Portrait

Will Luigi : tendez l’oreille

Au standard de France Bleu Orléans, il accueille les auditeurs qui veulent passer à l’antenne. Ceux-ci ignorent peut-être que l’homme qui les reçoit a bouclé en novembre dernier son deuxième bouquin, et su transformer une enfance déroutante en vraie force intérieure. 
Benjamin Vasset
23/01/1986 : naissance à Orléans
13/10/2013 : rencontre avec son compagnon
Décembre 2014 : sort son premier ouvrage

On l’a rencontré un jour de beau temps à Orléans ; c’était il y a un siècle. C’était avant le confinement, et Will Luigi souriait. « Il n’y a pas de question tabou avec moi, tu peux y aller… », nous avait-il enquis en préambule de notre conversation. On s’était rendu compte, une heure plus tard, qu’il ne s’était – effectivement – pas dérobé. Ses peines, ses joies, son boulot et même… sa sexualité : il n’avait fui devant rien, sauf à la dernière question. « Dis, Will, pour qui tu votes ? » Hésitation. « C’est la seule chose dont je ne parle pas en public », finit-il par répondre. Après tout, chacun a droit à son jardin secret même si, du sien, les auditeurs de France Bleu Orléans en connaissent déjà l’écho : depuis près de deux ans, il les accueille au standard, en étant aux petits soins avec eux. « Je veux bâtir un peu de lien social, raconte-t-il. Il y a des gens qui appellent et me parlent de leur vie, d’autres qui nous demandent l’adresse des boulangers. Je les renseigne autant que je peux, car je pense que ça fait partie du service public. » « Wilfried », le Macha Béranger de France Bleu Orléans ? N’abusons pas non plus. L’écoute, l’homme connaît pourtant : il y a près de 20 piges, il animait déjà des émissions de radio dans le Limousin. « J’avais 17 ans, je faisais quatre heures de direct le samedi, explique-t-il. On sortait en extérieur et on faisait les cons, c’était top. Et puis on m’a demandé de partir : j’avais fait une vanne sur les karchers. C’était à l’époque de la phrase de Sarkozy sur les banlieues et ça n’a pas trop plu… » Malgré tout, il retrouva un micro, quelques mois plus tard, à Artenay, sur la station Vag FM, et sur le même principe : beaucoup d’extérieurs, de rencontres et de reportages au plus près des gens.

Will Luigi a aussi créé, en 2014, une web TV baptisée Correspondance. Il est même allé aussi jusqu’à tenir un stylo : en novembre dernier, il a édité un deuxième bouquin, Soupçon de meurtres. Inspiré, le garçon a bouclé ce roman en une grosse semaine, après l’avoir commencé en loucedé, quand il… avait surveillé une épreuve sur table à l’AFTEC ! 

« Si je n’étais pas passé par là, j’aurais mal fini »

Le titre du livre laisse penser à un polar, le pitch aussi. Son auteur rétorque : « c’est plutôt un roman dramatique, avec un peu d’amour et beaucoup d’amitié. » Certes, mais ça dépote quand même pas mal : cinq personnes qui cassent leur pipe en 46 pages, ça fait beaucoup de monde en peu de temps chez le croque-mort ! Du reste, ce bouquin au prix modeste (10 €), à commander en ligne, n’a pas grand-chose à voir avec son premier livre, intitulé De la DDASS aux médias (2014), et dans lequel il racontait ses premières années d’existence. « À 9 ans, j’ai été envoyé à la DDASS à Limoges, résume-t-il. C’était dur, oui, mais je me suis construit une deuxième famille. Si je n’étais pas passé par là, j’aurais mal fini. Mon frère et moi, à l’époque, nous étions des vraies têtes de con… »

Depuis, il s’en est passé des choses, et la tête de c… semble s’être dégonflée. Will raconte par exemple, dans une période plus mature de sa vie, comment il a accompagné des personnes handicapées pour le compte d’une association fleuryssoise. « C’était une tuerie de dingues !, s’enflamme-t-il, les yeux brillants. On partait ensemble du 22 décembre au 1er janvier pour la fin d’année. Quel bonheur de se balader dans les rues avec eux… Moi, je suis très nostalgique… »

Comme un garçon

Pas de larmes, non, pas de larmes : il n’y a pas de quoi, d’autant que Will confie avoir senti l’équilibre se faire en lui en 2013, lorsqu’il a rencontré son compagnon, Mika. « On est vraiment très heureux, révèle l’intéressé. En six ans et demi, on ne s’est jamais engueulé ! » Cette homosexualité qu’il a révélée adulte, le garçon n’a aucun mal à en parler aujourd’hui, ce qui ne fut pas toujours le cas. « Dès la DDASS, j’ai senti que j’étais attiré par les mecs, et j’ai dû le cacher », poursuit-il. Cependant, depuis qu’il a officialisé « la chose », son père ne veut plus le voir. Pas de larmes, non, surtout pas de larmes ; et encore moins celles des enfants, qu’il dit avoir du mal à entendre pleurer. « Je ne veux pas de mômes ! », affirme-t-il ainsi, préférant qu’on l’abreuve plutôt, à l’avenir, « d’un long contrat pro », « de bienveillance » et « d’argent »… À 34 ans, l’homme a encore le temps de voir venir. Pendant le confinement, il lui arrivait encore d’être présent, physiquement, au standard de France Bleu Orléans, et de faire retentir sa voix rocailleuse. En ces temps troublés, elle reste un appel à voir se lever, plus que jamais, des lendemains qui chantent.

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