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Un favori et trois outsiders
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Un favori et trois outsiders

Un favori et trois outsiders

Vainqueur surprise du premier tour, François Bonneau (PS) a de fortes chances de rempiler, dimanche soir, pour un nouveau mandat à la tête de la Région Centre-Val de Loire. Face à un duo Forissier/Fesneau qui n’a pas réussi à accorder ses violons et un Rassemblement national en mauvaise posture, le président sortant, qui a fait alliance avec les écologistes, semble avoir de la marge sur ses adversaires.
benjamin vasset
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Un favori et trois outsiders

Avec deux tiers des électeurs qui ne se sont pas rendus aux urnes dimanche dernier, personne n’est vraiment sorti gagnant du premier tour des élections régionales. Un candidat a sans doute payé plus que les autres cette abstention record : avec moins de 23 % des voix, Aleksandar Nikolic, tête de liste du Rassemblement National, a connu une vraie désillusion, lui que les sondages annonçaient aux alentours des 30 %. « Nos électeurs ne sont pas partis vers d’autres candidats, ils ont préféré rester en famille », constate-t-il. Pour faire bouger les lignes – et surtout ses aficionados habituels – le RN va sortir la grosse Bertha dans la région : jeudi matin, un avion devait décoller de l’aérodrome de Briare « et parcourir le ciel du Centre-Val de Loire muni d’une banderole pour appeler au vote et à un sursaut démocratique » ! Aleksandar Nikolic, qui n’ignore pas que la partie est mal embarquée, en appelle évidemment à une mobilisation plus forte de ses troupes pour dimanche prochain. Mais le score décevant qu’il a réalisé au premier tour – et qui se décline, proportionnellement, sur l’ensemble du territoire national – montre-t-il aussi que la stratégie de dédiabolisation et de « normalisation » du parti lepéniste a atteint ses limites ? En clair, les électeurs sont-ils en train de se dire que le RN est devenu une force politique comme une autre, qui ne dit plus tout haut ce que eux penseraient tout bas ? « On a fait le choix assumé de ne pas être dans de grandes déclarations sur la sécurité, répond Aleksandar Nikolic. Est-ce qu’on pouvait faire mieux ? Sans doute, mais je continue de penser que notre campagne de premier tour n’était pas mauvaise. En Centre-Val de Loire – comparez aux autres régions – nous avons réussi à limiter les écarts. »

Forissier / Fesneau :
l’impossible alliance

S’il y a un autre déçu du premier tour, c’est Marc Fesneau (Modem), qui a perdu son duel à distance avec Nicolas Forissier. Dimanche dernier, ses partisans faisaient grise mine, tandis que l’intéressé lui-même semblait d’une humeur massacrante. « Évidemment, si vous comparez en fonction des sondages d’avant premier tour, ce score est un peu décevant, reconnaît Matthieu Schlesinger, tête de liste de Marc Fesneau dans le Loiret. Mais Marc fait tout de même le meilleur score de la majorité gouvernementale en France. » L’actuel ministre d’Emmanuel Macron allait-il fusionner avec la liste LR/UDI de Nicolas Forissier ? Dimanche, au soir du premier tour, la question était sur toutes les lèvres. Le lendemain après-midi, après une entrevue entre les deux hommes, Marc Fesneau annonçait qu’il se maintenait finalement au second tour. « Quand ils se sont vus, Nicolas Forissier a demandé à Marc Fesneau de se retirer, en lui demandant de le soutenir, mais sans le dire trop fort », rapporte Matthieu Schlesinger. Agacé que son concurrent Modem ait pris les devants pour communiquer sur ce dossier, Nicolas Forissier fulmine : « il ne doit pas me faire porter le chapeau, tonne l’ancien secrétaire d’État de Jacques Chirac. Notre entretien a été courtois, j’ai d’abord dit à Marc Fesneau de se retirer et de me soutenir, ce qui était, selon moi, le meilleur moyen de se rassembler. Je m’attendais à une contre-proposition de sa part, elle n’est jamais venue. Et il a fini par me dire qu’il maintenait ses listes ». Selon les versions, il semble en fait que, ni d’un côté, ni de l’autre, on ait eu une envie folle de se rassembler, ce qui explique peut-être le jeu du chat et de la souris auquel se sont livrés les deux camps dimanche, une fois les premiers résultats connus. « Je m’attendais au moins à un message de Marc Fesneau dimanche soir. Il n’est jamais venu et pourtant, j’ai veillé jusqu’à 2h du matin…, raconte Nicolas Forissier. Il est arrivé derrière moi, c’était à lui de faire le premier pas. » « Le lundi à 11h30, n’ayant aucune nouvelle de Nicolas Forissier, Marc Fesneau l’a appelé et il n’a pas répondu, raconte de son côté Matthieu Schlesinger. Je pense que s’il ne l’avait pas fait, il serait encore en train d’attendre le coup de fil de Nicolas Forissier… » 

