Portrait

Lancelot Guyot : Châtelain sans prétention

À bientôt 29 ans au compteur, il navigue toute l’année entre les châteaux de Saint-Brisson, de La Ferté Saint-Aubin et de Beaumesnil (Eure). Des idées plein la tête, il tente de faire vivre ses édifices pour supporter une part de l’économie rurale locale.
Claire Seznec
20/07/1991 : Naissance en Sologne
2015 : Lance Tous aux châteaux
2018 : Rachète le château de La Ferté Saint-Aubin

Au château de La Ferté Saint-Aubin, les week-ends d’été laissent s’écouler le murmure des participants et les rythmes de la musique électro de la Garden Party Cocorico. Après une première « ric-rac » pour cause de temps instable, cet événement se substitue cet été au Festival Cocorico, organisé normalement mi-juillet. Pour la première édition, vendredi dernier, cette solution alternative a trouvé son public, et cela a un peu rassuré Lancelot Guyot, propriétaire et gestionnaire du site.

« En ce moment, je me creuse la tête pour combler le trou qu’on a à cause de la Covid… », nous lance-t-il entre deux rendez-vous, la gestion de la buvette de la Garden Party, le nettoyage, la sécurité du château, les briefings des acteurs d’un Cluedo géant, la tonte de l’herbe, l’accueil des groupes, la mise en place du troisième Escape Game du château pour juillet, et le traitement des mails en retard… Quand trouve-t-il donc le temps de créer des nouveautés ? « Je ne dors pas beaucoup », sourit-il, l’esprit toujours en ébullition et les yeux vissés, amoureusement, sur un gros chantier en cours à La Ferté.

« Si les petits châteaux ferment, il y a danger… »

Il faut dire que Lancelot Guyot est « tombé dedans quand il était petit », comme dirait un druide bien connu. Petit-fils de menuisier, fils de moniteur d’équitation, il baigne dans les travaux depuis sa plus tendre enfance. En 1987, son père, Jacques, a racheté le château de La Ferté Saint-Aubin, alors en mauvais état, pour le sauver de l’effondrement. Puis la petite famille est partie en Auvergne et dans le Languedoc, sur les traces d’édifices tous plus étonnants les uns que les autres. Les deux parents et leurs quatre enfants se sont occupés du ménage, du jardinage, des travaux sur les chantiers. « On était tout gamin, se souvient Lancelot. Mais on a compris très tôt que, même en étant propriétaire, on avait besoin des banques et des visiteurs
pour vivre… »

Un court instant, au cours de la conversation, le jeune homme se replonge en 2001, lors d’un déménagement entre l’Auvergne et le Languedoc. Il se revoit arriver le soir, passer un coup de balai dans une pièce afin d’y déposer le matelas pour une nuit méritée, partir à la recherche d’eau, d’électricité, dans une nouvelle immense bâtisse… Une aventure. C’est d’ailleurs au cours de ces années que Lancelot Guyot a commencé les visites guidées. Débrouillard, il a doucement cultivé une passion pour l’histoire de l’art et l’architecture. Alors, à l’adolescence, il a bien eu un rejet de ce mode de vie particulier : pourquoi ne partait-il pas en vacances comme ses copains ? Pourquoi, tous les étés, devait-il tenir la billetterie alors que d’autres allaient à la plage ? Comme quasiment tous les ados, il s’est alors dit que cette « marginalité » n’était pas pour lui.

Retour aux sources

Finalement, après une école de commerce à Paris et un premier « boulot classique » de six mois qui l’a rendu malheureux comme tout, il s’est lancé dans l’entrepreneuriat ; d’abord dans le e-commerce puis, rapidement, dans la gestion du château de La Ferté, sous l’égide de son père, en 2015. Un an plus tôt, ce blondinet avait déjà acheté le château de Beaumesnil (dans l’Eure) et celui de Saint-Brisson, à côté de Gien. « Ce qui est dingue, c’est que, chaque château étant unique, il attire un public différent, même s’il est perdu au milieu de nulle part, s’enthousiasme Lancelot Guyot. C’est le projet qui compte, qui doit être raccord avec l’histoire du lieu. » Le défi reste de taille : faire vivre et gérer ses édifices grâce au tourisme, aux événements – le tout en ayant une gestion bénéficiaire – et en innovant. Il est vrai qu’aujourd’hui, sauf exception, on ne visite plus un château pour visiter un château : on cherche une activité, un décor naturel, un cadre. « Le succès du festival Cocorico, c’est aussi ça », estime l’entrepreneur. Ça, mais aussi des liens forts avec les commerçants, artisans, hôteliers et autres restaurateurs du coin. Le jeune homme milite d’ailleurs pour faire comprendre aux élus que, « même si un château peut être une charge (pour une municipalité, ndlr), elle est minime par rapport à ce qu’elle rapporte
au territoire… » 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES SIMILAIRES
Lancelot Guyot : Châtelain sans prétention
À bientôt 29 ans au compteur, il navigue toute l’année...
Étienne Delécrin : Relais entier
Président-bénévole de l’association le Relais orléanais depuis six ans, Étienne...
Mylène Chenault : « Serres » moi fort
Il y a six ans, c’est en croquant dans une...