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Soupçons de financement illégal
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Soupçons de financement illégal

Soupçons de financement illégal

Avec sa fameuse commande de 80 000 masques, Serge Grouard a-t-il fait financer sa campagne de façon illégale ? Après de premiers éléments livrés par La Tribune Hebdo le 11 mai dernier, la cellule investigation de Radio France et France Bleu ont posé la question mardi dernier dans une longue enquête, à laquelle l’ancien maire d’Orléans répond ici.
Benjamin Vasset
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La campagne est dure, mais c’est la campagne. Mardi matin, Sylvain Tronchet, journaliste d’investigation à Radio France et Christophe Dupuy, journaliste à France Bleu Orléans, ont publié une enquête qui fait clairement boum à dix jours du deuxième tour. Revenant sur l’affaire dite « des masques » – dont La Tribune Hebdo avait révélé les premiers rouages il y a un mois – ils ont décortiqué le circuit par lequel Serge Grouard avait obtenu fin avril début mai 80 000 masques. Pour rappel, huit entreprises de la métropole avaient fait des dons (à hauteur de 41 500 €) à l’Association des Maires du Loiret (AML), laquelle avait passé commande de masques à un fournisseur parisien pour le compte de la chaîne de solidarité de Serge Grouard. Mardi, l’enquête de nos confrères a posé la question de savoir si, par cette action, le candidat des « Orléanais au Cœur » avait fait acte de campagne. Si tel était le cas, l’AML n’aurait probablement pas dû lui fournir des masques. En clair, la campagne de Serge Grouard est soupçonnée d’avoir été financée illégalement.

Serge Grouard : « j’ai agi en tant qu’élu ! »

Pour Jean-Philippe Grand, cette conclusion ne fait pas un pli : « une personne morale ne peut pas aider au financement d’une campagne électorale, relève le candidat écologiste, et une association est une personne morale. Je suis abasourdi que Serge Grouard l’ait oublié. »

« L’enquête fait la démonstration que Serge Grouard a bien fait campagne avec ces masques », note de son côté Olivier Carré, qui a accueilli avec bienveillance le travail de nos confrères… Cependant, rien ne prouve encore explicitement la faute de l’ancien maire d’Orléans. Sur le plan pénal, Nicolas Bessone, le Procureur de la République d’Orléans – qui quittera fin juin ses fonctions pour prendre la direction de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC),– nous affirmait mardi soir qu’aucune plainte n’avait été déposée. Au niveau administratif, c’est la Commission Nationale des Comptes de Campagne (qui passe au peigne fin les comptes de… 15 000 candidats sur tout le territoire, ndlr) – qui se penchera en septembre sur le cas du candidat Grouard. Si elle tique sur son dossier, elle le renverra au Tribunal Administratif, la juridiction capable de prononcer une peine d’inégibilité à l’encontre d’un candidat, voire d’invalider une élection. Il est également possible que des recours soient déposés, notamment s’il y a peu de voix d’écart entre candidats.

Pour cela, il faudra d’abord prouver que Serge Grouard était bel et bien en campagne électorale au mois d’avril. Sollicité mardi soir par nos soins, celui-ci insiste sur le fait qu’il a « agi en tant qu’élu responsable qui cherchait à protéger, et légitime à le faire. » En résumé : il n’était pas en campagne. « À ce moment-là, continue-t-il, j’étais à mille années-lumière de cela. On décomptait à des centaines de morts par jour, je ne cherchais qu’à protéger. Et puis, je vous rappelle qu’à l’époque, tout le monde pensait que le deuxième tour, voire les deux, allaient être reportés à l’automne 2020 ou en mars 2021. » L’ancien maire d’Orléans apporte un dernier argument : « ces masques ont été distribués dans tout le Loiret ». Ce qui montrerait, selon lui, qu’ils n’avaient pas pour finalité de lui faire gagner des voix sur le sol orléanais… Durant le confinement, le temps n’était donc pas à la campagne ? Le 24 avril pourtant, sur la boucle Telegram qui relie tous les élus du conseil municipal, Charles-Éric Lemaignen, co-listier de Serge Grouard, s’était indigné du fait que la mairie avait fait, selon lui, la promotion de l’action d’Olivier Carré dans le magazine municipal : « je rappelle que dans cette période de crise sanitaire, nous restons en période électorale !, avait écrit l’ancien président de l’AgglO. Certains peuvent le regretter, mais c’est la loi ! » La Commission des Comptes de campagne l’avait en effet rappelé aux candidats : la campagne n’était pas suspendue pendant le confinement.

