protéger, c’est le paysage. L’état sanitaire du boisement a fait l’objet d’expertises, et je souligne que des arbres doivent être replantés dans le projet. On parle également d’une zone qui a vocation à être urbanisée dans le PLU. Le projet ne pose donc pas de problème. Certains des requérants oublient qu’eux-mêmes ont certainement dû déboiser pour construire… » 

Le propriétaire du terrain (qui veut rester anonyme), estime pour sa part qu’il a « respecté à la lettre » ce qu’il avait « le droit de faire. J’ai acheté en 2018 ce lieu pour en faire mon habitation », indique-t-il. Depuis, il s’est lancé dans un projet d’investissement. « Ce n’est pas une zone classée, explique-t-il. On a fait les choses dans l’ordre. Et puis, on aurait pu faire des logements collectifs, mais ici, ce seront des maisons individuelles haut de gamme, entre 89 et 130 m2, sur des parcelles d’environ 400 m2… ». Thierry Cousin, le maire de Saint-Pryvé, qui a délivré les autorisations, abonde : « lorsqu’on a su qu’il y avait ce projet, on a organisé une réunion publique, comme on le fait toujours dès qu’il y a plus de dix lots à construire, rappelle-t-il. Tout a été fait normalement, le PLU a été respecté. Le projet a même été baissé de quatre maisons sur cette grande propriété. » Quant au risque karstique lié à la présence d’éventuelles dolines dans le secteur (il en existe une dans le bois d’un des terrains à proximité), l’élu rétorque : « On ne construit pas d’immeubles. Il existe des techniques adaptées, et il y aura forcément une étude de sol. C’est de la responsabilité du propriétaire. Je suis serein, la Justice tranchera. »  

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