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Avant l’accord, quels désaccords ?
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Avant l’accord, quels désaccords ?

Avant l’accord, quels désaccords ?

La semaine dernière, deux jours avant l’accord entre La France Insoumise et EELV, Jean-Philippe Grand, élu écologiste au conseil municipal d’Orléans, nous a expliqué ce qui différenciait sa vision de l’écologie politique de celle portée par Jean-Luc Mélenchon. Localement, il revient aussi sur les deux premières années de la nouvelle mandature Grouard et sur les propos véhéments qu’il a tenus récemment à son égard.
Benjamin Vasset
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Comment expliquez-vous que l’écologie politique incarnée par EELV n’ait pas dépassé les 5 % à l’élection présidentielle ? 

Nous peinons à démontrer aujourd’hui que le modèle de société que nous proposons est un projet de société global. J’ai pensé que Yannick Jadot avait cette capacité à faire comprendre ces enjeux, mais Jean-Luc Mélenchon a capté un certain électorat écologiste. La réalité est là : on a collectivement échoué. 

Yannick Jadot n’était peut-être pas assez « dégagiste »… 

Sa position – qui est la mienne –, d’une écologie pragmatique et qui n’est pas extrême dans ses positionnements, n’est pas le choix qu’ont fait une majorité de nos concitoyens. Personnellement, je m’inscris pourtant dans un universalisme qui pense que le libre-échange doit exister, mais qu’il faut le réguler par une taxation écologique et sociale. 

Vous répétez que l’écologie ne doit pas être punitive, mais à un moment, au vu de l’urgence, peut-on vraiment se passer d’obliger ? 

Encore une fois, ce qui doit être « punitif », c’est de tellement taxer des produits bas de gamme qu’il n’y aura plus aucun intérêt à les importer; c’est mettre en place un système qui nous évite de consommer des matières premières qui vont plus tard manquer et des systèmes de recyclage. Alors oui, ce n’est pas simple à expliquer à des gens qui ont du mal à boucler les fins de mois.

Comment vous positionnez-vous par rapport à l’accord entre LFI et EELV* ?

Je considère qu’une grande alliance à gauche est souhaitable, mais qu’elle ne doit pas se faire au détriment de mes valeurs, car j’ai un certain nombre de lignes rouges : à titre personnel, je suis un fervent pro-
européen. Alors oui, on se dirige vers une certaine « gauche plurielle », mais pour ma part, aujourd’hui, mon objectif, c’est Orléans (voir encadré). 

EELV, tiraillé entre sa gauche et sa droite, ne risque-t-il pas d’imploser ? 

Le problème est plus profond que ça : je pense qu’il y a une vraie différence entre ce que nous défendons et la perception qu’a aujourd’hui la population de l’écologie. Il y a des écologistes de gauche, de droite et du centre, qui disent que l’écologie ne doit pas appartenir à un seul parti. La crise que l’on traverse est plutôt là. Et EELV n’arrive pas, de son côté, à passer ce cap d’un parti généraliste. 

Mais ce constat que vous faites, ça serait paradoxalement  une bonne nouvelle pour l’écologie, non ? 

La réalité, c’est qu’un certain nombre d’écologistes se sentent au moins aussi utiles dans d’autres sphères qu’en politique. En ce qui me concerne, je travaille aujourd’hui pour un cabinet de conseil qui œuvre dans la décarbonation des bâtiments, et je me sens très utile dans cette mission-là, en tout cas davantage que lorsque j’étais élu (sic). Est-ce que c’est grave ? En tout cas, je pense que j’aurais fait économiser davantage de gaz à effet de serre à la fin de ma carrière professionnelle qu’en tant qu’élu… 

En disant cela, vous n’allez pas ramener des jeunes à l’engagement politique… 

C’est plutôt l’idée qu’on n’a pas l’obligation d’être élu pour pouvoir être utile. Ceci dit, on a quand même besoin d’élus écologistes : regardez ce qui a été fait à la Région lors du dernier mandat avec toutes les mesures de réhabilitations dans les lycées. 

