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Françoise Keita-Paquet : Cubain de jouvence
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Françoise Keita-Paquet : Cubain de jouvence
Portrait

Françoise Keita-Paquet : Cubain de jouvence

Née dans un village du Loir-et-Cher, Françoise Keita-Paquet, Olivétaine depuis 1975, est chercheuse CNRS au Centre de Biophysique Moléculaire d’Orléans. En mars dernier, après une longue carrière, elle a été décorée de la plus haute distinction scientifique cubaine pour avoir contribué à l’accélération de la vaccination sur l’île.
Ambre Blanes
5 juin 1955 : Naissance à Oucques (41)
1er octobre 1981 : Entrée au CNRS
Mars 2022 : Décorée de la plus haute distinction scientifique cubaine

Françoise Keita-Paquet n’est pas née dans une famille de scientifiques, mais elle a pourtant vite contracté le virus de la recherche. D’abord intéressée par l’étude des sucres en chimie organique, elle change de thématique en 1992. « J’ai traversé la rue… sourit-elle. Je suis passée de l’Université au CNRS pour faire de la biologie structurale au Centre de Biophysique Moléculaire. » Ses travaux de recherche fondamentale consistent alors à déterminer la « structure tridimensionnelle de macromolécules » (protéines ou acides nucléiques) en utilisant la « résonance magnétique nucléaire ». « On a toujours dans l’idée d’avoir des molécules qui deviendront un jour des médicaments mais c’est un peu utopique, développe Françoise Keita-Paquet. Mais le temps que cela se mette en route et que ça intéresse un industriel, il n’y a pas grand-chose qui arrive de la recherche jusqu’à l’application… »

Un jour, un ami cubain rencontré lors de son doctorat la recontacte en 2014. Il dirige alors l’Institut Finlay des Vaccins à La Havane et s’intéresse aux recherches de Françoise Keita-Paquet, son laboratoire travaillant sur des vaccins pédiatriques contre la méningite ou la pneumonie. Quand le Covid arrive, Cuba a très vite besoin d’être autonome en vaccins, car ceux produits en Occident sont trop chers pour les pays dits en voie de développement. Si, en France, la population a majoritairement été vaccinée par Pfizer et Moderna, l’État cubain opte, lui, pour un vaccin conjugué à protéines recombinantes et l’élabore de la même façon que ses vaccins pédiatriques, avec, comme support, une toxine totalement désactivée. Seule une petite partie de la protéine Spike – celle qui interagit avec le récepteur – est utilisée comme antigène : Soberana (« souveraine » en espagnol) a le mérite de se conserver dans le réfrigérateur et de ne pas occasionner d’effets secondaires. 

Non obligatoire, le vaccin séduit à Cuba quasiment toute la population et est utilisé chez les enfants à partir de 2 ans. L’expertise de Françoise Keita-Paquet en biologie structurale lui permet de regarder les macromolécules en 3D et de comprendre les interactions entre le coronavirus et les cellules humaines réceptrices à l’échelle atomique. Sa contribution permet tout simplement à des millions d’enfants et d’adultes à Cuba et dans d’autres pays en voie de développement, d’être protégés efficacement. Plutôt discrète, la scientifique orléanaise éprouve aujourd’hui une grande satisfaction pour ce qui s’est avéré être la plus belle expérience de sa vie professionnelle : « Je n’ai pas réfléchi et j’ai écouté mon cœur », confie-t-elle. En mars 2022, elle est ainsi décorée de l’ordre Carlos J. Finlay lors d’une cérémonie à Orléans en présence d’Otto Vaillant Frias, ambassadeur de Cuba en France. En mai, lors d’un séjour à La Havane, elle est félicitée par la ministre des Sciences de Cuba en présence de Patrice Paoli, ambassadeur de France sur l’île. Il s’agit de la plus haute distinction scientifique accordée par le Conseil d’État de la République de Cuba aux citoyens cubains et étrangers ou à des institutions, « en reconnaissance de leur intense activité de recherche et de leurs résultats ».

« Gonflé à bloc »

À la retraite depuis le 1er juin dernier après une fin de carrière inattendue, Françoise Keita-Paquet va travailler pendant encore deux ans et poursuivre sa collaboration avec l’Institut Finlay, notamment en observant les variants du Covid et jauger de leur degré de dangerosité. En parallèle, elle va profiter de sa famille et s’adonner à ses diverses passions : les orchidées, les promenades en bords du Loiret, le tai chi ou le yoga… Tombée amoureuse de Cuba, Françoise loue le dynamisme et l’enthousiasme des gens qu’elle y a rencontrés et qui dispensent, malgré eux, une belle leçon de vie : « Là-bas, la vie n’est pas facile mais ils ne râlent jamais, travaillent énormément et ne se découragent jamais. On nous dit qu’impossible n’est pas français, mais chez les Cubains, “impossible” n’est pas dans leur vocabulaire. Par tous les moyens possibles, ils y arrivent. On revient de ce pays gonflé à bloc…»

Une réponse

  1. Françoise est vraiment extraordinaire, je la connaît bien et je suis persuadé que c’est une femme extraordinaire. Je l’adore.

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