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Le sous-sol orléanais, « un réseau De vides connectés entre eux »

Le sous-sol orléanais, « un réseau De vides connectés entre eux »

Il y a quelques jours, dans le cadre de ses « grandes conférences », L’Alliage d’Olivet recevait Gildas Noury, ingénieur-chercheur spécialisé en risques naturels et en géotechnique au BRGM*, et le spéléologue Daniel Langlois, pour s’intéresser aux cavités naturelles de l’Orléanais. Et comprendre pourquoi le sous-sol local est communément qualifié de « gruyère ».
Gaëla Messerli
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Dequoi est fait le sous-sol de l’Orléanais ? Cette question passionnante, remise au goût du jour par des événements récents, comme la découverte de galeries souterraines en octobre 2021 dans le quartier Saint-Vincent, à Orléans (voir encadré), renvoie à celle de la présence de nombreuses cavités naturelles dans l’Orléanais. Pour mieux comprendre ce phénomène, la Ville d’Olivet a organisé fin février à L’Alliage une conférence explicative durant laquelle Gildas Noury, chercheur du BRGM, est revenu sur la formation géologique de l’Orléanais. L’ingénieur a notamment présenté le phénomène des « fontis », ces affaissements du sol liés à la présence de karsts (un karst est un massif calcaire dans lequel l’eau a creusé des cavités, NDLR) dans le calcaire de Beauce. 

L’image du « gruyère » qu’on reprend souvent à propos du sous-sol orléanais est bien choisie car ces cavités, créées par la lente dissolution liée à l’eau, s’organisent « en réseau de vides connectés entre eux. Et selon leur taille et la pression exercée sur le couvert calcaire, leur impact n’est pas le même », explique Gildas Noury. L’Orléanais n’a d’ailleurs pas le monopole de ce phénomène, car 40 % du territoire français est composé de roches karstiques. Pour illustrer cette réalité, le spéléologue Daniel Langlois a présenté le gouffre d’Ambert, l’un des plus grands gouffres découverts par le Groupe d’Amis Spéléologues du Loiret en forêt d’Orléans. Ce gouffre, situé sur la commune de Chanteau, a été mis au jour en 1948 dans le lit de la Retrève, la rivière « fantôme » qui a inondé l’autoroute A 10 en 2016.

Gouffres en forêt

« Au départ, ce gouffre était un petit trou dans la roche où l’on voyait l’eau disparaître », se remémore Daniel Langlois. Un trou que, dans les années 70, le groupe de spéléologues loirétains a pu désobstruer : il a ainsi réussi à accéder à 70 m de galeries, avant d’arriver à un effondrement. « Nous avons reporté le tracé de la galerie à l’extérieur et nous sommes arrivés à une doline**. Nous avons donc creusé et retrouvé la galerie, avec une salle de 110 m2. Il y avait un point bas : nous avons cherché l’eau et vu qu’elle s’échappait par les fissures… » Trois forages ont ensuite été effectués à 20 m de profondeur, mais l’aventure s’est arrêtée là. 

Le BRGM pour sa part a participé à une étude sur le bassin versant de la Retrève, suite aux inondations de 2016. Huit cent vingt dolines ont alors été recensées. « L’eau agit comme un élément dégradant, rappelle Gildas Noury, qui a participé avec le BRGM à un état des lieux après le sinistre. En 2016, il a plu l’équivalent de trois mois de pluie en quatre jours sur l’Orléanais, sur des sols qui étaient déjà gorgés d’eau. Une centaine de mouvements de terrain liés aux excavations ont été constatés. » Toujours en 2016, à Chécy, lors de l’inondation de la rue des Plantes, 14 effondrements ont été dénombrés. « C’est un modèle réduit de ce qui peut se passer lors d’une grande crue de Loire », prévient Gildas Noury. 

Autre élément lié au sous-sol orléanais dont il ne faut pas oublier l’existence : le Loiret. En effet, le Bouillon, sa source principale, que l’on peut admirer au Parc floral, a donné lieu à des explorations de plongeurs subaquatiques. « Et on a pu voir qu’il s’agissait d’un gros labyrinthe », soulignent les experts. Son cheminement va d’ailleurs se perdre sous l’usine d’eau potable d’Orléans. « Mais une étude de risque a été commandée par Orléans Métropole au niveau de l’avenue Gaston Galloux afin d’apprendre où les effondrements pouvaient se produire. » En 1846, la société des chemins de fer d’Orléans avait déjà découvert des effondrements en installant la ligne Orléans-Vierzon. « À l’époque, des sondages avaient été réalisés tous les 25 m », rappelle Gildas Noury.

La maison engloutie…

 Lors des derniers travaux sur cette voie de chemin de fer, des plaques en béton armé ont d’ailleurs été posées. Et l’étude du BRGM concernant l’aléa “effondrement karstique” pour l’avenue « a recensé 43 mouvements de terrain sur deux cents ans dans ce secteur… ». Mais le cas le plus impressionnant dans le Loiret en matière de fontis est celui d’une maison des années 50, à Saint-Pryvé-Saint-Mesmin, qui a été proprement engloutie le 22 mai 2010. Les occupants ont entendu des craquements et ont eu juste le temps de sortir avant que la maison ne disparaisse presque totalement dans un gouffre de 16 mètres de diamètre et de 8 mètres de profondeur ! Toujours sur cette commune, en novembre 2012, un vide de 5 m sous la chaussée de l’A 71 a été constaté…

Alors, l’Orléanais est-il un « gruyère » ? « Oui, mais il y a quand même plus de matière que de vide, rassure le chercheur du BRGM. Ces cavités sont plus présentes dans le Val d’Orléans, et l’on découvre un à deux karsts par an. Il faut cependant les prendre en compte dans l’aménagement du territoire et prévenir ce risque en informant les citoyens. » À noter que la présence des cavités naturelles n’a pas donné lieu à des zones d’interdiction de construction, mais celles-ci doivent être immédiatement signalées aux mairies concernées.

* Bureau de Recherches Géologiques et Minières.

** Petites dépressions fermées, généralement de formes circulaires ou elliptiques, dues à l’érosion des calcaires en contexte karstique.

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