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Alix Fourré : La chasse aux trésors
Portrait

Alix Fourré : La chasse aux trésors

Archéologue céramologue pour l’Inrap, Alix Fourré passe ses journées à remonter le fil de la grande Histoire de nos civilisations. Au fil d’aventures insolites dignes d’Indiana Jones et de recherches minutieuses, elle nous emmène avec elle dans les couloirs du temps.
Ambre Blanes
26/11/1978 : naissance à Coulommiers (Seine-et-Marne)
2001 : voyage au Caire
2005 : rejoint l’INRAP du Loiret

Elle a visité Petra et rêve de voir Pompéi. Elle monte à cheval, fait de la plongée. Alix Fourré serait-elle une aventurière ? Quand elle dévoile de son sac un pichet et un mortier du IIe siècle, la réponse ne fait plus guère de doute… Fausse timide, les yeux pétillants de curiosité, elle concède qu’elle a toujours voulu être archéologue. Lorsque son père l’emmena ainsi visiter un château ariégeois à l’âge de 4 ans, elle se demanda, en touchant un rocher, combien d’enfants avaient fait le même geste qu’elle auparavant… 

Sa mère, professeur d’histoire (et archéologue contrariée) lui suggéra sa future vocation, la mettant cependant en garde contre un long chemin d’études. Dès 12 ans, Alix participa cependant, via une association, à des chantiers de restauration pour retaper une chapelle dans le Cantal et un château à la Flèche. À 15 ans, elle fit pendant un mois sa première fouille bénévole sur une nécropole gallo-romaine, expérience qu’elle renouvela tous les étés, en Espagne et en Ardèche notamment. En 1999, elle fut recrutée en CDD à l’Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales au terme de son DEUG d’histoire et d’archéologie. Puis elle partit à La Sorbonne pour se spécialiser en archéologie gallo-romaine, qui l’attirait irrémédiablement. À l’issue de sa maîtrise, Alix Fourré partit trois mois au Caire.

Là-bas, elle investigua le cœur de la ville ayyoubide pour l’IFAO (Institut Français d’Archéologie Orientale) et eut la chance de voyager à travers tout le pays. Elle visita notamment la pyramide de Gizeh, seule, avec son compagnon d’alors, sans guide et à la lampe de poche ! « Je suis partie juste après les attentats du 11 septembre, il n’y avait pas de touriste », rappelle-t-elle. D’autres de ses visites ressemblèrent aux aventures d’Indiana Jones, notamment lorsqu’elle descendit dans un puits funéraire… « Les chambres funéraires étaient toutes petites et il fallait se plier pour y entrer ! La lumière de ma lampe a ébloui des chauves-souris qui se sont envolées en empruntant la même porte que moi ! »

« Un peuple sans histoire est toujours en quête de ses origines »

Du fait de sa longue expérience bénévole, l’archéologue était déjà connue en région Centre-Val de Loire. À son retour d’Égypte et après sa soutenance de maîtrise en juin 2002, elle décrocha donc aisément un poste près de Vendôme. Vinrent plus tard diverses fouilles dont celles au préalable de la construction des autoroutes de l’A85 et A19, entre Artenay et Courtenay, en territoire Carnute. En France, l’archéologie programmée cohabite avec l’archéologie préventive, guidée par l’Inrap. Avant chaque grands travaux (ZAC, ligne de tramway…) sont effectués des diagnostics archéologiques, aisés à reconnaître : ce sont des tranchées parallèles. On y sonde 10 % du terrain. Si les diagnostics sont positifs, des fouilles peuvent être menées. « La France, c’est un site archéologique tous les kilomètres en moyenne, dit Alix Fourré. Depuis  la Préhistoire, le pays a toujours été un carrefour. » 

Archéologue-céramologue spécialiste de la période antique, cette maman d’une petite fille de 23  mois prénommée… Olympe, couvre aujourd’hui une période allant du Ier au Ve siècle de notre ère. Pour dater un site, et contrairement à l’idée générale, elle ne le fait pas avec la monnaie : le moyen de datation le plus sûr reste en effet la céramique. « Finalement, ce que l’on fouille, ce sont les poubelles, plaisante à moitié Alix Fourré. Que mangeaient nos ancêtres et dans quoi mangeaient-ils ? » C’est dire que les pièces en or qui font rêver tout quidam ne sont pas vraiment des trésors aux yeux des archéologues… 

Graines et ossements

Avec les graines, l’archéologue peut aussi retracer le territoire de l’époque, dont les forêts et les cultures. Les ossements peuvent quant à eux donner des indices sur le type de population et le genre de maladie qui les menaçait. « Un orphelin sans parent passe son temps à les chercher, estime Alix Fourré. Un peuple sans histoire est en quête de ses origines ». À force d’exemples, notre interlocutrice passionnée nous expose que détruire les sites archéologiques est évidemment un outil d’instrumentalisation politique, comme le fut le cas à Palmyre, rasé en 2018 par Daech ou des Bouddha en Afghanistan. Mais notre interlocutrice nous rappelle finalement que l’Histoire est un brin cyclique : il y a quelques siècles, Orléans fut aussi brûlée par l’armée de César pour venger les citoyens romains installés à Cenabum et assassinés en 52 avant Jésus-Christ.

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