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Bernard Ringuet : Persifle et signe
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Bernard Ringuet : Persifle et signe
Portrait

Bernard Ringuet : Persifle et signe

Connu dans l’Orléanais sous le pseudonyme de C Nabum, ce conteur à l’écriture mordante a l’habitude de remuer la bonne bourgeoisie locale et de s’immiscer, l’air de rien, dans les affaires politiques du coin. 
Benjamin Vasset
1958 : naissance à Sully-sur-Loire
2010 : part pendant 23 jours entre Orléans et Albi
2021 : publie son dernier livre, le Guide du Roublard en Val d’Orléans

Voudrait-on le capter dans ses filets qu’il se débattrait encore. « Comme je suis incontrôlable, je n’ai jamais été sollicité pour être sur une liste. Je ne peux pas suivre la « ligne du parti ». Moi, avec une ligne, je peux juste pousser le bouchon trop loin… » Une phrase qui résume tout : Bernard Ringuet aime la Loire, la pêche et se moquer des puissants. Vous l’avez peut-être lu ou aperçu dans ses habits de conteur, sous son nom de scène qui fleure bon Orléans : en faux, en vrai, on ne sait plus bien, il s’appelle C Nabum et adore se camper dans la posture du personnage « décalé, un peu bredin, un peu idiot »… Des bouquins, il en a déjà écrit quelques-uns, dont le dernier, un Guide du Roublard en Val d’Orléans, qu’il définit comme « un anti-guide touristique, surtout pas à destination des Chinois… ».
La Chine, justement : un amoureux de l’Empire du Milieu, maire d’Orléans jusqu’à juin 2020, en a voulu à Bernard Ringuet d’avoir été à l’origine de ses ennuis, en publiant il y a un peu plus de deux ans, sur un blog, un récit incisif de ses aventures à l’étranger. « On m’a dit que c’était moi qui avait fait tomber Carré, et pas ses frasques !, se désolé rétrospectivement notre interlocuteur. Mais c’était un billet, une fiction ! » Une fiction visiblement abreuvée par quelques langues bien pendues. « Certains de vos confrères m’ont demandé mes sources, ce qui m’a beaucoup étonné, répond, matois, Bernard Ringuet. Disons qu’un Orléanais m’avait transmis des informations. Vous savez, ici, on assiste à plein de choses surprenantes… »

Il a le sourire en coin et l’œil rieur de ceux qui savent des choses qu’il gardera pour lui. Ça l’amuse, on dirait, de mener son auditoire par le bout du nez, et c’est d’ailleurs ce qui fait son succès depuis qu’il a commencé une sorte de « nouvelle carrière », en 2010. Cette année-là, Bernard Ringuet entreprend une longue marche à pied, « dans la France profonde », entre Orléans et Albi pour interroger un pays en pleine crise de « Sarkozie ». « Vagabond », il narre sur un blog son odyssée, qui fait son petit effet. Un admirateur lui dit alors qu’il a « l’écriture d’un conteur », ce qui le persuade d’exploiter plus en avant le filon. Avec les histoires, il faut dire que l’homme est comme un poisson dans l’eau : à Sully, où il est né, il se souvient d’une écaillère nommée Dédé La Coquille, qui passait dans les maisons pour retracer la vie des défunts venant de casser leurs pipes. « Ce n’était pas du conte, mais c’était populaire. Et d’une vacherie… »

Au début des années 2010, la Ville de Châteauneuf, qui veut relancer la Saint-Nicolas, le sollicite pour écrire un conte. « Ce fut fondateur ! J’ai pu créer le personnage non pas du Juif errant, mais du marinier errant… » Évidemment, tout – ou presque – rattache Bernard Ringuet à la Loire, qui ne supporte pas qu’on affuble cette rivière du qualificatif de « capricieuse ». « Comme si elle le faisait exprès…, argumente-t-il. Mais c’est elle qui est soumise aux décisions des Hommes ! » La Loire, il a grandi avec, presque dedans, jouant dès son plus jeune âge sur ses rivages. « Elle fut ma nourrice », dit-il, toujours sous le charme. « Un petit coup de cafard, de moins bien, et on va la regarder… » Souvent, il va faire ses « dévotions à Dame Liger », et le dialogue s’engage alors, sans chichis ni coups de fil intempestifs. Car ce « bonimenteur » n’a, exception du temps, ni smartphone ni bigophone greffé à l’oreille. « Ça a saccagé les liens sociaux », juge ainsi Bernard Ringuet à propos des portables. L’homme semble d’ailleurs nostalgique d’une époque révolue, et la crise sanitaire l’aurait presque rendu misanthrope : « Cette année a transformé les gens, qui voient en l’autre un ennemi et sont prêts à la délation. Cette pandémie montre que l’on refuse le risque. On a l’air de découvrir que la mort n’est pas l’issue de la vie… »

En marge

Ancien entraîneur de rugby – il raconte avoir côtoyé pendant un an le grand Jacques Fouroux, les amateurs sauront –, il œuvra aussi comme instit’ spécialisé en collège. « J’ai fait des CPPN, des SEGPA, des IME… avec des gamins porteurs de handicap ou tombés dans la délinquance. Des mômes qui écrivaient dans la marge plutôt que sur la grande partie du cahier… », glisse-t-il dans une image qui pourrait bien s’appliquer à lui-même. Car avant de repartir, il lâche : « je ne suis pas compris, mais ce n’est pas grave… ». Mais après tout, l’important, c’est la cause, non ?

3 réponses

  1. Un observateur de l’invisible! Un type bougrement attachant! L’œil rieur, la dent dure! Le sourire aux lèvres et les mots qui font mouche! Ni dieu ni maître !

  2. J’apprécie Bernard Ringuet,alias Cenabum,pour son esprit libre et rebelle, et non inféodé à quelque chapelle sur ce soit…

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