Au fond, vous sentez-vous plus proche de Macron ou de Mélenchon ?

En réalité, ni de l’un, ni de l’autre. Je n’ai jamais voulu transiger sur la version de l’Europe que défend Mélenchon, pas plus que je ne comprends les propositions de Macron sur le RSA ou son inaction climatique durant le dernier quinquennat. 

Comment jugez-vous les deux premières années des nouvelles mandatures municipale et métropolitaine en termes de réponse écologique ? 

Il y a eu un gros travail de fait grâce aux Assises de la Transition. Les décisions qui ont depuis été prises me conviennent tout à fait. La seule alerte que j’ai faite en séminaire, c’est sur le plan de solarisation : je voudrais que l’appel à manifestation d’intérêt soit élargi à d’autres énergies renouvelables, comme la géothermie, le biogaz ou la biomasse. 

Rejoignez-vous certains cyclistes qui disent qu’en gros, il ne se passe pas grand-chose en termes d’aménagement et de sécurisation des pistes cyclables ?

Il y a un vrai souci sur ces aménagements. Les 5 M€ annuels du Plan Vélo voté en 2019 sont loin d’avoir été consommés. Il faut retravailler ce sujet avec Christian Dumas pour atteindre l’objectif, car on a pris du retard. 

Orléans, c’est la ville du tout-bagnole ?

De moins en moins. Regardez ce qu’il se passe sur le pont George-V : personne n’essaye de revenir en arrière. Ça montre l’utilité de travailler sur les voies structurantes. 

Si vous étiez maire d’Orléans et président de la Métropole, que feriez-vous pour faire baisser le nombre de voitures individuelles sur les routes ?

Le développement des pistes cyclables doit participer à cela. Et puis, il y a la limitation à 30 km/h, qui serait un véritable levier. J’ai été abasourdi quand Serge Grouard a dit que, si cette limitation était instaurée, les gens ne la respecteraient pas… Mais si vous roulez à 30 en voiture alors que vous pouvez rouler à 20 en vélo, vous n’aurez plus aucun intérêt à prendre votre véhicule… 

Vous aviez violemment attaqué Serge Grouard au moment de sa prise de pouvoir à la Métropole. Avec un peu de recul, répéteriez-vous aujourd’hui les mêmes mots ? 

Sur le fond, je ne change rien à la perception de cet épisode : j’ai trouvé que Serge Grouard avait fait preuve d’une rare violence sur le plan politique vis-à-vis de Christophe Chaillou et des élus de la Métropole. C’était inacceptable. Après, je reconnais – et mes amis écologistes me l’ont fait remarquer – que la forme que j’ai employée était également très violente. 

Plus globalement, à Orléans, comment jugez-vous les deux premières années de mandat de l’ère Grouard 4 ? 

C’est un mandat que Serge Grouard a voulu dynamique en termes de grands projets, avec l’université à Porte-Madeleine, la trémie Jaurès, etc. Le problème, c’est que cela nécessite du temps et que l’on tarde aujourd’hui à voir démarrer les projets structurants. J’attends qu’on rentre dans le concret. J’ai une alerte, cependant, au niveau de la « ville-
jardin » : j’ai du mal à suivre un certain nombre de décisions qui sont prises, par exemple sur la place Donrémy à Saint-Marceau, où Jean-Paul Imbault tient à arracher certains arbres centenaires au nom d’une esthétique. Il y a également eu des arbres arrachés au nom d’un changement d’essences devant l’Hôtel de Région, alors qu’ils étaient en pleine santé. Il y a là quelque chose qui va nous mobiliser dans les années à venir sur notre vision de la nature en ville. 

Au fait, qui est le leader de l’opposition orléanaise ? Vous ou Baptiste Chapuis ? 

Je suis le co-président du groupe RCGE avec Dominique Tripet. 

* Interview réalisée deux jours avant l’officialisation de l’accord. 

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