Un château haut en couleurs…

Insolite, décalé, déstabilisant : le château de la Valette, à Pressigny-les-Pins, c’est tout cela à la fois, et même plus, depuis qu’il sert d’espace de création aux artistes urbains. Stars dans leur domaine, les graffeurs qui se succèdent chaque année devant cette invraisemblable toile apportent leur pierre, ou plutôt leur bombe de peinture, à un édifice, un projet d’envergure : sauver le patrimoine de cette partie du Loiret.
Sébastien Drouet
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Chantier en cours au château de la Valette, à Pressigny-les-Pins, entre Briare et Montargis. Non pas que l’on répare les fissures ni même que l’on refasse la toiture ; c’est moins fréquent que cela : à la fin du printemps, comme tous les ans depuis 2018, les quatre façades du monument ont été repeintes en blanc, puis cet espace vierge a été offert à l’inspiration d’une sommité en la matière, invitée à redécorer la construction du XIXe à sa façon. Le parisien L’Atlas, troisième artiste à la manœuvre, a succédé à 3ttman, qui avait laissé son empreinte sur le château dès l’été 2019 et durant toute la première moitié de 2020.

But du jeu : que tout soit prêt fin août, au moment du festival qui investit les lieux chaque été désormais. Cet événement, qui devrait attirer dans les 5 000 personnes, est la partie visible, concrète, d’un dessein ambitieux et inattendu. Car ce qui motive ses organisateurs, réunis au sein de l’association Urban Art Paris, c’est ni plus ni moins de sauver le patrimoine en danger. Devant le château peinturluré de partout d’année en année, cela ne saute peut-être pas aux yeux du premier venu. Il y a pourtant une logique…

Éviter les dégradations

« Je suis originaire de cette région, déclare Sébastien Lis, à l’origine de la démarche avec son alter-ego Mathieu Desbourdes. On s’est demandé comment redynamiser les territoires ruraux, notamment le nôtre, en même temps que le patrimoine historique local. Comment faire en sorte que ce dernier revive d’une nouvelle manière. 

La sacralisation des monuments historiques peut les conduire à leur perte, du fait du peu de marge de manœuvre pour les faire vivre. Ces bâtiments, qui avaient une utilité à une époque, peuvent en avoir une nouvelle aujourd’hui. »

« Ce n’est pas du souillage de monument historique, c’est une opération de survie »

Sébastien et Mathieu ont trouvé ici de quoi concrétiser leur idée. Une sorte d’expérience grandeur nature. Il faut dire que le château de la Valette était effectivement mal en point. Abandonné pendant plus de deux décennies, il a été racheté il y a quelques années par un propriétaire qui a un projet immobilier en tête, mais qui se heurte depuis à des problèmes de permis de construire. Le genre d’histoire qui n’en finit pas. « Je l’ai contacté en 2016, poursuit Sébastien, et je lui ai proposé d’investir le lieu de manière transitoire, pour éviter les dégradations, le vandalisme, grâce à l’art urbain. Il a accepté. »

Sceptiques… puis rassurés

Sauver un élément du patrimoine rural avec l’art urbain, c’est ce qui s’appelle se jouer des frontières : « Cet art est né dans les banlieues. Il est périphérique à la base. Et là, nous l’emmenons encore plus loin. » Et ça marche, passé un scepticisme bien compréhensible de la part des habitants – le château est situé dans la localité – au début de l’aventure, quand ils ont vu débouler des jeunes qui partaient à l’assaut du monument avec leurs bombes (de peinture). « L’art a ce magnifique pouvoir de faire réagir les gens, soutient notre interlocuteur. Moi je pense que la culture rassemble toujours. Ici, nous apportons quelque chose de nouveau à une population pas forcément préparée. La peur conduit à la méfiance, et la méfiance à l’hostilité. » C’est ce qu’il y a eu au début. Mais il a suffi d’un peu de pédagogie, d’expliquer aux gens le sens de la démarche, pour qu’ils adoptent une autre attitude. « Ce n’est pas de la dégradation ou du souillage de monument historique, c’est une opération de survie », argumente Sébastien. Sans cela, l’édifice ne serait peut-être plus là, ou bien à l’état de ruine avancée ; et dès lors, l’identité de ce territoire, de ce village et de ses habitants, abîmée. En l’occurrence, elle a pris un sérieux coup de neuf.

Château en fête

Le LaBel Valette Festival, telle une cerise sur le gâteau, se déroulera, si tout va bien, vendredi 28 et samedi 29 août, dans le parc du château refait façon L’Atlas – dans un style différent de 3ttman – tandis que les murs des autres bâtiments (dortoirs, chapelle, écuries, laverie) auront été décorés par d’autres street artistes. Un événement entièrement conçu par une équipe de trente bénévoles (une centaine durant le week-end), qui a su communiquer autour de son travail : on en parle dans Le Guide du Routard, dans National Geographic, dans Lonely Planet, et même, aujourd’hui, dans La Tribune Hebdo !

Au menu des festivaliers : outre la contemplation des 5 000 m2 de fresques, composées par 17 artistes internationaux en résidence depuis début juin, il y aura des performances live avec une compétition mettant aux prises une trentaine de street artistes, des ateliers d’initiation au graphisme et au pochoir, des conférences sur le street art (en présence d’universitaires, de sociologues, d’artistes), des projections de films sur le néo-muralisme, une douzaine de concerts de hip-hop, de jazz, d’électro, de swing. Sans oublier le village des artisans du Gâtinais. Le tout en prenant soin des participants : un protocole sanitaire sera mis en place avec l’Agence régionale de Santé. « On a tous été touchés et marqués par la période récente, glisse Sébastien en conclusion. Il faut des signaux d’espoir. Le maintien de ce festival en est un. »

Plus d’infos
Billetterie sur https://billetterie.labelvalettefest.com
(tarif plein : 24 € pour les deux jours, 14 € pour un jour)
Facebook : LaBel Valette Festival

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