Exposition à Orléans : Le mystère Delaperche

C'est en partant d'un carton de 91 dessins de l'Orléanais Jean-Marie Delaperche qu'Olivia Voisin, conservatrice des musées d'Orléans, a commencé à bâtir l'exposition consacrée à cet artiste majeur aujourd'hui oublié. Le Musée des Beaux-Arts le replace au centre du jeu par le biais d’une exposition mémorable, à découvrir jusqu’au mois de juin.
Gaëla messerli

On ne saurait que trop vous conseiller de vous rendre au musée des Beaux-Arts d’Orléans jusqu’au 14 juin. En effet, ce n’est pas tous les jours que l’on redécouvre un artiste majeur et, qui plus est, Orléanais ! Mais surtout, il y a comme un parfum de mystère dans cette exposition concoctée par la conservatrice orléanaise Olivia Voisin avec un comité scientifique composé des docteurs en Histoire de l’art Guillaume Nicoud et Dominique d’Arnoult, mais aussi de l’archiviste-paléographe Anne-Véronique Raynal. « Tout a commencé avec un carton à dessin que le galeriste Emmanuel Roucher a voulu me montrer, raconte d’abord Olivia Voisin. Quatre étaient signés Laperche, trois localisés en Russie et datés entre 1812 et 1815… » De longues recherches allaient suivre.

Petit-fils d’un…marchand tripier !

Cette découverte mystérieuse permit ainsi de nourrir cette exposition qui nous entraîne à travers l’Histoire de France aux côtés de l’artiste Jean-Marie Delaperche, mais aussi de sa mère Thérèse et son frère de Constant. Difficile en effet de ne pas évoquer ces deux figures, car le lien entre ces trois personnages, étayé par la correspondance, était visiblement très puissant. La mère, Thérèse (née Leprince), fille de marchand tripier orléanais, avait réussi, au contact de Desfriches et de Cochin, à progresser dans l’art du pastel, jusqu’à devenir élève de Greuze et d’Élisabeth Vigée-Lebrun. 

« Delaperche exécrait napoléon : il était pour lui l’ogre corse… »

Cette artiste talentueuse et « maligne », selon Olivia Voisin, put vivre des commandes de l’aristocratie et feignit un soutien aux idées de la Révolution, notamment en se séparant -tout comme Élisabeth Vigée-Lebrun- de son mari, le militaire Jean-Baptiste Laperche (NDLR : la particule à l’origine serait une erreur de transcription dans un acte). On doit d’ailleurs à Thérèse Laperche un portrait de Madame Danton, visible au sein de l’exposition. Cette femme, bien que d’extraction modeste, donna la meilleure éducation à ses deux fils, Jean-Marie et à Constant, les formant notamment à l’art du portrait. 

Vingt ans en Russie

Veuf à 25 ans et père d’un petit garçon, Jean-Marie Delaperche se remaria pour sa part en 1796 avec Cécile de Sérigny, avec qui il eut trois enfants. Alors que sa mère et son frère se réfugièrent à Reims sous la Révolution, Jean-Marie Delaperche partit, lui, vers Caen. Après avoir ensuite échoué à devenir directeur de l’école de dessin de Fontainebleau en 1798, il quitta la campagne normande pour la Russie. La date exacte de son départ reste inconnue. « On n’a pas encore retrouvé le passeport de Delaperche », reconnaît Olivia Voisin, mais une procuration précise que l’artiste était bel et bien installé en octobre 1805 à Moscou comme peintre de miniature. La Scène de mal de mer, réalisée à la pierre noire, plume et encre en lavis (photo à gauche), évoque certainement ce départ de la famille. « Ce fut probablement, pour lui, un voyage coûteux, précise Olivia Voisin. On suppose cependant qu’une famille d’aristocrates devait l’attendre et qu’il travailla d’abord en Russie comme précepteur. » 

Vers 1815, Delaperche entra d’ailleurs chez les Venevitinov, une famille cousine des Pouchkine. Un départ qui sonnait comme une promesse de prospérité, mais qui était aussi motivé par son envie de fuir Napoléon, que l’on peut voir évoquée à travers des œuvres très engagées et certaines notes d’intention se trouvant au dos. Royaliste, Jean-Marie Delaperche exécrait en effet Napoléon : l’incendie de Moscou, lors de la campagne de Russie, où l’artiste perdit tout, le conforta dans sa haine « de l’Ogre Corse. » 

À son retour à Paris au milieu des années 1820, Jean-Marie Delaperche dut se battre au quotidien. Jusqu’à sa mort, et pour assurer ses revenus, l’artiste fut portraitiste -tout comme son frère- de 1824 à 1843. Au crépuscule de leur carrière, après avoir été refusés du Salon, les deux frères obtinrent une unique commande d’État en 1840 avec celle de leur cousin par alliance, l’archevêque de Paris, Denys Auguste Affre. 

Mort sans le sou

Jean-Marie Delaperche mourut à Paris avec pour seule fortune 128 francs, et l’oubli l’enveloppa jusqu’au rachat de ses dessins par le Musée d’Orléans (avec le Fonds du patrimoine) et grâce à une campagne de mécénat participatif. Mais il reste encore des lacunes concernant sa biographie et son œuvre, qui brille aujourd’hui dans l’art de l’allégorie et de la peinture d’Histoire. Tout n’a certainement pas été découvert chez cet artiste qui signa très peu ses œuvres. Les dessins exposés au Musée d’Orléans ont-ils ainsi été des supports d’enseignement pour les enfants Venevitinov ou étaient-ils destinés à l’édition ? En tout cas, Olivia Voisin conseille à tous les amateurs d’art « d’ouvrir l’œil » afin de découvrir, pourquoi pas, de nouveaux trésors émanant de cet artiste orléanais…

Plus d’infos
Jusqu’au 14 juin 2020 au Musée des Beaux-Arts d’Orléans.
Catalogue de l’exposition : 39 €

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