Portrait

Jean Courant : Urgentiste de l’entreprise

Ancien copropriétaire des Balnéades, il est le nouveau président du Tribunal de Commerce. Une fonction de magistrat qu'il vit comme un rôle de « médecin des entreprises ».
Gaëla Messerli
1952 : Naissance dans le Lyonnais
1975 : Diplômé de l’EM Lyon
Octobre 2011 : Élu juge au Tribunal de Commerce d'Orléans

« Mon métier, c’est la gestion des entreprises », résume Jean Courant, lorsqu’il revient sur son parcours professionnel. Ce Lyonnais d’origine, fils de cadre ayant fait ses études à l’École de Management de Lyon, est devenu chef d’entreprise par goût personnel. « Ce n’était pas pour le profit, mais pour maîtriser mon destin, dit-il. J’ai toujours eu l’idée de diriger une entreprise. Lors de mon premier poste dans l’Isère, j’avais même proposé au patron de la société de devenir actionnaire ! » Après avoir été nourri des schémas économiques des Trente Glorieuses, le jeune diplômé, fraîchement sorti de l’école, s’est vite rendu compte que ces modèles ne collaient plus au monde dans lequel il travaillait. « La chute de Général Motors » n’a fait que confirmer ce que pensait celui qui avait, comme leitmotiv, l’expression « small is beautiful ». « En étant dirigeant de PMI, il y a un certain pragmatisme », estime ainsi celui qui s’est « spécialisé dans l’entreprise à taille humaine. »

Jean Courant a ainsi goûté à des secteurs variés, passant de Golden Jet Pulvérisation Jardinage, dans la Vienne, à Mecanoto Accessoires Automobiles, avant d’arriver dans l’Orléanais avec Preteux Bourgeois, en 1989. Une expérience fructueuse chez ce leader du bouchon, qui lui « permit de surfer sur l’œnologie française » et de voyager. L’aventure dans le monde du vin se termina avec la proposition de rachat de ses parts par son partenaire portugais. Nous sommes alors en 2010 et, avec Denis Deketelaere, ami et ancien dirigeant venant du secteur de l’électricité, il décide de racheter les Balnéades, à Ardon. Il y a « trois ou quatre ans », étant à la retraite, il cèdera ses parts au fils de son associé. 

« Nous ne sommes pas des croque-morts !  »

À côté de cela, il est élu en 2011 juge au Tribunal de Commerce d’Orléans. Avant d’en devenir le président en janvier 2020, Jean Courant y occupe plusieurs fonctions : juge prévention, président de chambre contentieux… « Nous sommes des magistrats issus du monde économique », résume celui qui considère l’institution comme une « auberge espagnole, où il faut apporter rigueur, déontologie et confidentialité. » D’ailleurs, le Tribunal est actuellement composé pour une moitié de juges en activité et pour l’autre de retraités. « C’est un bon équilibre, estime-t-il. Cela évite le risque d’obsolescence. C’est aussi pour cette raison qu’un président de Tribunal de Commerce ne fait en général qu’un mandat (NDLR : 4 ans). » 

Jean Courant sait en tout cas que la prévention est un vrai enjeu pour les entreprises. « Le Tribunal dispose d’outils comme la possibilité de nommer un mandataire ad hoc ou un conciliateur, c’est-à-dire un professionnel de l’économie ou du droit compétent pour négocier avec les banques, l’URSSAF… Or, cela ne se sait pas suffisamment. » Pour le président du Tribunal de Commerce d’Orléans, « notre péché originel, c’est de s’appeler tribunal… Mais nous sommes des urgentistes, pas des croque-morts ! » 

« Chercher à conserver l’emploi »

Ce genre d’interventions préventives marche, selon lui, dans 70 % des cas. Il en va de même pour le dépôt de bilan, pas toujours compris. « C’est un acte technique, pas une sanction, explique-t-il. Un dépôt de bilan, c’est se mettre sous protection de la Justice. » L’homme fait ainsi partie des instigateurs des Mardis du tribunal, afin de distiller aux chefs d’entreprise une meilleure connaissance des textes de lois. Jean Courant voit d’ailleurs son rôle comme celui d’« un médecin de l’entreprise. Nous cherchons à conserver l’emploi. Dès que l’on est inscrit au Tribunal de Commerce, on peut venir nous voir. Il y a toujours quelqu’un ! » 

Entre la volonté d’augmenter les négociations à l’amiable ou la mise en place d’une mutualisation des compétences des juges selon leur domaine d’activité afin d’avoir un regard éclairé sur les dossiers, les projets ne manquent pas pour Jean Courant, pour qui un bon juge se doit d’être empathique. « Nous recevons des chefs d’entreprise qui craquent, précise-t-il. Même s’il y a l’APESA (l’Aide Psychologique pour les Entrepreneurs en Souffrance Aigüe), en France, nous restons dans une tradition très judéo-chrétienne, avec la culpabilité de l’échec. » Mais autres temps, autres mœurs : les choses changent avec les startup… Jean Courant espère voir un jour la création d’un véritable Tribunal de l’économie, « pour rester pragmatique. » Tous ces projets et ces activités vont en tout cas bien occuper ce « Primus inter pares »* avant sa retraite. La vraie !

* Premier d’entre les pairs

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