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Patrice Delatouche COMME UNE IMAGE
Portrait

Patrice Delatouche COMME UNE IMAGE

"Êtes-vous un artiste" ? La question laisse Patrice Delatouche perplexe. Il suffit pourtant de se laisser envoûter par l’équilibre des tons, le cadrage, la vie et la chaleur des clichés de ce photographe orléanais pour y admettre définitivement la présence intrinsèque d’une vision poétique du monde.
Philippe claire
23/09/1944 : naissance à Rouen
1970 : emménagement à Orléans
1982 : s’installe à son compte

L’interview se déroule devant un mur de vinyles, face à un piano et à des étagères déformées par des appareils audiovisuels ; un fond de musique d’orgue flotte dans l’air. Assurément, notre homme est amateur d’art, mélomane et musicien. Patrice Delatouche sonde sa mémoire et raconte son absence de compétences en peinture et en dessin, la photo lui ayant permis de fait la représentation fidèle d’un objet – peut-être aussi la projection de ses émotions – de façon que l’image reflète réellement la chose. Ainsi, c’est autour de la magie de l’appareil à soufflet de son grand-père que très jeune, il découvre sa vocation : « j’étais vraiment curieux d’assister aux prises de vues, puis d’en voir le résultat après tirage. »

À Comines, à quelques encablures de Lille, où sa famille habitait, il est pris sous l’aile du gérant d’un magasin de photo qui lui dispense de précieuses explications. Patrice lui achète progressivement l’équipement pour confectionner un labo, son père lui donne un Focasport. Il avoue que ses premiers clichés sont des paysages (un peu), mais surtout ses petites amies de l’époque : « une occupation de mon âge ! », sourit-il rétrospectivement. Puis, après l’obtention du baccalauréat « mathématiques élémentaires » il réussit le concours d’entrée à l’École nationale supérieure Louis-Lumière, à Paris.

Doté d’un esprit scientifique, Patrice Delatouche se passionne pour la technique photographique jusqu’à en disséquer les arcanes : « après deux ans d’études approfondies, je suis sorti en 1968, sous les pavés ! J’ai obtenu le diplôme, car j’étais troisième de ma promotion, puis je suis entré à 24 ans chez Aviaplans, à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. » Cette entreprise est alors un prestataire de Dassault Aviation : s’il arpente la plupart du temps le site de Saint-Cloud, il a également la chance de voyager : « par exemple, je suis allé en Espagne pour la voilure du Mercure, ce modèle de 150 sièges acheté par Air Inter, raconte-t-il. Pareillement, j’ai capturé le prototype du Mirage F1. La prise du poste de pilotage exigu est un cas d’école, on ne pouvait mettre qu’un pied et le grand-angle ! Mais quand la photo était très pointue à effectuer, j’aimais ça ! »

En 1970, il rencontre Jean-Pierre Jacques, propriétaire d’une fameuse boutique rue Bannier, à Orléans. Il décide alors de quitter Paris pour emménager à Orléans afin d’entamer une nouvelle carrière : « l’homme m’a plu, raconte Patrice à propos de son ancien patron. De plus, il souhaitait se diversifier dans la photo industrielle et publicitaire, ce que j’ai toujours aimé faire. Pourtant, venir ici était un changement de vie radical, mais la Loire et son environnement m’ont paru agréables. » Il reste une douzaine d’années le bras droit de Jean-Pierre Jacques et peut s’assurer la fidélité de clients importants : John Deere, Dior ou encore Mr Bricolage. En 1982, le boss désire partir à la retraite : d’un commun accord, Patrice garde le carnet d’adresses, des clichés et autres négatifs, lui rachète des matériels et crée sa SARL.

La bascule

Dans le but de bénéficier d’infrastructures et de conditions de travail optimales, il installe alors un vaste plateau à Olivet, au cœur de la zone d’activité des Provinces : « les années qui suivirent ont été excellentes, se rappelle-t-il. Orléans comptait beaucoup d’agences de publicité et nous étions peu nombreux sur la place. » En 1992, le numérique commence à s’imposer : « il était indispensable de prendre le virage si je voulais rester dans la course. De plus, ce type de boîtier électronique étant rapidement obsolète, j’ai énormément investi afin de rester à la pointe. Quoi qu’il en soit, j’ai toujours dit qu’il fallait un bon photographe pour réussir une photo ! Que ce soit en argentique ou en numérique, il faut savoir faire vibrer la lumière… » Le pari est réussi jusqu’en 2004, date à laquelle il arrête son activité. Cependant, ce monsieur ne peut pas s’empêcher de suspendre le temps du monde avec son capteur : si nous lui devons de saisissants portraits de musiciens (Orléans Jazz), de personnalités aux Fêtes de Jeanne d’Arc, d’illustrations pour le catalogue des Amis du Musée d’Orléans ou des vues du Festival de Loire, ne lui dites pas qu’il se prend « pour un artiste » : il préfère se dire artisan. Soit, nous lui concédons bien volontiers ce titre, avec un supplément d’âme. Chapeau bas. λ

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