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Les « rues scolaires » en question

Les « rues scolaires » en question

Une proposition déposée début février dans le cadre du budget participatif de la Ville d’Orléans et visant à mettre en place des « rues scolaires » a été refusée par la mairie le 23 mars dernier. Le collectif Vélorution, à l’initiative de cette idée, est furieux. Les élus de la majorité, eux, justifient leur choix.
Benjamin Vasset
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Le collectif Vélorution, à Orléans, est en colère. Ses membres, qui militent pour développer et améliorer l’usage du vélo en ville, ne comprennent pas pourquoi la mairie a refusé, à la fin du mois de mars, leur proposition d’expérimenter des « rues scolaires » en trois endroits de la cité johannique, soit à proximité des écoles maternelles Claude-Lerude et René-Thinat et de l’école primaire Apollinaire.

« Elles poussent partout en Europe ! »

Une « rue scolaire » est, en gros, une rue se trouvant à proximité d’un établissement scolaire et qui voit sa circulation temporairement fermée à l’heure où les enfants se rendent à l’école et en reviennent. À Orléans, les membres du collectif Vélorution ont proposé la mise en place d’aménagements sous forme « d’une signalisation adaptée et de barrières escamotables » dont ils estiment le prix à 700 € l’unité. La manipulation quotidienne de ces barrières aurait pu être, selon eux, « confiée au personnel municipal chargé de l’accueil périscolaire et de la restauration ». Le but de la manœuvre serait notamment d’empêcher le stationnement de voitures sur les trottoirs. Une problématique qui, selon Vélorution, crée une vraie dangerosité pour les enfants et leurs parents, obligés de descendre et de remonter plusieurs fois des trottoirs en prenant le risque de se heurter à des véhicules circulant sur la chaussée, ou même de voir des automobilistes garés sur ces trottoirs ouvrir leurs portes et percuter ainsi piétons ou cyclistes circulant sur la rue. « Mon fils, qui a 8 ans, habite à 800 m de son école, s’insurge l’un des membres du collectif Vélorution. Durant ce trajet qu’il fait à pied, il est obligé de descendre huit fois du trottoir… » Le collectif s’appuie sur un fait récent qu’il ne considère visiblement pas comme si « divers » que cela : le 24 mars dernier, un petit garçon de 5 ans s’est fait renverser par une voiture, sur le boulevard Marie-Stuart, en traversant un passage piéton. D’autres accidents dont ont été victimes des passants ou des cyclistes depuis le début de l’année alimentent aussi leur démarche et leur combat.
« Nous, nous défendons toutes les mobilités », insiste l’internaute « Yann d’Orléans », un membre de Vélorution particulièrement actif sur les réseaux sociaux. Selon lui, les « rues scolaires » permettraient de prévenir certains drames de la circulation et contribueraient à « pacifier l’environnement urbain ». « Ces rues scolaires poussent un peu partout en Europe et dans d’autres villes de France, notamment à Lille. Tous les parents sont pour ! », dit-il.
Le collectif est soutenu dans sa démarche par le conseiller municipal d’opposition Ludovic Bourreau, qui brandit un sondage de l’UNICEF selon lequel « 87 % des parents d’élèves seraient favorables à ce système. À Lille, 90 % des parents en sont satisfaits ! Ce combat est juste, et ce serait une mesure extrêmement populaire. » Du côté de l’école Château-Maillard, dans le quartier de l’Argonne, certains parents d’élèves ont débattu d’une proposition de ce type, qui n’a pas fait l’unanimité : certains parents ont notamment pensé que fermer une rue aux voitures déplacerait seulement le problème… plus loin.

Fin mars, la mairie d’Orléans a ainsi refusé, dans le cadre de son budget participatif, la proposition d’expérimentation déposée par Vélorution auprès des trois écoles citées plus haut. Ce projet « n’entre pas dans les critères d’éligibilité communiqués, indiquait officiellement la Ville. En effet, cette suggestion engendre des coûts de fonctionnement (rémunération des personnes qui installent et désinstallent les systèmes de fermeture) ». Adjointe orléanaise en charge de la Politique de proximité, Nadia Labadie ajoute : « dans le cadre du budget participatif, les propositions peuvent engendrer une dépense d’investissement pour la Ville, mais pas de fonctionnement. De plus, ces barrières ne coûtent pas 700 € pièce, mais 6 600 €, soit 13 200 € par rue. De plus, dans la proposition de Vélorution, il était demandé que du personnel municipal intervienne pour mettre en place ces barrières, mais c’est impossible, puisqu’aux heures dont on fait mention, ce personnel est à l’intérieur des établissements. En outre, nous craignons un conflit d’usage entre les riverains qui sortiraient de chez eux en voiture et les piétons et les vélos et piétions circulant, qui feraient alors moins attention. » Vélorution précise qu’une expérimentation a déjà été réalisée en 2013 rue du Nécotin. « Oui, mais c’était sur une toute petite portion », rétorque Nadia Labadie. Les membres de Vélorution trouvent ces explications « fallacieuses », tandis que Ludovic Bourreau trouve pour sa part « incompréhensible que cette proposition ait été refusée. »

Raisonner « école par école »

Adjoint orléanais chargé de la circulation et du stationnement, Charles-Éric Lemaignen ne se dit pas, sur le principe, opposé à terme à l’idée des « rues scolaires », quand bien même il pense qu’aucune solutio,  quelle qu’elle soit, ne permettra une « sécurisation à 100 % des entrées et sorties d’école. » « Mais, développe l’élu, nous avons des demandes contradictoires entre des parents qui habitent à côté des écoles et des parents qui viennent en voitures déposer leurs enfants. Moi, ce qui me gêne, c’est la notion de réponse globale. Je veux raisonner école par école, en lien avec les directeurs et les parents d’élève dans toute leur diversité, avant d’éventuellement expérimenter. » Sur la forme, l’élu s’agace d’être saisi par la presse de questions dont il estime qu’elles pourraient lui être posées dans un cadre… plus apaisé : « je dis aux gens de Vélorution : venez-me voir si vous avez un projet précis, nous pouvons très bien en discuter lors de réunions techniques. Moi qui me balade très souvent en vélo et quelquefois en voiture, je ne suis pas un ayatollah d’un mode de déplacement. Quand il y a un problème précis, j’essaye de le résoudre. » Le collectif Vélorution, lui, en est persuadé : la mairie d’Orléans manque de « courage politique » : « la circulation en centre-ville est un sujet clivant. Des élus m’ont déjà dit que dès qu’ils supprimaient des places de parking, ils se faisaient insulter, exprime un membre. La mairie a-t-elle vraiment envie de changer les choses ? » Le collectif indique qu’il passera désormais par le canal des Assises de la Transition, organisées en ce moment par la Métropole, pour tenter de faire aboutir sa démarche. En attendant, un groupe Facebook privé, baptisé « Parents orléanais en faveur de rues scolaires apaisées », a été créé.

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