|
|
|
Charline Pritscaloff : Peau de fleur
Portrait

Charline Pritscaloff : Peau de fleur

Devenue Meilleur Ouvrier de France (MOF) en 2011, cette Fleuryssoise de 38 ans a depuis ouvert deux magasins de fleurs à Orléans. Elle travaille 365 jours par an, mais a bien trouvé quelques minutes pour revenir sur une ascension remarquable...
Hugo de Tullio
Janvier 2002 : Premier stage chez le fleuriste Gilles Pothier, à Paris
Mai 2011 : Reçue Meilleur Ouvrier de France
Août 2011 : Ouverture de son premier magasin, rue Bannier, à Orléans

Salon Novafleur, Insolites Roses, Art Floral au château de Chaumont-sur-Loire… Malgré la présence de la Covid-19, les événements auxquels participe Charline Pritscaloff ne manquent pas en cette rentrée 2020. Cette femme hyperactive est sur tous les fronts, et cela dure comme ça depuis très longtemps.

La preuve : à 12 ans déjà, cette jeune fille originaire de Blois remplace sa mère à des cours d’art floral amateurs. Un an plus tard, elle entame son premier stage chez un fleuriste, et le déclic a lieu. « Ma voie professionnelle était tracée, car je savais que je voulais faire une formation de fleuriste après la 3e », explique-t-elle, la voix assurée.

Après un parcours compliqué au collège, l’adolescente file en CAP à La Mouillère, l’école d’horticulture d’Orléans. Sortie majore de promotion, Charline Pritscaloff enchaîne avec un Brevet Professionnel, en alternance à Bourges puis à Jargeau. C’est à ce moment précis qu’elle rencontre son « premier maître », comme elle se plaît à le rappeler, en la personne de Thierry-Louis Boutin. « C’est le professeur qui m’a donné l’amour des concours », dit-elle. Suite à ce coup de cœur, la fleuriste s’inscrit à son premier challenge et remporte au niveau régional les Olympiades des Métiers, pour lesquelles elle doit rester enfermée dans un box pendant trois jours !

Stressée mais passionnée par ces épreuves, la jeune femme, alors âgée d’une petite vingtaine d’années, veut rencontrer les grands noms de la fleur pour se préparer aux futurs concours. Salariée dans une boutique à La Ferté Saint-Aubin, elle arrive à dégoter un stage d’une semaine dans le XVIe arrondissement de Paris chez le champion du monde Gilles Pothier. « Un dieu pour moi », s’émerveille Charline Pritscaloff. Pourtant, l’épluchage de fleurs va représenter l’activité principale de ses journées… « Je n’ai rien appris pour mon concours, mais ça m’a fait rêver pendant une semaine ! », relativise la Fleuryssoise. Après ce stage, elle parvient à remplacer l’assistante du fleuriste de renom Jacques Castagné aux éliminatoires de la Coupe du Monde des fleuristes et lors de la finale des Meilleurs Ouvriers de France. Les allers-retours entre La Ferté et la capitale durent pendant près d’un an, avant son embauche définitive chez l’artisan, qui se révèlera, pour Charline Pritscaloff, « sa meilleure école pour les concours ».

Après avoir raflé la Coupe Espoir Interflora, l’artisane est sélectionnée pour la Coupe de France et finit à la troisième place. Malgré son jeune âge (27 ans), elle décide de tenter « le Graal » : le concours du Meilleur Ouvrier de France. Pour mettre toutes les chances de son côté, elle réussit à passer un accord avec son employeuse : chaque soir, elle finit tôt pour pouvoir faire des extras et payer son concours. Le week-end, elle parfait sa technique et travaille pour Gilles Pothier sur de grands événements. Composée de sept épreuves à préparer, la compétition n’a rien d’une sinécure, et lui coûtera… 20 000 € ! Charline Pritscaloff souligne qu’« à l’époque, pas grand monde n’y croit, car je suis une nana plutôt jeune… ». Sur les 35 candidats à concourir au départ, seuls six sont reçus après la finale, en mai 2011, à Clermont-Ferrand. La Fleuryssoise en fait partie, notamment grâce à la représentation d’une fontaine en chocolat.

Retour aux sources

« Soulagée », la jeune femme va, cependant, très vite redescendre de son petit nuage. À peine rentrée sur Paris, elle apprend qu’elle est mise à pied par sa patronne. « Alors que je devais faire la fête, je prends la claque de ma vie », regrette-t-elle aujourd’hui. En désaccord avec la gérante, elle la menace de l’emmener aux prud’hommes avant de négocier une rupture conventionnelle. « Un mal pour un bien », qui va lui permettre un retour aux sources à Orléans. Seulement trois mois après sa consécration, Charline Pritscaloff entend parler d’un local à vendre rue Bannier. « L’affaire idéale », pense-t-elle. Elle l’achète alors sans se poser de questions.

Aujourd’hui, la désormais cheffe d’entreprise a sous ses ordres trois salariés et une apprentie. Signe d’une croissance constante, elle a pu ouvrir une deuxième boutique aux Halles d’Orléans, en 2016. Pour la suite, cette passionnée de plongée sous-marine ne ferme pas la porte aux prochaines coupes du monde ou d’Europe. Mais elle l’assure, elle ne mettra jamais en péril l’avenir de son entreprise, qui soufflera l’an prochain sa dixième bougie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES SIMILAIRES

Signaler un commentaire