Le pylône de la discorde

Une pétition rassemblant plus de 1 200 signataires, des recours gracieux menés par trois riverains, un conseil municipal qui s’affronte et les locaux d’un pépiniériste-horticulteur dégradé : le moins que l’on puisse dire, c’est que la construction programmée d’un pylône de 30 m, rendue publique cet été, fait jaser à Saint-Denis-en-Val…
Benjamin Vasset
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À Saint-Denis-en-Val, la tension est montée, cet été, à 30 m au-dessus des coquelicots. 30 m, soit la hauteur d’un pylône dont la construction est prévue sur le territoire de la commune, dans le quartier de Melleray, entre la rue de Brulas et celle des Fontaines, à quelques centaines de mètres des habitations. Les habitants, justement, ont été informés de cette potentielle implantation le 5 août dernier, lorsqu’un panneau a été posé sur le terrain. Depuis, les Dyonisiens se mobilisent : une pétition a été lancée, qui a rassemblé un peu plus de 1 200 signataires (dont 850 habitants de Saint-Denis). Elle a été remise ce mardi au conseil municipal. Pour une commune d’environ 7 600 âmes, la démarche est à signaler. 

De plus, trois riverains viennent aussi de déposer un recours gracieux. Le but est clair : bloquer l’implantation de ce pylône qui va, selon Les autochtones, dénaturer le paysage et provoquer des nuisances. Lesquelles ? Il est dit, même si rien n’est visiblement établi, que ce pylône va abriter une antenne 5G, et cela agace un collectif de riverains qui s’est monté en août. Ceux-ci craignent notamment pour leur santé, quand bien même – précisons-le – aucune étude officielle n’a établi pour le moment des risques de cette technologie pour le corps humain. En revanche, l’État, lui, veut accélérer le maillage du territoire avec ces antennes. La loi ELAN, applicable depuis le 1er janvier 2019, est le cadre législatif de référence pour les communes. 

Un « manque de transparence » ?

La loi ELAN, toutefois, certains habitants de Saint-Denis-en-Val s’en moquent comme de leur première chemise. Ce qu’ils ont du mal à accepter, c’est qu’un pépiniériste-horticulteur, en l’occurrence Alain Houry, ait accepté de louer l’une de ses parcelles à Bouygues, l’opérateur qui porte la construction du pylône. En août, cet homme a ainsi été victime d’insultes et de tags obscènes et sur le parking de son entreprise (voir encadré). L’affaire a également pris un tournant politique : Yann Portugues, conseiller municipal d’opposition ayant fait son entrée dans l’assemblée communale aux dernières élections, a fait, cet été, le tour des médias locaux pour alerter sur la construction de la structure incriminée. « Qui veut un pylône de 30 m en face de sa fenêtre ? », répète-t-il aujourd’hui, en regrettant qu’en août, on « ait eu l’impression » que lui et la majorité étaient sur la même longueur d’ondes dans leur opposition au projet. Car ce que veut prouver Yann Portugues, c’est qu’il n’est pas du tout d’accord avec l’action de la maire, Marie-Philippe Lubet, à qui il reproche son « manque de transparence et de communication » dans ce dossier. Les arguments de Yann Portugues sont techniques : « un mois avant le dépôt de déclaration préalable de travaux, le 18 juin dernier, l’opérateur devait transmettre un dossier d’information qui aurait dû être communiqué aux habitants, avec possibilité de recueillir des observations. Le panneau a été planté début août. Mais sur quel support ces informations ont été délivrées aux riverains ? » Yann Portugues reproche également à la mairie de ne pas avoir évoqué ce sujet lors des commissions municipales qui se sont déroulées en juin et en juillet. « Ce dossier n’était qu’en avant-projet et n’était pas suffisamment abouti pour être présenté en commission », lui a répondu, sur ce point, la municipalité. Dans son bureau, Marie-Philippe Lubet soupire : « depuis le début, Yann Portugues dit qu’il se place dans une opposition constructive. Mais à aucun moment, il ne se renseigne auprès de nous. Il préfère parler à la presse… », souffle l’élue, qui accuse son principal opposant d’instrumentaliser le débat. 

« Une pétition de 1 200 signataires a été remise en mairie »

Sur le fond du dossier, la maire précise quand même : « avant le 18 juin, nous ne savions pas qu’ils (Bouygues et ses mandataires, ndlr) voulaient installer leur pylône sur ce terrain. Jusqu’alors, nous leur avions proposé un autre lieu, sur la voirie horticole, mais ils l’ont refusé. Le 18 juin, ils nous ont dit en réunion qu’ils avaient finalement choisi ce terrain, rue de Brulas. Et ce jour-là, mon adjoint a eu en face de lui deux personnes qui venaient de déposer leur déclaration préalable (DP) de travaux… » La maire de Saint-Denis-en-Val explique qu’elle a ensuite transmis cette DP aux services instructeurs d’Orléans Métropole, en lui adjoignant un « avis défavorable ». « Et l’instruction nous est revenue en nous indiquant que rien ne pouvait s’opposer à ces travaux. Un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable a donc été signé le 16 juillet, car si nous n’avions rien fait, l’accord devenait tacite le 18, et il n’y aurait eu, alors, aucune possibilité de recours. » 

Une sortie vers le haut ?

Selon Marie-Philippe Lubet, les recours sont justement, le « seul levier d’action juridique qui permettra d’annuler l’autorisation ». Trois riverains ont ainsi déposé chacun un recours gracieux, lesquels ont été adressés le 30 août à la commune. Un délai contradictoire de quinze jours est ouvert, au bout duquel la maire de Saint-Denis-en-Val décidera probablement de retirer la déclaration de travaux, ce qui pourrait ouvrir la voie à une réponse de Bouygues sur le terrain de la justice administrative. Pour Yann Portugues, cette démarche est vouée à l’échec : « la loi ELAN dit clairement qu’en matière de radiocommunication, on ne peut pas revenir sur un arrêté qui a été délivré ». 

Une solution alternative est cependant évoquée, en parallèle, par Marie-Philippe Lubet. Celle-ci affirme en effet qu’elle a proposé à Bouygues et ses mandataires de s’installer sur un autre terrain, « avec une localisation moins perturbante pour les riverains. » Cette parcelle est située rue des Montaudins, et le propriétaire serait d’accord pour que le pylône soit construit sur son terrain. « Mais je ne sais pas si Bouygues va accepter », confie la maire, qui espère que dans les prochains jours, ce dossier puisse prendre de la hauteur.

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