« Boules puantes » à gogo

Le passé tendant la main au futur, cette campagne orléanaise, justement, pourrait bien, depuis mardi, avoir basculé dans une autre dimension. Même s’il n’est pas certain que l’enquête de nos confrères fasse basculer le sort d’un second tour dont Serge Grouard reste le favori, ces révélations ne sont pas tout à fait la meilleure nouvelle de l’année pour lui. Ses adversaires ne se privent d’ailleurs pas de le piquer, à l’instar de Jean-Philippe Grand : « quand Serge Grouard donne à notre liste des leçons de bonne gestion et que nous voyons ce qui a été fait, il y a, de notre part, une certaine incompréhension. On ne peut pas en permanence nous expliquer la vie et faire une erreur aussi grossière… »

« Je ne cherchais qu’à protéger ! »
Serge Grouard

Impassible en surface, l’ancien maire d’Orléans est quant à lui persuadé que ce nouveau rebondissement ne va pas le plomber : « je pense plutôt le contraire, réplique-t-il. Par la force des choses, les Orléanais vont enfin savoir pourquoi Olivier Carré a refusé mes masques… » Serge Grouard, qui considère visiblement que la meilleure défense reste l’attaque, vise sciemment son « ami de 20 ans » : « cette enquête journalistique, dit-il, ne sert qu’à détourner l’attention du fait générateur et de la seule question qui vaille : pourquoi Monsieur Carré a-t-il refusé les masques que je lui proposais, alors que nous étions dans une situation de pénurie ? Il voyait pourtant que sa demande auprès de l’AML n’aboutissait pas et, d’ailleurs, dans la panique, il a demandé à des couturières de faire des masques en tissu… Olivier Carré essaye de retourner la situation à son avantage, et c’est regrettable. » En creux, Serge Grouard reproche donc à Olivier Carré d’avoir été lui-même… en campagne ! « On ne va pas inverser les rôles, c’est un comble !, rétorque l’actuel maire d’Orléans. Ces masques, je ne les ai pas refusés : j’ai juste demandé des infos à l’AML sur leur provenance, car la mairie doit connaître l’origine des fonds. J’attends toujours. À Serge Grouard, j’ai alors répondu que je n’avais pas d’autres besoins – à l’époque, je ne savais pas qu’il s’agissait des mêmes masques- mais je lui ai dit par contre que le personnel soignant en avait besoin, et qu’il pouvait verser ses masques à la pharmacie de l’hôpital. S’il l’avait fait, son don serait resté « anonyme », dans le sens où il n’aurait pas pu en faire la publicité sur Facebook, car c’est l’armée qui aurait distribué ces masques. »

Si cette affaire dite  « des masques » n’en est peut-être pas à son dernier épisode, ce nouveau rebondissement montre encore, s’il demeurait des doutes, que la tension est à son comble à dix jours du second tour. « Cette campagne, elle pue », glisse ainsi, un brin désabusé, un proche de Serge Grouard. Ce constat fait écho à la prédiction de Baptiste Chapuis (PS), qui annonçait dès cet automne « une campagne » qui allait être « bien sale ». Pour l’instant, la liste OSE que le candidat socialiste a rejointe reste la seule qui semble épargnée par les « boules puantes » que se renvoient les camps Grouard et Carré. Au milieu du champ de bataille, Jean-Philippe Grand sait d’ailleurs qu’il a à sa disposition la carte du candidat « au-dessus de tout soupçon ». La jouera-t-il dans les jours qui viennent ? Cela pourrait paraître évident, mais il n’est pas si simple de poser cet argument sur la table alors que les balles sifflent et que l’écurie est proche. Par les temps qui courent, cette carte apparaît pourtant comme une denrée rare…

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