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Sophie Picard, des bouts de soi
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Sophie Picard, des bouts de soi
Portrait

Sophie Picard, des bouts de soi

Sous le pseudonyme de Sofijo, cette graphiste orléanaise laisse le dessin et les collages exprimer ses émotions, son vécu. Elle expose au café Solo Palma, place du Châtelet, à partir de vendredi.
Claire Seznec
1982 : Naissance à Orléans
Mai 2020 : Publie ses dessins sur Facebook
Novembre 2021 : Première exposition à Orléans

Attablée devant un jus d’orange pressé, Sophie Picard bidouille sur sa tablette. Bidouille, ou plutôt dessine. Graphiste indépendante de métier, cette Orléanaise s’est jetée à cœur perdu dans l’illustration suite à son divorce, en plein premier confinement. « C’était émotionnellement difficile, confie-t-elle. J’ai eu envie de dessiner, mais quoi ? Alors je me suis entrainée à dessiner le corps humain. Ça m’a aidée à avoir une meilleure image de mon corps et de l’apprécier. » 

Avec ses crayons, elle raconte de façon sarcastique sa récente vie de divorcée, le confinement à traîner en petite culotte toute la journée, mais aussi Orléans. Ce journal intime est devenu un art-thérapie personnel. Son personnage, à son image, s’assume pleinement « avec son poil aux pattes, son gras du bide » et son besoin de rire quand ça ne va pas. Un dessin, puis deux, trois, sont publiés sur les réseaux sociaux, auprès de son cercle proche, sous le pseudo de Sofijo. Finalement, les internautes les partagent à tour de clics ; ils rient et pleurent avec Sophie. « Souvent, on me dit que mes illustrations font du bien, lance-t-elle. Ces moments de vie parlent à beaucoup de personnes. » 

Son travail autour du corps féminin lui ouvre, en octobre dernier, une exposition dans le cadre du colloque Les femmes et leurs corps, initié par l’association Mix-Cité 45 à la médiathèque d’Orléans. « Ça m’a fait drôle d’être dans la salle, inconnue, se souvient la graphiste, et de voir le public rire et prendre en photo mes dessins. » Lesquels sont ensuite exposés chez Zigo-statiques, passage Bannier, le mois suivant. Cet événement marque une étape clef pour l’artiste : elle prend la décision d’avancer, de sortir de sa cachette, de se montrer « pour de vrai ». « J’ai la chance incroyable d’être entourée d’amour, sourit-elle. Ça me pousse à accepter ce que je créé. »

Ce vendredi, Sophie Picard passe d’ailleurs un nouveau cap : elle expose ses collages dans son café orléanais favori, le Solo Palma, place du Châtelet. Il s’agit du second pan de ses hobbies créatifs, plus récent. Pendant un déménagement, prise d’une soudaine envie de dessiner, la presque quarantenaire (l’âge de raison !) n’a trouvé qu’une paire de ciseaux et des papiers colorés au milieu de ses cartons, tous fermés. Comment faire des effets avec des couleurs ? Telle a été la question qui a traversé son esprit. Mais le résultat est bel et bien là : l’univers de Sofijo s’est étoffé, il a pris du volume. Jusqu’à présent, elle avait gardé ses collages chez elle, pour elle, bien au chaud dans leurs cartons. Mais, une nouvelle fois, après une ou deux publications sur les réseaux sociaux, ils ont connu leur petit succès… Qui aurait cru que celle qui ne s’autorisait pas à s’exprimer par le dessin allait finalement éclore de cette manière ? 

Se (re)trouver

Toute jeune, pourtant, Sophie Picard était vissée à ses crayons : « Ma mère m’a dit que je pouvais dessiner jusqu’à 5 heures par jour, rit l’intéressée. Je reproduisais toujours le même dessin, très gai, avec la famille et la maison… » C’est cet attrait pour l’art qui avait poussé l’Orléanaise à intégrer l’une des premières classes du lycée Charles Péguy, en graphisme, avec pour idée d’assembler les formes et les couleurs, d’associer deux lectures d’une création. « Quand j’ai eu l’âge, j’ai quitté Orléans pour Nevers, puis Paris, mais vivre dans la capitale ne me plaisait pas, raconte-elle. Alors je suis revenue à Orléans et j’ai complètement redécouvert la ville ! » Elle y a vécu des hauts comme des bas, voire des très bas. Ces moments de vide et de solitude douloureuse l’ont réconciliée avec la création, alors même qu’elle pensait ne pas avoir la place, psychologiquement, pour cela. Aujourd’hui, lorsqu’elle observe la lumière sur les pierres du pont George-V le matin, puis quand elle passe « exprès » devant la cathédrale où se reflète encore cette lumière, elle assure qu’elle ne repartirait pour rien au monde. Comme si elle s’était trouvée, elle-même, à Orléans.

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