|
|
|
Michel Ricoud : Au grand homme
Portrait

Michel Ricoud : Au grand homme

Le 20 mai dernier, jour de ses obsèques, Orléans a rendu un hommage appuyé à l’élu sourcien, décédé d’un cancer à l’âge de 71 ans. Si certains font valoir leur part d’ombre pour justifier leurs actes délictueux, Michel Ricoud aura lui symbolisé cette part de lumière qui rend l’humanité plus noble.
Benjamin Vasset
1948 : naissance à Vierzon (Cher)
1976 : travaille aux Chèques Postaux de La Source
1983 : élu pour la première fois au conseil municipal d’Orléans

À de rares exceptions près, on ne piétine pas les morts : peut-être parce qu’ils sont déjà sous terre, ou bien en partance vers des cieux invisibles. Le 14 mai dernier pourtant, à l’annonce de la disparition de Michel Ricoud, aucun esprit malicieux n’avait le cœur à persifler sous cape : l’affliction n’était pas d’usage, la peine n’avait rien d’un masque. D’ailleurs, la tristesse est restée dans l’air des jours durant : le 20 mai, au passage du cortège funèbre du conseil municipal orléanais, des dizaines de Sourciens se pressaient sur les trottoirs pour lui dire adieu. Il allait leur manquer, et tout serait dépeuplé. 

Militant de gauche, Michel Ricoud en arborait fièrement la couleur : rouge il avait été, rouge il serait toujours. Né à Vierzon au sein d’une famille communiste, il n’a jamais renié son engagement politique et humaniste. Défenseur de la veuve et de l’orphelin ? La formule serait trop creuse si elle n’avait pas quelque chose de vraie : à La Source, vous trouverez toujours quelqu’un que Michel Ricoud aura aidé, de près ou de loin, dans des démarches administratives ou pour faire valoir des droits. « Des blancs, des noirs, il défendait tout le monde, raconte Mohamed, un Orléanais de La Source. C’était un gars comme je n’en ai jamais vu, toujours là, toujours gentil avec tout le monde. La nuit d’après sa mort, c’est simple, je n’ai pas dormi. » Le logement était le champ de bataille sur lequel excellait Michel Ricoud, qui ne ménageait pas ses efforts et poursuivait un objectif tout simple mais ô combien laborieux :  que chacun puisse vivre dans des conditions décentes. Ce travail de terrain, le nez dans les dossiers et l’oreille au téléphone, à remonter les bretelles des services des administrations ou des élus dirigeants, lui valait une reconnaissance éternelle de la part de ceux qu’il côtoyait au quotidien. Un matin, on était allé l’interviewer dans un café des Bolières : il avait serré des pognes à s’en fendre les doigts, et l’on s’était alors dit que si La Source avait été une commune autonome, Michel Ricoud en aurait été élu maire depuis longtemps. 

« Un gars comme j’en ai jamais vu… »
Mohamed, habitant de La Source

Entre ici, Michel Ricoud !

Parce qu’il ne restait discret sur ses souffrances et qu’il faisait court quand on lui demandait comment il allait, l’annonce de sa disparition a fendu des coeurs en deux. Atteint depuis quelques années d’un cancer, il avait, durant le confinement, été admis au CHRO. Son téléphone avait alors brusquement sonné dans le vide, et cela avait étonné ceux qui le sollicitaient d’habitude. Quand ils ont appris sa mort, ils ont vu partir un peu d’eux-mêmes et une part d’espoir en la vie que leur « protecteur » avait su, un jour, leur redonner. 

Le 14 mai, certains ont d’ailleurs parlé de lui comme d’un « saint laïc », une sorte d’Abbé Pierre orléanais. Michel Ricoud n’aurait certainement jamais accepté la formule, mais il partageait avec le curé de l’hiver 54 une barbe grisonnante, une humilité maladive et une indignité tempétueuse. Comme l’Abbé, son expérience et sa sincérité avaient aussi fini par le placer au-dessus de la mêlée. Une impression avalisée par le fait qu’il ne se perdait pas, même en off, en commentaires assassins à l’encontre de ses adversaires politiques. Ces derniers mois au conseil municipal d’Orléans, il affichait pourtant sa consternation devant la guerre que se livraient les membres de la majorité de 2014. « La politique, ce n’est pas ça ! », répétait-il, avec la crainte que la population, dans un ultime réflexe dégagiste, mette tout le monde dans le même sac, en referme le nœud et se détourne définitivement des urnes. Car Michel Ricoud croyait en l’action politique au sens noble du terme et, à ce titre, refusait le rôle de l’opposant systématique et systémique. « Quand une décision de la municipalité est bonne, je le dis ! », faisait-il régulièrement savoir, avec un sens de la répartie et une voix – sa voix – , reconnaissable entre mille : elle était celle des hommes qui doutent de tout mais ne reculent devant rien. Au terminus des prétentieux, on pourra l’attendre encore longtemps : après tant de combats gagnés, Michel Ricoud aura bien mérité de se payer, enfin, un siège en première classe pour le paradis des vertueux.

Une réponse

  1. Mr Benjamin vasset.
    Votre portrait de MICHEL m’a ému, il relate parfaitement qui il était vraiment c’est un bel hommage soyez en remercier.
    JACQUES BREL disait j’ai souvent mal aux autres.Cette phrase MICHEL pouvait se l’attribuer.
    MICHEL s’est absenté, pour aller militer place des grands hommes.
    Nous l’aimions énormément.
    Mci a vous.Cordialement…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES SIMILAIRES

Signaler un commentaire