Bref, cette alliance que le Rassemblement national annonçait comme certaine n’est pas venue. Nicolas Forissier reconnaît qu’au sein de sa liste, cette question a fait débat, mais qu’il a pris la décision seul et en conscience. « Je ne prends pas mes instructions de Paris, clame-t-il. (Christian) Jacob m’a appelé, mais simplement pour me demander ce que j’allais faire. » À l’UDI, avec qui Nicolas Forissier (LR) avait construit sa liste, certains, comme Florent Montillot, paraissaient pourtant partants pour un mariage. « Il m’a d’ailleurs appelé lundi pour me dire qu’il fallait qu’on se rassemble, confie Matthieu Schlesinger. Plus largement, je crois que Nicolas Forissier, à titre personnel, voulait du rassemblement. Il aurait pu le dire à Christian Jacob, mais il n’a peut-être pas assez de poids politique pour dire ‘zut’ à certains barons locaux, comme Guillaume Peltier, Jean-Pierre Door, Jean-Pierre Gorges (le maire de Chartres, ndlr) ou Serge Grouard qui, eux, ne voulaient pas du rassemblement. De fait, la « droite dure » a fait le choix de donner la Région à la gauche ». Toutes proportions gardées, le maire d’Olivet a l’impression que ses anciens « amis » des LR rejouent l’installation du conseil métropolitain à Orléans, il y a un an. « Serge Grouard a dit qu’il ne fallait pas faire de tripatouillages ? Ça fait bien rire autour de nous. Parce qu’on se souvient que l’an dernier, c’est un tripatouillage organisé par Serge Grouard qui a fait élire Christophe Chaillou, socialiste, à la présidence de la Métropole. » « S’il y avait eu un rassemblement, je ne suis pas sûr que tout le monde serait resté », pense plus prosaïquement Nicolas Forissier. Dans sa famille politique, certains sont en effet intimement persuadés qu’il ne faut en aucun cas s’allier avec La République en Marche sous peine de perdre (définitivement ?) des électeurs en route. « Beaucoup de gens qui ont voté LR m’ont dit que s’il y avait eu une fusion, ils auraient voté pour nous dimanche prochain », vient ajouter le candidat…RN, Aleksandar Nikolic. Du reste, Nicolas Forissier peut maintenant expliquer qu’il est le candidat qui n’a pas négocié et qui est resté sur la même ligne depuis le début. En outre, il ne faut pas oublier qu’avec ce choix, Les Républicains préparent aussi le coup d’après. « La clarté de cette élection va redonner confiance à beaucoup de nos électeurs… », dit d’ailleurs Nicolas Forissier, en regardant l’élection présidentielle de 2022.

François premier ?

Dans cette quadrangulaire qui s’annonce dimanche, un homme se détache enfin : le président sortant de la Région, François Bonneau (PS). Arrivé en tête du premier tour, il n’a pas attendu longtemps pour annoncer une fusion avec la liste de Charles Fournier (EELV). « Il y a d’un côté une volonté de rassemblement, de l’autre des querelles qui l’emportent », attaque-t-il. Si Cap Écologie lui a retiré son soutien entre les deux tours, François Bonneau explique avoir entendu « l’expression d’une convergence » de la part de Christelle de Crémiers (DVG). Mais la grosse affaire, qui était entendue depuis quelque temps, était donc l’alliance avec Charles Fournier, ses Verts, ses Insoumis et sa ribambelle d’autres petits partis qui le soutenaient. S’il n’y a plus que trois Insoumis sur sa liste d’union, « dont deux en position éligible » (la Loirétaine Karin Fischer en fait partie), les adversaires de droite de François Bonneau utilisent tous le même argument : en prenant des soutiens de Jean-Luc Mélenchon sur sa liste, le président sortant aurait fait alliance avec « l’extrême-gauche ». Mais François Bonneau a aussi dû biffer quelques noms de sa liste de premier tour, Charles Fournier ayant apporté 11 % de noms sur la liste recomposée. Dans le Loiret, on note que ces tractations ont fait une « victime » majeure : le maire d’Ingré et conseiller régional sortant Christian Dumas, 4e sur la liste Bonneau au premier tour et absent… au second. Matthieu Schlesinger y voit comme le signe d’une première « pression » mise par les Verts sur les socialistes : « depuis qu’il est vice-président d’Orléans Métropole délégué au vélo, Christian Dumas est devenu un repoussoir pour les écologistes… » Une élection serait-elle la somme de toutes celles qui l’ont précédée ? Vous avez quatre jours pour y réfléchir.

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