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« Les faits sont graves… »

« Les faits sont graves… »

Sophie Deschamps, ancienne journaliste à RCF Loiret, a choisi de s'intéresser aux affaires de pédocriminalité au sein de l'Église. Dans Le silence des soutanes, elle s'interroge également sur les solutions à trouver collectivement pour éviter que de tels faits ne se reproduisent. Une « plongée douloureuse mais nécessaire », selon l'auteure. Entretien.
Propos recueillis par Gaëla Messerli
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Comment est né ce livre ?
Qu’est-ce qui vous a poussée à l’écrire ?

Ce n’est pas contre l’Église que je l’ai écrit. Je n’ai aucune haine. Les faits sont suffisamment graves, pas besoin d’en rajouter. Mais c’est en rapport avec elle. Au départ, cela part d’un procès qui s’est déroulé le 30 octobre 2018 à Orléans. Pour la première fois, un évêque, André Fort, et un prêtre, Pierre de Castelet, sont jugés ensemble, le même jour. Je travaillais encore à RCF et j’avais prévenu que je comptais couvrir le procès. J’arrive devant le Palais de Justice et j’y retrouve des gens de l’évêché. À la question « vous venez assister au procès ? », on me répond : « on vient soutenir notre évêque » ! Choquée, j’insiste en demandant : « pas pour les victimes ? » Là, on me répond : « pour les victimes aussi, mais surtout pour
notre évêque » !

Et ensuite ?

Le procès va durer de 14h à 22h. Je ressors bouleversée face aux vies brisées et surtout face au silence assourdissant de l’Église. J’ai une minute trente sur RCF national, le lendemain, juste le temps de passer un extrait de l’interview d’Olivier Savignac, une des victimes, de l’avocat du Père Fort et d’Edmond-Claude Fréty, l’un des avocats des parties civiles. Au niveau de RCF Loiret, j’ai cinq minutes d’antenne, pas un créneau spécial… Mais j’ai mon carnet de notes du procès et je me dis que cela vaudrait le coup d’en faire quelque chose. Le 12 décembre, je suis convoquée par ma direction. J’ai obtenu une bonne rupture conventionnelle. Fin janvier, j’étais « libérée ». J’ai bien vécu ce départ, car cela faisait 26 ans que j’étais à RCF et j’en avais fait le tour. J’avais le temps et l’argent suffisants pour pouvoir écrire ce livre.

De quelle manière avez-vous procédé ?

Il y a eu le procès d’Orléans auquel j’ai pu assister, mais j’ai aussi travaillé sur le procès de Lyon à partir de la presse. J’ai également travaillé à partir de livres comme celui de Christine Pedotti, Qu’avez-vous fait de Jésus ? ou encore Au troisième jour, de l’abîme à la lumière, de Véronique Garnier-Beauvier, ainsi que L’Église catholique face aux abus sexuels sur mineurs, de Marie-Jo Thiel. Sur des films et des documentaires également. J’ai aussi réalisé un entretien avec Olivier Savignac, plus de trois mois après le verdict, ainsi qu’avec Jean-Pierre Perrin-Martin, un ex-prêtre orléanais et son épouse.

« Mettre plus d’horizontalité »

La préface est de Jean-Pierre-Sueur…

Oui, c’était logique, car il est membre de la commission commune d’information sur les politiques publiques de prévention, de détection, d’organisation des signalements et de répression des infractions sexuelles susceptibles d’être commises par des personnes en contact avec des mineurs dans le cadre de l’exercice de leur métier ou de leurs fonctions au niveau du Sénat. Il a fait partie de ceux qui souhaitaient la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la pédophilie au sein de l’Église. De même, j’ai écrit ce livre sous le nom de Sophie Deschamps, mon nom de journaliste, car c’est essentiellement un travail journalistique.

« Je ressors bouleversée face au silence de l’église »

Dans votre livre, vous posez la question de l’après, à savoir : comment lutter aujourd’hui contre la pédocriminalité ?

Oui, je m’intéresse aussi à la prise de conscience dans l’Église, à la place des victimes, ainsi qu’au rôle des femmes. Les femmes font beaucoup de choses, mais on ne leur laisse pas assez de place. Il y a aussi la lutte contre le cléricalisme. Il faut cesser de mettre les prêtres sur un piédestal, et il faut mettre plus d’horizontalité dans les institutions ! Je me suis aussi intéressée à la question du mariage des prêtres et, au niveau judiciaire, au travail du législateur.

Aujourd’hui, au niveau personnel, après tout cela, où en êtes-vous avec l’Église ?

J’ai pris mes distances, mais je me reconnais encore dans les valeurs de l’Évangile…

Désormais, avez-vous envie d’écrire d’autres livres ?

Il y aura le procès d’Olivier de Scitivaux. Cela boucle ce livre et ma longue parenthèse au sein de l’Église. J’écris pour Mag Centre et j’ai notamment réalisé un journal pendant les 55 jours du confinement. Après j’ai des convictions vegan, féministes et écologistes. La question du monde d’après m’intéresse, mais je vais prendre d’abord de la distance !

Plus d’infos
Sophie Deschamps, Le Silence des soutanes, Pédocriminalité dans l’Église, Regain de Lecture, 18 €.

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