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Anouck Hilbey : Tabous de souffle
Portrait

Anouck Hilbey : Tabous de souffle

Autrice, performeuse et metteuse en scène, Anouck Hilbey a fondé la compagnie orléanaise Unicode en 2020. Plus tôt, elle a aussi réussi à parler dans différents spectacles du tabou de l’inceste, dont elle fut victime dans son enfance.
Ambre Blanes
31/01/1984 : Naissance à Orléans
2015 : Tombe malade et découvre l’ayurvéda
2020 : Création de la compagnie Unicode

Durant son enfance, Anouck Hilbey a baigné dans l’école de danse modern jazz de sa mère, située à côté la gare d’Orléans, puis elle a intégré le Conservatoire de la ville en arts dramatiques et en danse contemporaine, avant de faire l’École du Jeu à Paris, une école de théâtre. En parallèle de ce beau cursus, elle suivit un parcours universitaire et obtint un master en littérature contemporaine. Ce palmarès fut complété par une formation de thérapeute en ayurvéda, la médecine indienne, qu’elle ponctua avec la rédaction d’un mémoire au sein de la faculté de Lettres sur « la décolonisation du corps et de la parole des femmes dans la littérature contemporaine ». C’est au centre de tout cet ensemble que se concrétisa sa pratique artistique : pendant dix ans, Anouck Hilbey écrivit, performa, collabora sur des projets, forma des équipes, mit en scène des chorégraphies et sortit des disques pour de très grosses productions de compagnies de danse et théâtre, notamment. Elle créa d’ailleurs un festival autogéré pour 30 artistes de moins de 30 ans et conçut une performance collective en 2015, La Société du spectacle, à l’Octroi de Tours, sur la nouvelle manière de réfléchir l’art d’avant-garde. 

La même année, sa vie prit un nouveau tournant : « En 2015, on m’a diagnostiqué une grosse maladie en m’annonçant qu’il ne me serait plus possible de faire de la scène, raconte-t-elle. On m’a dit : « vous allez perdre un œil et ce sera fauteuil roulant ». Ne pouvant plus utiliser mes mains, j’ai préféré me former à un autre type d’art : celui de la médecine. En même temps, cela m’a soigné. J’ai regagné des points de vie et j’ai pu reprendre mon travail de manière encadrée et spécialisée, car je suis maintenant handicapée. » Petite, le rêve d’Anouck Hilbey était de travailler à Pigalle, de nuit, dans un théâtre où elle aurait eu sa loge. Ce rêve, elle l’a réalisé en intégrant le cabaret Madame Arthur en 2016, où elle côtoya beaucoup de marginaux et de queers. Si son intégration n’y fut pas toujours facile – car elle était la première femme cisgenre* du groupe –, elle se passionna pour la création de personnages et d’avatars avec des rôles de composition très éloignés d’elle et de la réalité psychologique du théâtre. Cela lui permit d’aborder avec humour des problématiques très graves. « Je suis une survivante de l’inceste et, dans les années 2010, ce sujet était très tabou, raconte-t-elle. Il fallait en passer par un personnage fantastique et drôle pour l’aborder le sujet. » Devant de petites salles jusqu’à l’Olympia, elle devint ainsi un personnage « non genré » naviguant de la petite fée Clochette à un soldat, au milieu de personnages prônant la sur-féminité. Mais cette aventure s’arrêta avec la pandémie. Anouck Hilbey, qui se partageait déjà entre un appartement parisien et un logement orléanais, revint en 2020 dans « sa ville ». Lors de cette période d’inactivité forcée pour les artistes, elle demanda à François-Xavier Hauville, le directeur de la Scène Nationale d’Orléans, si elle pouvait faire un échauffement vocal et physique au théâtre. Ce dernier lui proposa de l’accompagner et d’être coproducteur, avec la garantie que les spectacles seraient accueillis une fois montés. Ce « coup de pouce » fut suivi par le Centre Chorégraphique National d’Orléans. La compagnie Unicode vit ainsi le jour, inspirée par l’envie de réencoder le réel en « parlant toutes les grammaires des différents arts ». Cette structure synthétisa en fait toutes les passions d’Anouck Hilbey.

Sur scène à Orléans

Les Femmes ça fait PD, un spectacle de cabaret avec le polyinstrumentiste Axel Nadeau, sera ainsi représenté les 7 et 8 décembre au Théâtre d’Orléans. Puis Le Saint Game, un seul en scène pluridisciplinaire sur la question de la guérison et du hasard, se déroulera en interaction avec le public les 4 et 5 avril 2023. En ce moment, Anouck Hilbey est en répétition au Bouillon. Elle envisage de proposer des versions in situ de son spectacle dans les lycées, sur la question de l’amour, du couple et de la sexualité afin de déconstruire l’amour romantisé et le cinéma patriarcal au profit du consentement et du respect de l’autre. La suite sera à voir sur scène…

* Se dit d’une personne dont l’identité de genre (masculin ou féminin) correspond au sexe avec lequel elle est née. C’est le contraire d’une personne transgenre.

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