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Le virus de la solitude pèse sur la maison du vivre-ensemble
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Le virus de la solitude pèse sur la maison du vivre-ensemble

Le virus de la solitude pèse sur la maison du vivre-ensemble

La fondation Abbé Pierre a publié son 26e rapport sur l’état du mal-logement. En France, 4,1 millions de personnes sont mal logées, et 300 000 n’ont pas de domicile. Gérée par l’association Habitat et Humanisme, la maison intergénérationnelle de Saint-Jean- de-Braye lutte contre ce fléau en promouvant le vivre-ensemble. Mais la crise sanitaire et les confinements ont battu en brèche quelques motivations….
Hugo de Tullio
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La maison intergénérationnelle de Saint-Jean-de-Braye

Des locaux qui respirent le neuf, des pièces spacieuses aux tons colorés et une ambiance chaleureuse… C’est l’impression que donne la maison Mosaïque, un habitat intergénérationnel créé en mai 2016 à Saint-Jean-de-Braye. Ayant le statut de résidence sociale, elle est administrée par une équipe composée d’une conseillère en économie sociale et familiale à plein temps, d’une personne en service civique, d’une éducatrice à mi-temps et de nombreux bénévoles. 

Parmi ces derniers, il y a Marie Crosnier, la référente de la maison. Dynamique, elle fait le tour du propriétaire d’un pas pressé, mais toujours avec le souci de présenter les lieux avec le plus de précision possible. Espace d’activités, petit salon, jardin, terrasse, buanderie et quelques appartements font partie de la visite. Au total, la maison intergénérationnelle propose 43 logements collectifs à usage locatif social, loués en ce début d’année par 60 habitants, dont 20 enfants. Trois publics sont concernés : les jeunes, les familles monoparentales, ainsi que les seniors. « On a surtout des jeunes parents et, actuellement, seul un papa loue un appartement, précise Marie Crosnier. Les enfants ont en moyenne 7 ans. » 

L’entraide demeure la pierre angulaire de la maison

Spécificité de la maison Mosaïque : la résidence est temporaire et, sauf exception, les jeunes et les familles monoparentales ne peuvent rester que deux ans dans leurs logements, qui vont du T1 au T3. Cependant, les seniors peuvent, eux, rester le temps qu’ils le souhaitent, tant qu’ils sont autonomes. « On ne prend pas de couples et on n’accepte jamais les gens dans l’urgence, c’est la raison pour laquelle il y a des commissions d’attribution. Les dossiers doivent être complets et tous les papiers en règle », rappelle la référente, qui souligne l’importance de l’insertion, leitmotiv de la maison intergénérationnelle. Pour avoir un logement dans celle-ci, il faut avant tout que les gens adhèrent à différents principes, comme l’entraide, la solidarité et la volonté de construire un projet professionnel.

Ce travail d’accompagnement social peut être assuré par la conseillère en économie sociale et familiale ou par des aides extérieures, comme l’Arche Abraysienne à Saint-Jean-de-Braye, la Mission Locale, Pôle Emploi ou encore le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de la Ville. « Des partenaires essentiels et précieux, insiste la bénévole. Nos résidents sont quasiment sauvés s’ils ont un travail, car ils ont beaucoup plus de chances d’avoir un logement après. »

 « ici, 60 habitants louent 43 logements à usage locatif social »

Pour certains locataires, cela reste néanmoins compliqué de quitter les lieux au bout de deux ans. Des avenants peuvent être alors mis en place pour différentes raisons, comme la prolongation de formation ou l’absence temporaire de ressources. Claquettes Lacoste en chaussettes blanches, Dilian fait partie de ces exceptions. Né à Melun, cet ancien vendeur de 22 ans a repris ses études cette année et passe un BTS Support à l’Action Managériale en alternance. Référent des jeunes, il vit à la maison Mosaïque depuis deux ans, dans un T1, et a vu sa durée de séjour prolongée. Il raconte qu’il vivait chez sa mère et qu’il sort « d’une situation familiale compliquée ». « Si je n’avais pas eu cet appartement, dit-il, j’aurais eu de grandes difficultés à me loger. » 

C’est grâce à une association d’aide au logement que Dilian a entendu parler d’Habitat et Humanisme, mais sa démarche pour accéder à un appartement a été « lente. Ça a pris cinq mois », explique-t-il. Depuis, le jeune homme touche 800 € par mois et souffre de difficultés financières : « J’ai un peu de mal depuis janvier, car je ne touche plus que 30 € d’APL, contre 200 € auparavant… » 

Davantage de demandes d’urgence

Dans son 26e rapport, la fondation Abbé Pierre évoque, dans le contexte actuel que nous connaissons, « une double peine » pour les plus précaires, qui se retrouvent exposés à la maladie et fragilisés sur le plan financier. Avec la Covid-19, l’association Habitat et Humanisme évoque l’an passé une hausse de 10 % du nombre d’allocataires au RSA et rappelle les conséquences désastreuses liées à la pandémie, comme les fermetures de certains accueils de jour et de restaurants sociaux, ainsi que les restrictions du nombre des maraudes.
À Habitat et Humanisme, les répercussions se sont aussi fait ressentir : 12 commissions d’attributions ont eu lieu en 2020, contre 9 en 2019, avec davantage de demandes urgentes. En cause ? Les confinements ayant aggravé des problèmes qui existaient déjà au sein de la cellule familiale, et renforçant par la même occasion différentes formes de violences domestiques. « Ce n’est pas par hasard qu’à cette période de l’année, les dispositifs d’urgence sont pleins. C’est pourquoi nous avons pris des profils différents, en faisant des dérogations pour ces gens dans l’urgence », articule Marie Crosnier. 

La Covid bouleverse tout

Il faut bien avouer que, dans la résidence, tout n’a pas été rose au quotidien. Par exemple, lors du premier confinement, la plupart des jeunes ont préféré revenir dans leurs familles. À cette même période, des problèmes de chaudière ont handicapé et privé d’eau chaude l’ensemble des résidents. Les gestes barrières ont aussi dû être rappelés maintes et maintes fois, car ils n’étaient pas forcément respectés. De plus, la référente a dû jouer le rôle d’intermédiaire avec les enseignants en coordonnant et imprimant les devoirs des enfants, car certains n’avaient pas d’ordinateurs pour travailler.

Se qualifiant lui-même de « casanier », Dilian n’a pas vraiment été dérangé par le confinement. Néanmoins, le nouveau coronavirus a bouleversé son quotidien : « Avant, c’était bien, car on avait tous nos petites habitudes, en prenant le café ensemble le matin et en partageant le repas du soir, soulève-t-il. Maintenant il n’y a presque plus d’activités et les repas se font dans nos chambres. C’est bien dommage… » 

Maître mot de la philosophie de la maison intergénérationnelle, l’entraide a toutefois bien survécu aux épreuves imposées par l’épidémie. La désinfection des locaux (ascenseur, rampe d’escalier, porte, digicode) a été assurée par les résidents eux-mêmes, qui se sont parfois portés volontaires. Avec sa formation d’infirmière, Marie Crosnier a été très vigilante sur ces questions d’hygiène, et est fière de rappeler qu’aucun cas de Covid-19 n’a touché la résidence. 

« avant, c’était bien, on avait toutes nos petites habitudes… » 

Dilian, un résident

Pourtant, de nombreuses personnes à risques vivent ici, comme Michel. Yeux bleus, cheveux longs et lunettes descendant sur le bas du nez, ce retraité de 74 ans semble avoir eu mille vies. Tantôt directeur d’un centre social, restaurateur, écrivain, comédien ou même fondateur d’une association luttant contre les hépatites, il faudrait un livre entier pour narrer son vécu. Avec à peine 1 100 € de retraite par mois, ce septuagénaire vit « chichement », mais s’était fait une joie d’habiter ici il y a trois mois. C’était sans compter sur la ténacité du virus, qui a « foutu en l’air » tous ses plans. Michel avait en effet prévu de mettre ses compétences au service des résidents pour faire « quelque chose d’utile », en proposant divers ateliers d’écriture, de cuisine et de jardinage. « On est bloqués, je suis très déçu », déplore-t-il amèrement.

La patience a ses limites

Même ennui ressenti par Fatima*, 28 ans, d’origine mauritanienne. Cette maman d’une petite fille de 4 ans est arrivée en France, à Orléans, en 2016. Sans travail, elle loge dans un T1 depuis sept mois et touche le RSA. À part ses recherches d’emploi pour devenir caissière ou vendeuse, Fatima ne fait rien de ses journées. « Si je n’ai pas de rendez-vous, je reste chez moi, sinon j’accompagne et vais chercher ma fille à l’école, c’est tout… », soupire-
t-elle. Pour l’ensemble de la population, prendre son mal en patience et attendre des jours meilleurs paraît être la seule solution envisageable ces temps-ci. À la résidence intergénérationnelle de Saint-Jean-de-Braye, le compte à rebours est déjà lancé.
* Le prénom a été modifié. 

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